Route du Rhum - Destination Guadeloupe : Tom Laperche approche de la Guadeloupe, Ambrogio Beccaria contraint à l'abandon
La victoire se rapproche pour Tom Laperche. À bord de SVR-Lazartigue, le skipper continue de dominer la flotte ULTIM avec une avance impressionnante de plus de 540 milles sur ses poursuivants, Thomas Coville (Sodebo Ultim 3) et Louis Burton (Armand Thiery). À moins de 630 milles de la Guadeloupe, le navigateur dispose d'une marge confortable et pourrait franchir la ligne d'arrivée dès samedi. Mais si les chiffres lui sont largement favorables, les conditions météorologiques promettent une fin de parcours plus compliquée qu'il n'y paraît.
Le leader doit actuellement composer avec une dépression tropicale qui perturbe les conditions de navigation à l'approche des Antilles. Entre zones de vent faible, grains et rafales imprévisibles, la progression du trimaran exige une attention constante. « On est en plein dedans. On attend que le vent tourne pour retrouver du sud-ouest jusqu'aux Antilles. Je suis un peu tendu parce que je n'ai pas envie de laisser trop de plumes dans cette transition », explique Tom Laperche, conscient que ces dernières centaines de milles pourraient lui réserver quelques mauvaises surprises.
Autre particularité de cette arrivée : les alizés, habituellement bien établis dans cette région, sont quasiment absents. Le skipper pourrait donc devoir terminer sa traversée au près, en multipliant les virements de bord pour rejoindre la Guadeloupe. Une situation suffisamment inhabituelle pour lui rappeler la victoire de Franck Cammas en 2010, lorsque Groupama 3 avait également dû tirer des bords dans les derniers milles de la Route du Rhum.
Malgré son avance, Tom Laperche refuse de relâcher son attention. S'il reconnaît pouvoir se permettre de naviguer beaucoup moins vite que ses adversaires sans compromettre immédiatement sa position, il souhaite avant tout préserver son bateau et éviter toute erreur. La gestion de la fatigue constitue également un enjeu important après plusieurs journées particulièrement intenses. Le skipper essaie de multiplier les courtes périodes de sommeil afin de conserver toute sa lucidité avant une arrivée qu'il espère désormais samedi dans la soirée, heure de Paris.
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Dans la catégorie IMOCA, Corentin Horeau poursuit son impressionnante démonstration à bord de MACSF. Après avoir vu Boris Herrmann (Malizia 4) réduire son retard d'une centaine de milles la veille, le navigateur français a repris le large et possède désormais plus de 245 milles d'avance. Toujours crédité de la meilleure vitesse de sa flotte, il continue de creuser l'écart malgré des conditions particulièrement éprouvantes au cours des dernières heures.
Le skipper a notamment traversé une séquence météorologique très musclée, marquée par une mer difficile et plusieurs situations délicates à bord. « Hier, c'était la boucherie ! J'ai même sorti le casque. Le bateau se comportait bien, mais au bout d'un moment, j'ai calmé le jeu », raconte-t-il. Son IMOCA a notamment subi un violent départ au lof, se retrouvant couché à 90 degrés, avec des alarmes retentissant dans tout le bateau et du matériel projeté à l'intérieur. Un épisode impressionnant qui rappelle la puissance de ces monocoques, mais aussi les contraintes auxquelles leurs skippers sont confrontés lorsque les conditions se dégradent.
Ce vendredi, la situation s'est légèrement améliorée pour le leader, qui évolue désormais dans un vent oscillant entre 16 et 22 nœuds. Les réglages restent néanmoins délicats et les prochaines évolutions météorologiques pourraient encore compliquer sa progression. Corentin Horeau préfère donc rester prudent malgré son avance importante, rappelant qu'une nouvelle dépression accompagnée d'orages figure encore sur sa route.
Derrière lui, la lutte pour les places d'honneur évolue également. Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance) poursuit sa remontée et s'est hissé à la troisième place, devant Francesca Clapcich (11th Hour Racing). Boris Herrmann conserve pour sa part la deuxième position, mais doit désormais trouver les conditions favorables pour tenter de réduire son retard sur le leader.
La catégorie est malheureusement marquée par l'abandon d'Ambrogio Beccaria. Alors qu'il occupait la cinquième place du classement à bord d'Allagrande Mapei, le navigateur italien a été victime jeudi soir d'une lourde chute dans son cockpit, alors qu'il évoluait dans une mer formée. Souffrant d'importantes douleurs au dos, il a consulté les médecins de la course avant de prendre la décision de mettre un terme à sa traversée. Il fait actuellement route vers les Açores, où un suivi médical doit être organisé dès son arrivée. Un coup dur pour le skipper, qui réalisait jusque-là une belle course parmi les premiers monocoques de 60 pieds.
