Après deux jours de course autour de la Sicile, Black Jack 100 a pris une sérieuse option sur la victoire en temps réel dans la 47e Rolex Middle Sea Race. Mais derrière le maxi de 100 pieds, la bataille reste particulièrement ouverte. Entre les duels tactiques des grands monocoques et les performances des plus petites unités, le classement en temps compensé pourrait réserver quelques surprises.

Partis de Malte samedi 17 octobre, les 107 bateaux engagés dans la Rolex Middle Sea Race 2026 ont rapidement découvert les difficultés d'un parcours où la vitesse pure ne suffit pas toujours à faire la différence. Les petits airs, les variations de pression et les passages délicats du détroit de Messine et de Stromboli ont déjà redistribué les cartes.
Au deuxième jour de course, dimanche 18 octobre, une première hiérarchie commence néanmoins à se dessiner. En tête de flotte, Black Jack 100 a creusé un écart significatif sur ses poursuivants. Mais au classement général IRC, qui tient compte des caractéristiques et des performances théoriques de chaque bateau, c'est un concurrent bien plus modeste, le HH42 maltais Artie III, qui occupe provisoirement la première place.
Black Jack 100 impose son rythme en tête de flotte
Vainqueur en temps réel de l'édition 2025, Black Jack 100 semble bien décidé à conserver son titre. Le maxi de 30,48 mètres appartenant à Remon Vos et skippé par Tristan Le Brun possède déjà 25 milles nautiques d'avance sur ses principaux adversaires, Balthasar et Django 7X, alors que les leaders progressent vers l'ouest le long des côtes septentrionales de la Sicile.
Cette avance constitue un avantage important, mais ne garantit pas encore la victoire. Dans cette course de 606 milles nautiques, les transitions météorologiques peuvent provoquer de spectaculaires regroupements. Un bateau ralenti dans une zone sans vent peut ainsi voir revenir des concurrents pourtant distancés plusieurs heures auparavant.
Derrière le leader, la lutte reste intense. Le R/P 60 hongrois Wild Joe, profondément modifié et mené par Marton Josza, réalise une performance remarquée en occupant la troisième position sur l'eau. Il devance de quatre milles Artemis Bleu, le Botin 65 britannique de James Neville, dont l'équipage compte notamment Dean Barker.
La domination de Black Jack 100 en temps réel ne se retrouve toutefois pas dans les classements IRC. À 16 heures, dimanche, les estimations en temps compensé de la classe IRC 1 plaçaient Balthasar devant Django 7X, Black Jack 100, Pace et Team Jajo. Une hiérarchie encore très provisoire, puisque ces projections évoluent en fonction des vitesses des bateaux et des conditions rencontrées sur la suite du parcours.
Balthasar et Django 7X : un duel qui se joue à quelques milles
Parmi les confrontations les plus intéressantes de ce début de course, celle qui oppose le Mills 72 Balthasar au Wallyrocket 71 Django 7X retient particulièrement l'attention.
Les deux équipages naviguent au contact depuis le départ. Leur passage dans le détroit de Messine, dans la nuit de samedi à dimanche, a notamment démontré combien les différences de vent peuvent modifier les rapports de force en quelques minutes.
À bord de Django 7X, Michele Ivaldi décrit une première nuit particulièrement animée, au cours de laquelle son équipage est parvenu à conserver du vent pendant toute la traversée du détroit.
Mais la situation a ensuite évolué. Shannon Falcone, également embarqué sur Django 7X, explique que son bateau a été ralenti dans une zone de calme que son adversaire a réussi à contourner. Résultat : quatre milles gagnés par Balthasar sur cette seule séquence.
Le duel s'est poursuivi autour des îles Éoliennes. Après avoir dépassé Stromboli à l'aube dimanche, les deux bateaux ont mis le cap au nord-ouest avant d'empanner vers le sud deux heures plus tard.
À 16 heures, ils évoluaient toujours pratiquement côte à côte, à une trentaine de milles au nord-est de Palerme, légèrement au sud de la route directe. Balthasar conservait alors l'avantage dans les estimations IRC.
Cette confrontation illustre parfaitement l'une des particularités de la Rolex Middle Sea Race : sur un parcours aussi complexe, la capacité à anticiper les zones de vent peut compter autant que les performances intrinsèques du bateau.

