Route du Rhum – Destination Guadeloupe : entre choix tactiques, avaries et conditions météo difficiles

© Vincent Olivaud / FACTSTORY / Route du Rhum - Destination Guadeloupe
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme
Carte de la course Route du Rhum Destination Guadeloupe

La Route du Rhum – Destination Guadeloupe continue de réserver son lot de rebondissements. Alors que Corentin Horeau a pris une avance considérable en IMOCA grâce à une option météo payante, les écarts se resserrent chez les Ultim. La nuit a également été marquée par le chavirage de Matthieu Perraut en Ocean Fifty. Entre abandons, avaries et incertitudes météorologiques, les skippers doivent désormais trouver le juste équilibre entre performance et préservation de leur bateau.

 

Corentin Horeau s'échappe en IMOCA, la lutte se resserre en Ultim

Corentin Horeau (MACSF) a réalisé une excellente opération tactique mardi au nord des Açores. En choisissant d'aborder le thalweg par le sud, il est parvenu à franchir cette zone de transition météorologique avant qu'elle ne bloque ses concurrents. Seul IMOCA à avoir réussi ce passage, il comptait mercredi matin plus de 130 milles d'avance sur ses poursuivants.

Alors qu'une partie de la flotte reste ralentie par des vents faibles, le skipper de MACSF navigue à plus de 20 nœuds. Une situation qu'il peine lui-même à réaliser :

« Quand je vois les pointages, je n'ose pas y croire ! C'est ce dont on rêve en tant que marin : faire des gains comme ça. J'ai bien cru que je n'allais pas réussir à passer, puis j'ai trouvé le petit bout de vent qui m'a permis de repartir. Après, c'était plein gaz ! »

Cette avance ne lui permet toutefois pas de relâcher sa vigilance. Corentin Horeau doit rester dans un couloir de vent particulièrement étroit, ce qui l'oblige à enchaîner les empannages pour éviter de retomber dans les zones de calme.

Derrière lui, Élodie Bonafous (Association Petits Princes – Quéguiner) mesure les conséquences de ce passage manqué. « Je savais qu'il ne fallait pas traîner pour passer le front. Mais je ne pensais pas qu'on galérerait autant et qu'on resterait coincés aussi longtemps. Ça va être compliqué de revoir Corentin, même si rien n'est perdu. »

La situation est bien différente chez les Ultim, où les positions se rapprochent. Tom Laperche (SVR-Lazartigue), qui disposait de plus de 70 milles d'avance mardi, ne conserve désormais qu'une vingtaine de milles d'écart sur Armel Le Cléac'h (Maxi Banque Populaire XI).

Le leader a dû composer avec une météo particulièrement instable, alternant périodes sans vent et rafales brutales. « On a eu zéro nœud, puis 30 nœuds avec toute la toile dessus ! Le vent était vraiment instable et on n'a pas pu aligner les belles moyennes. Mais si on arrive à rester devant, c'est bien. »

Les deux premiers ont désormais viré de bord pour prendre une route vers le sud, à la recherche de conditions plus favorables à la vitesse. Thomas Coville (Sodebo Ultim 3) a quant à lui déjà privilégié une trajectoire plus méridionale.

Chavirage de Matthieu Perraut et plusieurs skippers contraints de modifier leur course

La nuit de mardi à mercredi a été marquée par un accident en Ocean Fifty. À 22h05, Matthieu Perraut, skipper d'Elvest, a chaviré alors qu'il naviguait à environ 400 milles au nord des Açores.

Le marin est sain et sauf. Il reste en communication avec la direction de course et son équipe technique, dans l'attente de l'arrivée des secours.

Cet événement rappelle les risques auxquels sont exposés les solitaires, particulièrement à bord des Ocean Fifty, des trimarans rapides qui demandent une vigilance permanente.

Actuellement en tête de la catégorie sur Edenred, Basile Bourgnon reconnaît que la question de la limite à ne pas dépasser est présente dans les esprits.

« On se textote entre nous. Parfois, on se demande si on n'est pas un peu à la limite. Il faut jouer pour créer l'écart, mais dès qu'on peut, on essaie de se reposer et de moins être sur l'accélérateur. »

Après avoir traversé une mer particulièrement inconfortable, le jeune skipper profite désormais de conditions plus stables au portant pour récupérer. Il doit néanmoins surveiller trois concurrents qui restent proches derrière lui.

Thibaut Vauchel-Camus (Solidaires En Peloton by Delanchy) a pour sa part opté pour une route nettement plus au nord. Un choix qui pourrait bouleverser la hiérarchie selon l'évolution des conditions météorologiques.

« Si ça tourne en notre faveur, il sera parti trop tôt. Et si ça se ferme devant nous, il aura fait le bon choix. Les dés sont lancés ! »

D'autres concurrents doivent déjà revoir leurs ambitions en raison de problèmes techniques ou médicaux.

Chez les Ultim, Charles Caudrelier (Maxi Edmond de Rothschild), vainqueur de la précédente édition, a pris la décision de faire demi-tour vers Lorient. Son foil bâbord a subi d'importants dommages mardi. Son équipe envisage son retour au port le week-end prochain.

