Le moment de vérité est arrivé pour l’ensemble des 36 skippers engagés dans cette dernière étape de La Solitaire du Figaro Paprec 2026. Ce dimanche soir à 19h00, les 36 skippers de la 57e édition s’élanceront de Pornichet pour Le Havre. Une traversée qui s’annonce aussi exigeante que déterminante, avec un classement général plus ouvert que jamais et des écarts infimes entre les prétendants à la victoire finale. Tom Dolan arrivera-t-il à réitérer son exploit d’il y a deux ans ? Réponse jeudi prochain…

Après deux premières étapes particulièrement disputées, rien n’est encore joué. Les leaders se tiennent en quelques minutes seulement et chaque option stratégique, chaque manœuvre et chaque choix météo pourrait faire basculer le classement général. Plus que jamais, cette ultime confrontation sera une affaire de maîtrise, d’engagement et de sang-froid.
Les premiers milles devraient permettre à la flotte de rester relativement groupée le long de la façade atlantique, dans des conditions maniables. Mais au fil de la remontée vers la Manche, le scénario promet de changer radicalement. Les skippers devront composer avec un flux de sud-ouest soutenu, une mer formée et des conditions de navigation plus engagées, notamment à l’approche des côtes anglaises puis lors de l’ultime traversée de la Manche.
Au-delà de la bataille pour la victoire finale, les enjeux concernent l’ensemble de la flotte. Chaque place au classement général reste précieuse et de nombreux skippers auront à cœur de gagner les dernières minutes qui pourraient transformer leur bilan sportif.
Il faudra à Tom Dolan (Kingspan) tenir bon sur l’ensemble des 630 milles du parcours pour espérer remporter sa seconde victoire sur La Solitaire du Figaro Paprec. Cependant, 6 skippers sont pointés à moins de deux heures du marin irlandais et tous espèrent bien remporter cette étape avec une confortable avance pour s’imposer au général. Alors qui de Nicolas Lunven (PRB), Alexis Thomas (Wings of the Ocean), Paul Loiseau (Région Bretagne - CMB Espoir), Paul Morvan (Foricher - French Touch), Martin Le Pape (Paprec) ou encore Loïs Berrehar (Banque Populaire) réussira cet exploit. Les premières arrivées au Havre devraient se faire dans la matinée de jeudi. Au fil des jours, la tension sera de plus en plus forte et intéressante à suivre sur la cartographie live de la course.
Paroles de marins
Tom Dolan (Kingspan), premier au classement général provisoire après deux étapes et un temps de course global de 7 jours 20 heures 8 minutes et 46 secondes
« J'aborde cette dernière étape avec beaucoup de sérénité. Même si le parcours s'annonce différent des précédents, il reste encore de nombreux choix stratégiques à faire, aussi bien dans la remontée que dans la descente de la Manche. Entre les options autour des dispositifs de séparation du trafic, les choix de voiles et la gestion du vent fort, il y aura largement de quoi faire la différence.
Physiquement, je ne suis pas particulièrement frais. La deuxième étape a été assez éprouvante avec très peu de sommeil, notamment à cause de deux nuits orageuses qui ont compliqué la récupération. L'escale a également été courte. Je pense que toute la flotte est dans le même état de fatigue, mais j'ai mis l'accent sur la récupération ces dernières heures pour arriver dans les meilleures dispositions possibles.
Être en tête du classement général ne change pas vraiment mon approche. Je veux continuer à faire exactement ce qui a fonctionné depuis le départ : me concentrer sur mon processus, sur ma préparation, sur mes choix et sur ma navigation. Le classement est ce qu'il est, mais je préfère rester focalisé sur ce que je peux maîtriser plutôt que sur mes concurrents. J'ai déjà connu cette situation par le passé et j'ai appris qu'il ne servait à rien de naviguer en regardant les autres. Mon objectif est simplement de prendre les bonnes décisions au bon moment, de rester fidèle à mes convictions et de laisser le résultat venir. Cette dernière étape s'annonce passionnante et engagée. Malgré la fatigue, j'ai hâte d'en découdre une dernière fois avant l'arrivée au Havre ».
Nicolas Lunven (PRB), deuxième au classement général à 3 minutes et 38 secondes du leader
« Je me sens bien après cette escale. J'ai pu récupérer et forcément, le bilan de ces deux premières étapes est très positif. Honnêtement, cela s'est même mieux passé que ce que j'espérais. Tout roule pour moi et pour PRB, et j'ai envie de poursuivre sur cette dynamique lors de cette troisième étape et quoi qu'il arrive désormais, j'estime avoir déjà rempli une grande partie de mon objectif. Revenir sur La Solitaire du Figaro après près de dix ans d'absence, découvrir un bateau que je ne maîtrisais pas encore totalement et réussir à être dans cette position au classement aujourd'hui, c'est quelque chose que je n'aurais pas imaginé. C'est pour cela que j'aborde cette dernière étape avec beaucoup de sérénité.
Bien sûr, être bien placé au classement général est satisfaisant, mais je ne ressens pas une pression particulière. Même si les choses se passaient moins bien jusqu'au Havre, cette édition restera pour moi une très belle réussite.
Cette dernière étape s'annonce très différente des précédentes. La première avait débuté dans du vent soutenu avant de devenir beaucoup plus complexe à l'approche de Vigo. La deuxième s'est presque entièrement disputée dans le petit temps. Cette fois, nous allons rencontrer des conditions variées, avec du vent médium au départ, une zone plus calme dans le Golfe de Gascogne, puis une fin de parcours plus rapide et plus engagée au portant. Finalement, cette Solitaire nous aura offert un peu tous les scénarios possibles, ce qui en fait une édition particulièrement complète.