Artie III prend la tête du classement général IRC
Pendant que les grandes unités se disputent la première place sur l'eau, la bataille pour la victoire au classement général se déroule sur un tout autre terrain.
Dimanche après-midi, le HH42 Artie III, propriété du Maltais Lee Satariano et coskippé par Christian Ripard, occupait la première place des estimations IRC toutes classes confondues.
Il devançait trois bateaux de la classe IRC 6 : le JPK 1030 italien Diavolina de Michele Puggioni, le Sun Fast 3300 américain Red Ruby et le JPK 1080 Colombre de Massimo Juris. Le Farr 30 maltais Calypso, mené par Sebastian Ripard, complétait ce quinté provisoire.
La présence de trois bateaux IRC 6 parmi les quatre premiers du classement général souligne la capacité des petites unités à rivaliser avec des voiliers beaucoup plus puissants lorsque les conditions leur sont favorables.
Pour Artie III, l'enjeu est d'autant plus intéressant que Christian Ripard connaît parfaitement cette épreuve. Quadruple vainqueur du classement général, le navigateur maltais dispute cette année sa 36e Rolex Middle Sea Race.
Rien n'est cependant acquis. Ces positions reposent sur des estimations de temps compensé et non sur des temps d'arrivée définitifs. Avec plus de la moitié du parcours encore à couvrir, le classement peut évoluer considérablement.
Des équipages maltais particulièrement bien placés
Les bateaux locaux se distinguent également dans plusieurs catégories.
En IRC 4, le Dufour 44 Ton Ton Laferla de Jonathan Gambin occupe la première place provisoire devant le First 45 Elusive 2, mené par la fratrie Podesta. Le Bordeaux 60 Expression of London complète le podium.
Jonathan Gambin se montre satisfait de son début de course, malgré les difficultés rencontrées au large de l'Etna. Son équipage a notamment réussi à franchir Stromboli en tête de sa classe, un résultat encourageant avant la seconde partie du parcours.
À bord d'Elusive 2, le constat est également positif. L'équipage évoque une première journée étonnamment rapide et estime avoir réalisé l'un de ses meilleurs passages jusqu'à Messine, peut-être même le plus rapide depuis 2007.
En IRC 5, un autre bateau maltais, Calypso, mène les débats devant le Comet 38S italien Scricca et l'Elan 450 slovène Karpo.
Sebastian Ripard préfère néanmoins rester prudent. Alors que son équipage approchait de Stromboli, il rappelait que les conditions attendues vers Favignana, avec un renforcement du vent et une mer plus formée, pourraient encore modifier la situation.
Du côté français, le Pogo Courrier de Géry Trentesaux a connu une journée plus compliquée. Après avoir disputé les premières places en IRC 5, il avait reculé au sixième rang provisoire dimanche après-midi.
Son navigateur Arnaud Aubrey soulignait les difficultés rencontrées à la sortie du détroit de Messine, où le bateau a perdu une grande partie de son avance avant de retrouver du vent.
Class40, multicoques et doubles : des écarts toujours serrés
La compétition reste également particulièrement disputée dans les autres catégories.
Chez les Class40, le Suisse Stella Nova a pris l'avantage sur le Slovène Optimus Prime, mais les deux bateaux ne sont séparés que d'un mille nautique. Le Français Flamingo Rosso suit à cinq milles du leader. Des écarts qui laissent présager une confrontation serrée sur la suite du parcours.
En multicoque, le Farrier 9AX italien Turbolenta, mené par Marcello Bellacicca, occupe la première place des estimations en temps compensé MOCRA, malgré son statut de plus petit bateau de la catégorie. Il devance Calamity, Luke Seawalker et Garbina J. Sur l'eau, c'est pourtant Calamity qui avait parcouru la plus grande distance à ce stade.
Enfin, en double, Colombre mène provisoirement le classement IRC devant le Français Sakifo et l'Allemand Mia Gioia. Dans cette catégorie, les variations de vent ajoutent une difficulté supplémentaire pour les équipages réduits à deux navigateurs, qui doivent gérer simultanément les choix tactiques, les manœuvres et la fatigue.

Une deuxième moitié de parcours qui pourrait tout changer
Après avoir franchi Messine et Stromboli, les bateaux de tête doivent désormais poursuivre leur route autour de la Sicile, puis négocier les passages vers les îles de Favignana, Pantelleria et Lampedusa avant de revenir vers Malte.
Cette seconde partie du parcours pourrait se révéler déterminante. Les conditions rencontrées jusqu'à présent ont déjà montré que les écarts pouvaient se créer ou disparaître rapidement, parfois sur une simple différence de trajectoire.
Black Jack 100 dispose d'une avance confortable dans la course à la victoire en temps réel, mais ses poursuivants n'ont pas dit leur dernier mot. Au classement général IRC, la situation apparaît encore plus indécise, avec Artie III en tête et plusieurs petites unités capables de prétendre à la victoire.
La Rolex Middle Sea Race 2026 tient ainsi toutes ses promesses : une épreuve où la puissance des grands maxis ne suffit pas à garantir le succès et où chaque transition météorologique peut rebattre les cartes.
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