Chez les Ocean Fifty, Basile Bourgnon continue de faire parler la vitesse de son trimaran rouge Edenred. Le jeune navigateur possède désormais plus de 115 milles d'avance sur ses adversaires, récompensant une navigation particulièrement engagée depuis le départ de Saint-Malo. Après plusieurs journées marquées par des manœuvres incessantes et des conditions exigeantes, le leader bénéficie enfin d'un peu de répit, au point de pouvoir retrouver des périodes de sommeil plus réparatrices.
Cette relative accalmie arrive à point nommé pour un skipper physiquement éprouvé par les premiers jours de course. Les manœuvres à répétition lui ont notamment laissé des ampoules aux mains, tandis que la nécessité d'enchaîner les changements de voiles a considérablement sollicité son organisme. Basile Bourgnon estime néanmoins avoir su accélérer au bon moment, anticipant des conditions qui allaient favoriser les bateaux déjà positionnés aux avant-postes. Une stratégie qui lui permet aujourd'hui de disposer d'une avance significative sur Pierre Quiroga (WeWise) et Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires en Peloton by Delanchy).
La suite de la traversée pourrait toutefois imposer un nouveau changement de rythme. Un renforcement du vent est attendu samedi et les skippers devront probablement privilégier la préservation de leurs multicoques plutôt que la recherche permanente de vitesse. Basile Bourgnon en est parfaitement conscient et insiste sur l'importance de rester lucide pour éviter les erreurs. Sur ces trimarans rapides et exigeants, la capacité à ralentir au bon moment peut devenir aussi déterminante que celle d'accélérer.
Autour des Açores, les Class40 continuent de subir les effets d'une météo particulièrement agitée. Guillaume Pirouelle (Sogestran – Seafrigo) conserve la tête de la flotte, mais ses poursuivants restent à l'affût. Achille Nebout (Amarris) occupe la deuxième position, tandis que Robin Follin (Solano) complète le podium provisoire. Les écarts et les trajectoires restent cependant susceptibles d'évoluer rapidement dans une zone où les conditions météorologiques compliquent considérablement la navigation.
À une trentaine de milles à l'ouest de l'île de Flores, Robin Follin découvre les difficultés d'une mer qui tarde à s'apaiser malgré la baisse du vent. Après avoir rencontré jusqu'à 32 nœuds au cours des dernières heures, le navigateur doit désormais composer avec un clapot désordonné, particulièrement inconfortable pour son monocoque. « Je pensais qu'elle allait s'assagir après le passage du front, sauf qu'il y a toujours un énorme clapot dans tous les sens », explique-t-il, soulignant les difficultés rencontrées pour maintenir une vitesse régulière.
La fatigue et le manque de lumière compliquent également le quotidien des solitaires. Entre les changements de voiles, l'analyse des fichiers météorologiques et les réglages permanents, les journées semblent ne jamais se terminer. Robin Follin conserve pourtant un état d'esprit positif, appréciant les nombreuses décisions stratégiques qu'impose une traversée aussi complexe. Pour lui, cette succession de choix constitue précisément l'un des intérêts de la course au large, même lorsque les conditions deviennent particulièrement inconfortables.
Plus au nord, Mathieu Claveau (Inherent – Phare 40) poursuit une stratégie radicalement différente. Situé à environ 550 milles au nord des leaders, il évolue toujours à une latitude proche de celle de Saint-Malo, après avoir choisi de contourner la dépression par le nord. Une trajectoire inhabituelle pour rejoindre les Antilles, mais dictée par la volonté d'éviter les conditions extrêmes annoncées sur les routes plus directes.
Le navigateur a notamment préféré s'écarter de routages qui l'auraient exposé à des vents dépassant 50 nœuds et à des vagues pouvant atteindre sept mètres. Sa difficulté consiste désormais à adapter sa vitesse pour laisser passer le plus gros de la dépression sans se faire rattraper par les vents forts qui circulent à l'arrière du système. Un équilibre délicat qui illustre toute la complexité des choix météorologiques auxquels sont confrontés les skippers de Class40.
Dans les catégories Vintage, les navigateurs engagés à bord de bateaux historiques continuent eux aussi de composer avec les perturbations qui traversent l'Atlantique. Chez les Vintage Mono, Tanguy Caradec (Eurvad) évolue actuellement dans une zone relativement calme au cœur du système dépressionnaire, mais sait que ce répit pourrait être de courte durée. Le skipper anticipe déjà un nouveau renforcement du vent, avec des rafales annoncées autour de 37 à 40 nœuds, et prépare son bateau pour affronter cette prochaine séquence.
