À l’occasion de la Journée mondiale des requins, célébrée ce 14 juillet, la Fondation de la Mer alerte sur le déclin rapide de ces animaux essentiels à l’équilibre des océans. Surpêche, commerce des ailerons et changement climatique fragilisent des espèces encore trop souvent victimes de leur mauvaise réputation.

Silhouette menaçante, mâchoire grande ouverte et aileron fendant la surface : depuis des décennies, le requin est volontiers présenté comme le grand méchant des océans. Une image largement façonnée par le cinéma, les campagnes publicitaires et les récits spectaculaires, mais très éloignée de la réalité d’un groupe animal extraordinairement diversifié.
Des petits requins vivant près des côtes au gigantesque requin-baleine, plus de 500 espèces fréquentent les mers, certains estuaires et même quelques milieux d’eau douce. Toutes ne sont pas de redoutables chasseuses. Certaines filtrent le plancton, d’autres vivent dans les profondeurs ou se nourrissent de poissons, de crustacés et de mollusques. Derrière cette diversité se cache pourtant un même constat : les requins disparaissent à une vitesse préoccupante.
Des populations en chute libre
Selon les dernières évaluations internationales, plus d’un tiers des espèces de requins et de raies sont aujourd’hui menacées d’extinction. Une étude publiée dans la revue Nature a également montré que l’abondance mondiale des requins et des raies océaniques avait chuté de 71 % entre 1970 et 2018, principalement sous l’effet de l’intensification de la pêche.
Leur vulnérabilité s’explique en partie par leur biologie. De nombreuses espèces grandissent lentement, atteignent tardivement leur maturité sexuelle et produisent peu de jeunes. Après un effondrement, plusieurs décennies peuvent donc être nécessaires pour reconstituer une population. Les requins peuvent être directement recherchés pour leur chair, leur peau ou leurs ailerons, mais ils sont aussi régulièrement capturés accidentellement dans les filets et les lignes destinés à d’autres espèces. Même lorsqu’ils sont rejetés en mer, tous ne survivent pas à la capture.
L’Europe au cœur du commerce des ailerons
Le trafic d’ailerons demeure l’une des principales menaces pesant sur ces animaux. L’Union européenne occupe une place importante dans ce commerce mondial : entre 2003 et 2020, ses États membres ont fourni en moyenne 28 % des produits issus d’ailerons importés à Hong Kong, Singapour et Taïwan. Cette proportion a même atteint 45 % en 2020.
Une partie des échanges échappe par ailleurs aux statistiques officielles. Entre 2015 et 2021, une large majorité des pays identifiés comme exportateurs n’aurait déclaré aucune transaction, illustrant le poids potentiel de la pêche illicite, non déclarée et non réglementée. Cette pression ne concerne pas seulement quelques espèces emblématiques. Requins-marteaux, requins océaniques, requins-renards ou requins-baleines peuvent tous être exposés, directement ou indirectement, aux activités de pêche et au commerce international.
Des régulateurs indispensables à l’océan
La disparition des requins ne représente pas uniquement une perte spectaculaire pour la biodiversité. Elle peut modifier profondément le fonctionnement des écosystèmes marins. Situés au sommet ou à un niveau élevé de la chaîne alimentaire, les grands requins participent à la régulation des populations de poissons et d’autres animaux marins. En capturant notamment des individus malades, affaiblis ou blessés, ils contribuent au maintien d’un certain équilibre biologique, à la manière des grands prédateurs terrestres.
Leur influence ne s’arrête pas à la prédation. En parcourant parfois des milliers de kilomètres entre le large, les récifs et les zones côtières, ils transportent également des nutriments d’un habitat à l’autre. Leurs déplacements et leurs excréments peuvent ainsi enrichir certains milieux et favoriser localement la production de plancton ou le développement des écosystèmes.
Retirer ces grands prédateurs peut donc entraîner une cascade de déséquilibres : prolifération de certaines espèces, raréfaction d’autres populations et transformation progressive des habitats.
Le changement climatique, une pression supplémentaire
À la surpêche s’ajoutent désormais les effets du changement climatique. L’augmentation de la température de l’eau peut perturber le développement, la reproduction et la répartition de plusieurs espèces. Certaines sont poussées vers de nouvelles zones, parfois plus proches des activités humaines ou moins bien protégées. L’acidification des océans, provoquée par l’absorption d’une partie du dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère, pourrait également altérer certains comportements. Des travaux expérimentaux ont notamment montré qu’une eau plus acide pouvait réduire la capacité de certains requins à suivre les odeurs et à localiser leurs proies.
Ces transformations s’ajoutent à la dégradation des récifs coralliens, des mangroves et des zones côtières peu profondes, qui servent de refuges ou de nurseries à de nombreuses espèces.
Changer notre regard pour mieux les protéger
La Journée mondiale des requins rappelle ainsi une réalité simple : ces animaux ont aujourd’hui bien davantage à craindre de l’être humain que l’inverse. Les protéger suppose de mieux encadrer la pêche, de lutter contre les captures illégales, de contrôler le commerce international et de préserver leurs habitats. Cela passe aussi par la recherche scientifique, qui permet de suivre les populations et d’identifier les zones essentielles à leur survie.
Mais le premier combat reste peut-être celui de l’image. Loin du monstre solitaire souvent montré à l’écran, le requin est un maillon ancien, diversifié et indispensable du monde marin. Après plus de 400 millions d’années d’évolution, sa disparition bouleverserait bien plus que quelques scènes sous la surface : elle fragiliserait l’équilibre même de l’océan.
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