Anthony Marchand (Actual Ultim 4) a rejoint Galway, en Irlande, mardi en fin d'après-midi. Des vérifications sont toujours en cours avant qu'une décision soit prise concernant la poursuite de sa course.

En IMOCA, Jérémie Beyou (Charal), alors deuxième du classement, a décidé de mettre un terme à sa participation pour des raisons médicales. Cette décision a été prise après échange avec le médecin et la direction de course. Le skipper fait désormais route vers les Açores.

Une dépression près des Açores complique les stratégies

Au-delà des incidents techniques, les concurrents doivent anticiper une nouvelle difficulté météorologique : l'arrivée d'une dépression dans la région des Açores.

Son évolution reste incertaine, les différents modèles météorologiques proposant des scénarios divergents concernant sa position et son intensité. Une situation qui explique les trajectoires très différentes adoptées par les skippers dans les six catégories.

En Class40, Robin Follin occupe une position favorable au classement grâce à une route plus proche de l'orthodromie, tandis que Guillaume Pirouelle (Sogestran – Seafrigo) et Pierre Leboucher (Institut Imagine) poursuivent leur confrontation.

La dispersion des monocoques de 40 pieds sur l'Atlantique illustre les hésitations tactiques du moment. Guillaume Pirouelle observe avec prudence les options les plus septentrionales, même si certains routages semblent leur donner raison.

« En ce moment, c'est la kermesse ! » constate le skipper, avant de détailler ses interrogations :

« Ceux qui partent au nord, je trouve ça osé ! Sur le papier, les routages leur donnent raison. Mais ils nous imaginent faire des choses qu'on n'est pas forcément capables de réaliser dans des grosses conditions. Personnellement, aller chercher du portant en solitaire, dans une mer énorme avec 40 nœuds de vent, voire davantage, je ne le sentais pas. »

Le navigateur normand reconnaît n'avoir encore jamais navigué dans un phénomène météorologique de cette nature. Les conditions rencontrées jusqu'à présent lui ont déjà demandé beaucoup d'efforts, entre grains, manœuvres, mer formée et enfournements.

La prudence est également de mise chez Tanguy Caradec (Eurvad), engagé en Rhum Mono pour sa première traversée de l'Atlantique.

« J'appréhende un peu ce qui va se passer. Il faut trouver le bon curseur entre l'engagement, la récupération et la préservation du bateau. Et puis, avec la tête, essayer de passer au bon endroit pour ne pas trop se faire secouer. »

Entre routes à l'ouest, à l'est ou au sud, chaque skipper défend désormais une stratégie différente. La progression de la dépression permettra de déterminer quelles options auront été les plus efficaces.

Des batailles serrées et des vitesses élevées malgré les difficultés

Malgré les avaries et les inquiétudes liées à la météo, la compétition reste particulièrement animée dans plusieurs catégories.

En Rhum Mono, trois concurrents se livrent une bataille très serrée. Kieran Le Borgne (Armor-Lux – Le Finistère Assurance), Sidney Gavignet (Le Cigare Rouge) et Tanguy Caradec (Eurvad) évoluent dans un écart inférieur à 2,5 milles. Le classement peut ainsi changer à chaque nouveau pointage.

Tanguy Caradec apprécie cette confrontation, tout en gardant à l'esprit que l'objectif principal reste de rejoindre la Guadeloupe.

« C'est top ! Je fais comme je peux, du mieux que je peux. J'ai confiance dans ma monture, elle a été bien préparée. J'essaie de ne pas trop tirer dessus parce que la route est encore longue et que mon objectif, c'est d'arriver de l'autre côté. »

Son bateau lui a notamment offert un surf à 21,5 nœuds, une belle pointe de vitesse dans cette première partie de traversée.

Du côté des Rhum Multi, Éric Péron (French Touch – Oceania Hôtels) s'est emparé de la première place au cours de la nuit, devant Damien Seguin (Arkéa – Handicap International). Ce dernier doit naviguer avec un tangon cassé depuis lundi soir. Éric Péron rencontre lui aussi des difficultés matérielles, son grand gennaker étant déchiré.

Ces premiers jours de course se distinguent également par des vitesses particulièrement élevées au portant. Une situation que souligne Tanguy Caradec :

« C'est quand même dingue ! Voilà trois jours qu'on avance au portant. Je ne sais pas s'il y a eu beaucoup de débuts de Route du Rhum aussi rapides ! On en aurait presque oublié que les difficultés faisaient partie du programme ! »

Mais la suite de la traversée pourrait se révéler bien différente. Avec une dépression à négocier près des Açores, les skippers devront adapter leurs trajectoires et leurs ambitions aux conditions rencontrées. Cette fois, ce n'est pas le célèbre anticyclone des Açores qui concentre leur attention, mais bien une dépression dont les effets pourraient peser lourd dans la suite de la course.

Sur une course où la route la plus courte est rarement la plus rapide, la météo peut faire toute la différence. METEO CONSULT accompagne les navigateurs dans leur préparation et leurs choix de route, tout en fournissant à la direction de course des prévisions précises pour anticiper les situations à risque.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.