Route du Rhum – Destination Guadeloupe 2026 : quatre ans après son naufrage, Fabrice Amedeo revient avec une mission pour l’océan
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Le 12 novembre 2022, Fabrice Amedeo pensait peut-être ne jamais revoir la terre. Quatre jours après le départ de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, un incendie provoqué par un problème de batterie ravageait son IMOCA, le contraignant à abandonner son bateau au milieu de l’Atlantique. Sans balise de détresse, sans téléphone satellite ni GPS, le navigateur passait cinq longues heures dans son radeau de survie, avec une simple radio VHF pour communiquer. Il sera finalement secouru par l’équipage du cargo Maersk Brani. Avant de le quitter, l’un des marins lui adressera une phrase restée gravée dans sa mémoire : « Have a good second life », autrement dit, « Bonne deuxième vie ».
Quatre ans plus tard, Fabrice Amedeo s’apprête à retrouver cette même Route du Rhum – Destination Guadeloupe. À 48 ans, le skipper de FDJ UNITED – Ocean Calling n’a pourtant aucune revanche à prendre sur l’Atlantique. Depuis son naufrage, il a reconstruit son projet sportif et bouclé un nouveau Vendée Globe en 2024-2025, après 114 jours de navigation en solitaire. Cette cinquième participation à la transatlantique entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre représente désormais une nouvelle étape de sa carrière, avec le Vendée Globe 2028 en ligne de mire.
Pour cette édition 2026, Fabrice Amedeo retrouvera un bateau qu’il connaît parfaitement. Son IMOCA FDJ UNITED – Ocean Calling, celui-là même qui lui a permis de terminer son dernier tour du monde, incarne sa philosophie sportive : privilégier une performance durable, fondée sur la fiabilité et la maîtrise du bateau, plutôt que sur la seule recherche de vitesse.
« Je pars pour faire une vraie course. Je veux me battre sur l’eau, prendre du plaisir à faire avancer mon bateau et donner le meilleur de moi-même. Mais la performance, ce n’est pas seulement aller vite. C’est savoir durer, préserver son bateau et être capable d’aller au bout », explique le navigateur.
Car si le souvenir de 2022 reste présent, il n'a pas entamé sa passion pour la navigation. Bien au contraire, cette expérience a profondément transformé son rapport à l'océan. « Le naufrage ne m’a pas éloigné de l’océan. Il m’a peut-être appris à l’aimer autrement », confie-t-il.
Cette relation particulière avec la mer se traduit aujourd’hui par un engagement scientifique toujours plus important. Depuis 2019, Fabrice Amedeo profite de ses courses au large pour collecter des données océanographiques dans des régions rarement fréquentées par les navires de recherche. Et la prochaine Route du Rhum – Destination Guadeloupe lui offrira une nouvelle occasion de poursuivre ce travail.
Au-delà de la compétition, le navigateur entend faire de sa traversée de l’Atlantique une véritable campagne d’observation. Son IMOCA embarquera notamment des bouées dérivantes développées par l’entreprise brestoise eOdyn, ainsi qu’un capteur d’ADN environnemental de deuxième génération. L’objectif est double : mieux comprendre les déplacements des déchets plastiques dans les océans et améliorer les connaissances sur la biodiversité marine.
Les bouées océanographiques, baptisées MELODI, sont capables de poursuivre leur mission bien après leur mise à l’eau. Emportées par les courants et les vagues, elles transmettent leur position en quasi-temps réel, mesurent la température de l’eau et fournissent des informations sur l’état de la mer. Ces observations permettent ensuite aux chercheurs d’affiner leurs modèles de circulation océanique.
Et les premiers résultats sont déjà significatifs. Depuis le Vendée Globe 2024-2025 et la Transat Café L’Or 2025, 18 trajectoires de bouées ont été exploitées, représentant 63 558 kilomètres de dérive cumulés. L’une d’entre elles a même parcouru 5 654 kilomètres dans l’Atlantique.
Ces données contribuent notamment à mieux comprendre le transport des déchets flottants. Dans le sud de l’océan Indien, les simulations ont ainsi fait apparaître une possible zone de convergence, notamment sous l’influence des circulations marines autour de l’Afrique australe et de Madagascar. Il ne s’agit pas de la découverte confirmée d’une nouvelle accumulation de plastique, mais d’une piste scientifique qui mérite d’être approfondie.
