Propulsion verte en mer : l’électrique peut-il rivaliser avec l’hydrogène au large ?

Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Sur le papier, la propulsion décarbonée semble idéale pour la grande croisière. En mer, la réalité est plus nuancée. Autonomie, rendement, production d’énergie à bord et comportement dans la houle rebattent les cartes. Pour un voilier de voyage, l’électrique et l’hydrogène n’offrent pas les mêmes réponses. Analyse technique, loin des promesses marketing.

Une équation énergétique exigeante

L’idée d’un voilier décarboné est séduisante. Après tout, il navigue déjà grâce au vent, consomme peu de carburant et peut produire une partie de son énergie à bord. Mais dès que l’on s’intéresse à un bateau de voyage en conditions réelles, l’équation devient plus complexe. Tenir une vitesse régulière au moteur dans une mer formée demande une puissance continue importante. Et contrairement à une navigation à voile, cette puissance doit être fournie instantanément, sans interruption. C’est là que la différence entre solutions électriques et hydrogène apparaît clairement.

L’électrique pur : performant à petite échelle, contraint sur la durée

L’électrique transforme immédiatement le confort à bord. Silence, souplesse, précision des manœuvres, entretien limité. Pour les entrées de port, les mouillages proches ou les navigations courtes, le système est particulièrement efficace. Mais sur un voilier de plusieurs tonnes, la consommation grimpe vite dès que la vitesse augmente. À 5 nœuds sur mer plate, la demande énergétique reste contenue. À 6 nœuds, elle augmente fortement. À 7 nœuds, elle peut doubler selon l’état de la mer et la charge du bateau. Avec un parc batteries d’environ 80 kWh utilisables, l’autonomie se situe généralement entre 4 et 6 heures à vitesse de croisière. Cela correspond à une trentaine de milles dans de bonnes conditions. En mer formée ou face au vent, cette distance peut chuter rapidement. L’électrique impose donc une nouvelle manière de naviguer. Il faut accepter de réduire la vitesse, anticiper ses déplacements et gérer l’énergie comme une ressource stratégique.

L’hydro-génération : un atout réel, mais limité

L’un des arguments forts de l’électrique est la capacité à produire de l’énergie en navigation. Grâce à l’hydro-génération, l’hélice ou un système dédié transforme le mouvement du bateau en électricité. En pratique, les gains sont réels mais modestes à l’échelle d’un voilier de croisière. À vitesse moyenne, la production reste limitée. Elle devient intéressante lors de longues traversées rapides, mais ne permet pas de recharger rapidement un parc batteries fortement sollicité. L’hydro-génération améliore l’autonomie globale du bord, mais ne remplace pas une source principale d’énergie.

L’hydrogène : plus d’autonomie, mais une complexité accrue

L’hydrogène offre un avantage clé : une densité énergétique bien supérieure aux batteries. Cela permet d’embarquer davantage d’énergie sans augmenter excessivement le poids. Sur un voilier de voyage, un système bien dimensionné permet de tenir plusieurs heures de navigation continue à vitesse de croisière. L’autonomie devient plus confortable, notamment pour les longues étapes au moteur. Mais cette solution repose sur une chaîne énergétique plus complexe. Stockage sous pression, pile à combustible, gestion thermique, sécurité, maintenance. L’ensemble nécessite une conception rigoureuse et un suivi technique précis. À cela s’ajoute une contrainte majeure : l’accès à l’hydrogène. Les infrastructures restent rares, ce qui limite aujourd’hui l’usage en grande croisière.

Mer formée : le facteur qui change la donne

Les chiffres d’autonomie sont souvent donnés dans des conditions idéales. Mais nous le savons tous, en réalité, la mer est (trop) rarement belle. Vent de face, houle courte, courant contraire. Dans ces situations, la puissance nécessaire augmente fortement. Un bateau chargé pour la croisière peut voir sa consommation énergétique doubler s’il a besoin de naviguer au moteur. L’électrique devient alors plus contraint. L’autonomie diminue rapidement, obligeant à ralentir ou à revoir son plan de navigation. L’hydrogène offre plus de marge, mais reste dépendant de la puissance disponible du système. Dans tous les cas, la mer formée rappelle une évidence : la propulsion décarbonée ne supprime pas les contraintes physiques de la navigation.

Batteries solides : une évolution prometteuse, pas une révolution immédiate

Les batteries solides représentent une avancée importante. Elles promettent une meilleure densité énergétique et une sécurité accrue. Sur le papier, elles permettent d’augmenter l’autonomie sans alourdir excessivement le bateau. Mais dans la pratique actuelle, elles ne changent pas radicalement l’équation pour un grand bateau devant déplacer plusieurs tonnes. Elles améliorent l’existant, sans encore permettre de longues navigations au moteur sans compromis.

Une nouvelle manière de penser la navigation

La propulsion décarbonée ne remplace pas simplement le moteur thermique. Elle impose un changement de logique. L’énergie devient une ressource à gérer en permanence. La vitesse, les distances et les conditions météo prennent une importance encore plus stratégique. Dans ce contexte, les outils d’anticipation (comme ceux de METEO CONSULT Marine) deviennent essentiels pour optimiser ses navigations.

Au final, le vrai levier reste le même qu’en voile pure : consommer moins, anticiper davantage et adapter sa route aux conditions.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.