Je suis très heureux de ce retour sur l'épreuve et j'ai maintenant envie de profiter pleinement de cette dernière étape jusqu'au Havre ».
Alexis Thomas (Wings of the Ocean), troisième au classement général à 24 minutes et 59 secondes de Tom Dolan
« J'aborde cette dernière étape comme les précédentes, en restant concentré sur ma propre course. Avec les prévisions météo actuelles, je ne pense pas qu'il y aura de gros écarts à l'arrivée, mais la clé sera selon moi de bien gérer le repos dans la première partie du parcours. Ensuite, à partir de la sortie du rail d'Ouessant, on devrait enchaîner de longues heures de navigation très engagées jusqu'au Havre, avec du vent fort, de la mer croisée et beaucoup de glissades sous spi. Ce sont des conditions que j’aime beaucoup. Dans ces situations, l'expérience peut faire la différence, mais les erreurs peuvent aussi coûter très cher. Il faudra trouver le bon équilibre entre l'attaque et la prudence, tout en donnant le maximum puisque c'est la dernière étape.
Même si les écarts sont très serrés au classement général, je veux surtout faire abstraction de mes concurrents. L'idée est de rester focalisé sur ma course, sans se laisser perturber par les positions des autres. On a encore vu lors de l'étape précédente qu'il était possible de refaire son retard dans les dernières heures de course.
Pour l'instant, cette Solitaire me plaît beaucoup. C'est toujours un plaisir de naviguer aux avant-postes et de décrocher mon premier podium d'étape sur cette épreuve.
Pour cette dernière étape, je me souhaite avant tout de prendre du plaisir, profiter de bons surfs sous spi et, bien sûr, d'aller chercher le meilleur résultat possible dans une course où plusieurs skippers peuvent encore prétendre à la victoire finale ».
Paul Loiseau (Région Bretagne – CMB Espoir), premier bizuth et quatrième au classement général provisoire à 33 minutes et 11 secondes
« J'aborde cette dernière étape avec la même excitation que les précédentes. Avant le départ de cette Solitaire, je me demandais surtout si j'allais être capable d'enchaîner plusieurs jours en mer à ce niveau d'intensité. Aujourd'hui, j'ai les réponses : je sais que je suis dans le match et que je peux être performant sur quatre jours de course.
Forcément, le classement général commence désormais à occuper une petite place dans mon esprit. Jusqu'ici, je n'y prêtais pas trop attention, mais être quatrième, à quelques minutes du podium et encore à portée du leader, c'est très motivant. Pour une première participation, se retrouver à jouer le classement général est déjà une belle surprise. Normalement, il faut plusieurs éditions pour arriver à ce niveau-là. J'essaie donc de profiter pleinement de cette situation sans me mettre de pression inutile.
Mon objectif reste de continuer à naviguer comme je l'ai fait depuis le début de l'épreuve. Je ne veux surtout pas changer mon approche maintenant. Je dois rester fidèle à mes choix, prendre du plaisir et faire ma course sans calcul excessif. Si je commence à modifier ma façon de naviguer à cause du classement, je risque surtout de perdre ce qui a fait ma réussite jusqu'à présent.
Cette dernière étape sera très différente de la précédente. Météorologiquement, le scénario semble plus lisible, mais les conditions s'annoncent beaucoup plus exigeantes physiquement. Comme c'est la dernière manche, tout le monde va donner le maximum et aller chercher ses dernières ressources. Mon enjeu principal est donc d'arriver le plus frais possible au moment où la course va réellement s'accélérer. Je mise beaucoup sur la récupération, les siestes et la préparation météo pour pouvoir ensuite tout donner sur l'eau.
J'ai envie de me battre devant jusqu'au bout et, pourquoi pas, aller chercher un podium au classement général. Ce serait quelque chose d'exceptionnel pour une première participation ».
Un panel météorologique parfait pour une dernière étape
La météo sera au centre des débats sur cette dernière étape. Les marins ont profité de ce week-end pour peaufiner leur route et adapter leur navigation en fonction des prévisions. Mais une fois sur l’eau tous seront privés de ces fichiers et devront composer avec un bulletin météorologique global, une difficulté supplémentaire. Cette analyse météo très importante permet de composer sa stratégie et de la peaufiner au fil des heures.
« La troisième étape de La Solitaire du Figaro Paprec débutera dans des conditions idéales avec un vent d'ouest de 15 nœuds permettant une descente rapide vers le sud et une flotte qui devrait rester groupée durant les premières heures. Dès lundi, les marins devront composer avec une vaste zone de vents faibles dans le Golfe de Gascogne, propice aux choix tactiques et aux premiers écarts.
La situation se musclera nettement dans la nuit de lundi à mardi avec le passage d'un front froid générant des rafales de 30 à 35 nœuds, de fortes pluies et une mer agitée. Mardi et mercredi, les skippers enchaîneront les conditions engagées entre la Bretagne et la Manche, avec un vent soutenu de 20 à 25 nœuds, des rafales dépassant régulièrement les 30 nœuds et une mer formée.
La dernière traversée de la Manche vers Le Havre s'annonce particulièrement exigeante, avec du vent fort au reaching, une mer croisée et des conditions physiques éprouvantes. Une étape qui devrait se jouer autant sur les choix stratégiques dans le petit temps du Golfe de Gascogne que sur la capacité des marins à tenir le rythme dans les conditions musclées de la Manche », analyse Cyrille Duchesne, responsable du service météo chez METEO CONSULT.
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