Le parcours de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe 2026 permettra justement de prolonger ces recherches dans une autre région stratégique : le gyre subtropical de l’Atlantique Nord.
Ce vaste système de courants circulaires fait partie des cinq grands gyres océaniques de la planète. Sous l’effet de la circulation marine, certains déchets flottants peuvent s’y concentrer et s’accumuler pendant de longues périodes. Avec le temps, les plastiques se fragmentent en microplastiques, puis en nanoplastiques, des particules particulièrement difficiles à suivre et susceptibles d’intégrer les chaînes alimentaires marines.
En déployant de nouvelles bouées au cours de sa traversée vers la Guadeloupe, Fabrice Amedeo contribuera à documenter les mouvements de ces déchets. Les scientifiques pourront notamment étudier l’influence combinée des courants et des vagues, dont la dérive de Stokes, un phénomène qui participe au déplacement des objets flottants à la surface de l’océan.
Ces observations pourraient, à terme, aider à mieux localiser les zones d’accumulation et à orienter les stratégies de lutte contre la pollution plastique. Une contribution scientifique d’autant plus intéressante que les bouées continueront à transmettre des informations longtemps après l’arrivée du navigateur à Pointe-à-Pitre.
L’autre grande nouveauté de cette campagne scientifique concerne l’étude du vivant. À bord de FDJ UNITED – Ocean Calling, un nouveau capteur d’ADN environnemental, baptisé DNAutic v2, sera testé en conditions de course. Le principe consiste à filtrer l’eau de mer pour récupérer les traces génétiques laissées par les organismes marins. Une fois analysés, ces échantillons permettent de détecter la présence de nombreuses espèces, du plancton aux poissons et aux mammifères marins, sans avoir besoin de les observer ou de les capturer directement.
Une première version avait déjà été expérimentée lors du Vendée Globe 2024-2025, avec des prélèvements réalisés dans les océans Atlantique, Indien et Pacifique. Cette deuxième génération, développée avec Citizens of the Sea et Sequench, se veut plus compacte, plus rapide et mieux adaptée aux contraintes de la course au large.
Mais l’ambition dépasse largement le seul bateau de Fabrice Amedeo. À terme, les équipes scientifiques espèrent pouvoir équiper d’autres voiliers de course, puis des navires de pêche et de commerce, afin de constituer un réseau mondial d’observation de la biodiversité marine.
« Imaginez demain dix, vingt ou davantage de bateaux parcourant simultanément les océans tout en documentant leur biodiversité », souligne Xavier Pochon, directeur scientifique de Citizens of the Sea. Une perspective qui pourrait considérablement élargir les capacités de collecte dans des régions encore peu étudiées.
Avec cette Route du Rhum – Destination Guadeloupe 2026, Fabrice Amedeo poursuit finalement deux ambitions complémentaires : retrouver pleinement sa place dans la compétition et démontrer que les grandes courses océaniques peuvent aussi contribuer à la recherche scientifique.
Depuis plusieurs années, ses IMOCA embarquent différents instruments capables de mesurer la température, la salinité, le CO₂ ou encore la présence de microplastiques. Les bouées dérivantes et le nouveau capteur d’ADN environnemental viennent enrichir un programme qui devrait se poursuivre jusqu’au Vendée Globe 2028.
« Mon ambition est que cette démarche dépasse mon bateau : que les voiliers, puis les navires de pêche et de commerce puissent contribuer à cet effort de connaissance », explique le navigateur.
Le 1er novembre prochain, lorsqu’il franchira la ligne de départ à Saint-Malo, Fabrice Amedeo retrouvera donc bien plus qu’une course. Quatre ans après avoir quitté la Route du Rhum – Destination Guadeloupe dans un radeau de survie, il reprendra la mer avec l’envie d’aller jusqu’en Guadeloupe, mais aussi de rapporter de cette traversée des données précieuses pour la connaissance des océans. Une manière de donner tout son sens à cette deuxième vie que lui souhaitait, en novembre 2022, l’un des marins venus à son secours.

