Journée mondiale des requins : ces grands prédateurs dont l’océan ne peut se passer

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

À l’occasion de la Journée mondiale des requins, célébrée ce 14 juillet, la Fondation de la Mer alerte sur le déclin rapide de ces animaux essentiels à l’équilibre des océans. Surpêche, commerce des ailerons et changement climatique fragilisent des espèces encore trop souvent victimes de leur mauvaise réputation.

À l’occasion de la Journée mondiale des requins, célébrée ce 14 juillet, la Fondation de la Mer alerte sur le déclin rapide de ces animaux essentiels à l’équilibre des océans. Surpêche, commerce des ailerons et changement climatique fragilisent des espèces encore trop souvent victimes de leur mauvaise réputation.

© AdobeStock - Margarita Hranovska

Silhouette menaçante, mâchoire grande ouverte et aileron fendant la surface : depuis des décennies, le requin est volontiers présenté comme le grand méchant des océans. Une image largement façonnée par le cinéma, les campagnes publicitaires et les récits spectaculaires, mais très éloignée de la réalité d’un groupe animal extraordinairement diversifié.

Des petits requins vivant près des côtes au gigantesque requin-baleine, plus de 500 espèces fréquentent les mers, certains estuaires et même quelques milieux d’eau douce. Toutes ne sont pas de redoutables chasseuses. Certaines filtrent le plancton, d’autres vivent dans les profondeurs ou se nourrissent de poissons, de crustacés et de mollusques. Derrière cette diversité se cache pourtant un même constat : les requins disparaissent à une vitesse préoccupante.

Des populations en chute libre

Selon les dernières évaluations internationales, plus d’un tiers des espèces de requins et de raies sont aujourd’hui menacées d’extinction. Une étude publiée dans la revue Nature a également montré que l’abondance mondiale des requins et des raies océaniques avait chuté de 71 % entre 1970 et 2018, principalement sous l’effet de l’intensification de la pêche.

Leur vulnérabilité s’explique en partie par leur biologie. De nombreuses espèces grandissent lentement, atteignent tardivement leur maturité sexuelle et produisent peu de jeunes. Après un effondrement, plusieurs décennies peuvent donc être nécessaires pour reconstituer une population. Les requins peuvent être directement recherchés pour leur chair, leur peau ou leurs ailerons, mais ils sont aussi régulièrement capturés accidentellement dans les filets et les lignes destinés à d’autres espèces. Même lorsqu’ils sont rejetés en mer, tous ne survivent pas à la capture.

L’Europe au cœur du commerce des ailerons

Le trafic d’ailerons demeure l’une des principales menaces pesant sur ces animaux. L’Union européenne occupe une place importante dans ce commerce mondial : entre 2003 et 2020, ses États membres ont fourni en moyenne 28 % des produits issus d’ailerons importés à Hong Kong, Singapour et Taïwan. Cette proportion a même atteint 45 % en 2020.

Une partie des échanges échappe par ailleurs aux statistiques officielles. Entre 2015 et 2021, une large majorité des pays identifiés comme exportateurs n’aurait déclaré aucune transaction, illustrant le poids potentiel de la pêche illicite, non déclarée et non réglementée. Cette pression ne concerne pas seulement quelques espèces emblématiques. Requins-marteaux, requins océaniques, requins-renards ou requins-baleines peuvent tous être exposés, directement ou indirectement, aux activités de pêche et au commerce international.

Des régulateurs indispensables à l’océan

La disparition des requins ne représente pas uniquement une perte spectaculaire pour la biodiversité. Elle peut modifier profondément le fonctionnement des écosystèmes marins. Situés au sommet ou à un niveau élevé de la chaîne alimentaire, les grands requins participent à la régulation des populations de poissons et d’autres animaux marins. En capturant notamment des individus malades, affaiblis ou blessés, ils contribuent au maintien d’un certain équilibre biologique, à la manière des grands prédateurs terrestres.

Leur influence ne s’arrête pas à la prédation. En parcourant parfois des milliers de kilomètres entre le large, les récifs et les zones côtières, ils transportent également des nutriments d’un habitat à l’autre. Leurs déplacements et leurs excréments peuvent ainsi enrichir certains milieux et favoriser localement la production de plancton ou le développement des écosystèmes.

Retirer ces grands prédateurs peut donc entraîner une cascade de déséquilibres : prolifération de certaines espèces, raréfaction d’autres populations et transformation progressive des habitats.

Le changement climatique, une pression supplémentaire

À la surpêche s’ajoutent désormais les effets du changement climatique. L’augmentation de la température de l’eau peut perturber le développement, la reproduction et la répartition de plusieurs espèces. Certaines sont poussées vers de nouvelles zones, parfois plus proches des activités humaines ou moins bien protégées. L’acidification des océans, provoquée par l’absorption d’une partie du dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère, pourrait également altérer certains comportements. Des travaux expérimentaux ont notamment montré qu’une eau plus acide pouvait réduire la capacité de certains requins à suivre les odeurs et à localiser leurs proies.

Ces transformations s’ajoutent à la dégradation des récifs coralliens, des mangroves et des zones côtières peu profondes, qui servent de refuges ou de nurseries à de nombreuses espèces.

Changer notre regard pour mieux les protéger

La Journée mondiale des requins rappelle ainsi une réalité simple : ces animaux ont aujourd’hui bien davantage à craindre de l’être humain que l’inverse. Les protéger suppose de mieux encadrer la pêche, de lutter contre les captures illégales, de contrôler le commerce international et de préserver leurs habitats. Cela passe aussi par la recherche scientifique, qui permet de suivre les populations et d’identifier les zones essentielles à leur survie.

Mais le premier combat reste peut-être celui de l’image. Loin du monstre solitaire souvent montré à l’écran, le requin est un maillon ancien, diversifié et indispensable du monde marin. Après plus de 400 millions d’années d’évolution, sa disparition bouleverserait bien plus que quelques scènes sous la surface : elle fragiliserait l’équilibre même de l’océan.

 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.