La goélette L’Étoile, 94 ans d’histoire maritime, en escale à Arcachon
Il y a des silhouettes que l’on n’a pas l’habitude de croiser au bout d’un ponton. Du vendredi 25 au lundi 28 septembre derniers, les visiteurs du Port d’Arcachon ont pu découvrir celle de L’Étoile, amarrée au Grand Port, face au Cercle de Voile, en bout de ponton P.
Avec ses deux mâts, ses 37,50 mètres de longueur hors tout et ses 450 m² de voilure, la goélette de la Marine nationale ne passe guère inaperçue. D’autant que derrière ses lignes de vieux gréement se cache une histoire qui remonte à près d'un siècle. L’Étoile a été construite en 1932 aux Chantiers navals de Normandie, à Fécamp. Elle est la sœur jumelle de La Belle Poule, elle-même accueillie à Arcachon à l’occasion du Salon nautique 2025.
L’Étoile n’a pourtant pas été dessinée comme un simple voilier de prestige. Ses lignes s’inspirent directement des goélettes de Paimpol qui affrontaient autrefois l’Atlantique Nord pour les campagnes de pêche à la morue sur les côtes islandaises.
Ces navires devaient être capables de naviguer dans des conditions difficiles tout en conservant de bonnes performances sous voiles. L’Étoile et La Belle Poule en reprennent les grandes caractéristiques, adaptées dès leur construction à leur fonction de bâtiments-écoles. Cette filiation leur vaut encore aujourd’hui l'appellation de « goélettes islandaises ».
Près de 94 ans après son lancement, la vocation de L’Étoile reste justement tournée vers l’apprentissage de la mer.
Basée à Brest et affectée à l’École navale de Lanvéoc-Poulmic, elle contribue à la formation maritime des élèves. À bord d’un tel voilier, pas question de considérer la voile comme un simple élément patrimonial : la navigation sert à développer la maîtrise de la manœuvre, l’appréciation du risque, mais également la cohésion et la vie en équipage. La Marine nationale présente ainsi ses voiliers-écoles comme une véritable « école du sens marin ».
Mais il faut regarder vers l’avant du navire pour apercevoir l’un des détails les plus symboliques de L’Étoile : son pavillon de beaupré frappé de la Croix de Lorraine.
L’Étoile et La Belle Poule occupent en effet une place particulière dans l’histoire de la Marine française. Durant la Seconde Guerre mondiale, les deux goélettes ont rejoint les Forces navales françaises libres. Elles figurent aujourd’hui parmi les derniers bâtiments de la Marine nationale encore à flot à avoir servi au sein de ces forces. C’est en mémoire de cette histoire qu’elles arborent la Croix de Lorraine.
L’Étoile est par ailleurs le quinzième bâtiment de la Marine nationale à avoir porté ce nom.
C’est sans doute ce qui rend une escale comme celle d’Arcachon particulière. L’Étoile n’est ni un navire transformé en musée ni un vieux gréement condamné aux sorties commémoratives. Elle navigue toujours et remplit encore une mission opérationnelle de formation, près d’un siècle après sa construction.
Son équipage compte 16 marins et le voilier peut embarquer des élèves pour ses périodes d’instruction. Atlantique, Manche ou Méditerranée : la goélette continue ainsi de parcourir les côtes françaises et européennes, tout en participant régulièrement aux grands rendez-vous maritimes.
À Arcachon, les quatre jours d’escale auront donc permis aux promeneurs et aux passionnés de vieux gréements d’approcher un morceau singulier de l’histoire maritime française. Sous une météo particulièrement favorable, les deux mâts de L’Étoile ont dominé le Grand Port pendant tout le week-end avant que la goélette et ses 16 membres d’équipage ne reprennent la mer.
Une escale finalement assez fidèle à la nature de ce navire : L’Étoile appartient au patrimoine, mais son histoire continue de s’écrire en navigation.