Sa stratégie repose avant tout sur une réduction importante de la voilure. Il envisage de prendre trois ris dans sa grand-voile et, si les conditions deviennent trop exigeantes, de l'affaler complètement pour poursuivre sous J3. Une approche prudente destinée à préserver son bateau tout en continuant à progresser vers la Guadeloupe.
Au classement de vendredi matin, Sidney Gavignet (Le Cigare Rouge) occupe désormais la première place des Vintage Mono, devant Kieran Le Borgne (Armor-Lux – Le Finistère Assurance) et Tanguy Caradec. La compétition reste particulièrement intéressante dans cette catégorie, où les différences de conception entre les bateaux et les choix de trajectoire peuvent provoquer d'importantes variations de performance selon les conditions rencontrées.
En Vintage Multi, Damien Seguin (Arkéa – Handicap International) a pris les commandes devant Éric Péron (French Touch – Oceania Hotels), tandis que Gilles Lamiré (Groupe GCA) occupe la troisième place. La bataille entre les deux premiers reste néanmoins ouverte, d'autant que les conditions météorologiques mettent les anciens trimarans ORMA à rude épreuve.
Éric Péron en a notamment fait l'expérience jeudi, lorsque son lazy-bag s'est arraché sous l'effet du mauvais temps, provoquant des complications dans le gréement. Un incident qui vient s'ajouter aux nombreuses difficultés techniques que doivent gérer les navigateurs solitaires, souvent contraints d'effectuer des réparations improvisées en pleine mer pour poursuivre leur course.
Alors que la flotte continue de progresser vers l'ouest, les Açores constituent un point de repli pour plusieurs concurrents confrontés à des problèmes physiques ou techniques. Outre Ambrogio Beccaria, dont l'abandon a été confirmé après sa chute, Erwan Le Draoulec (Lazare x Hellio), engagé en Ocean Fifty, est désormais sur le point de rejoindre Horta. Victime d'une luxation de l'épaule au cours d'une manœuvre, le skipper a décidé de s'arrêter après avis médical afin de préserver sa santé.
En Class40, Vincent Riou (Pierreval – Fondation GoodPlanet) a également été contraint de renoncer à poursuivre sa traversée. Malgré les réparations effectuées lors de son escale à La Corogne, le navigateur a préféré ne pas reprendre la mer face aux conditions météorologiques annoncées. Une décision qui illustre les limites imposées par l'état des bateaux et la nécessité de ne pas s'exposer inutilement à des risques supplémentaires.
Ces événements rappellent que la Route du Rhum ne se résume pas à une bataille de vitesse ou de stratégie. La résistance physique des skippers, la fiabilité des équipements et la capacité à prendre les bonnes décisions face aux imprévus sont tout aussi essentielles. Dans un Atlantique particulièrement exigeant depuis le départ, plusieurs navigateurs ont ainsi été contraints de revoir leurs ambitions, voire de renoncer à poursuivre l'aventure.
Les prochaines vingt-quatre heures pourraient encore compliquer la situation d'une partie de la flotte. La dépression qui évolue autour des Açores devrait apporter samedi de nouvelles rafales pouvant atteindre 40 à 45 nœuds, accompagnées de vagues de l'ordre de cinq mètres. Des conditions particulièrement exigeantes pour les monocoques et les multicoques qui se trouvent encore dans cette zone, et qui devront adapter leur navigation pour limiter les risques d'avaries.
À l'autre extrémité de l'Atlantique, Tom Laperche devra relever un défi presque opposé. Alors que ses poursuivants affrontent des vents parfois violents, le leader des ULTIM tentera de négocier une arrivée perturbée par l'absence d'alizés et des zones de vent faible. Son objectif reste de rejoindre Pointe-à-Pitre samedi dans la soirée, heure de Paris, au terme d'une traversée menée à un rythme impressionnant.
Entre les premiers concurrents qui approchent de la Guadeloupe et ceux qui doivent encore affronter plusieurs jours de navigation difficile, cette édition de la Route du Rhum continue d'offrir des scénarios très contrastés. Si les leaders commencent à se détacher dans plusieurs catégories, les conditions météorologiques pourraient encore rebattre certaines cartes. Sur l'Atlantique, aucune avance ne dispense de rester vigilant, et les prochaines heures s'annoncent déterminantes pour de nombreux skippers.
Fronts, dépressions, anticyclone des Açores ou alizés : chaque système météo peut bouleverser la hiérarchie. Tout au long de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, les experts de METEO CONSULT analysent les conditions rencontrées par les skippers et expliquent les stratégies qui se dessinent sur l’Atlantique.
