Les fusées de détresse brûlent fort, très fort, mais seulement quelques dizaines de secondes. Les nouveaux feux électroniques, eux, peuvent clignoter pendant des heures, sans flamme ni risque d’incendie. Alors que plusieurs pays leur ouvrent désormais la porte, la France conserve en 2026 les feux rouges à main dans son armement réglementaire. Faut-il y voir le poids de la tradition ou la preuve que la pyrotechnie reste irremplaçable dans certaines situations ?

Cela n’arrive pas qu’aux autres : il est deux heures du matin, votre voilier a démâté, la VHF a permis de transmettre l’alerte et un hélicoptère approche de votre position. Quelque part dans la nuit, son équipage vous cherche. Vous avez alors le choix entre déclencher un feu rouge à main capable de transformer pendant une minute votre radeau en phare incandescent ou allumer un dispositif électronique qui clignotera pendant plusieurs heures. Le premier est extraordinairement lumineux mais brûlant, dangereux et éphémère. Le second est beaucoup moins puissant, mais quasiment inépuisable à l’échelle d’un sauvetage. Quelle solution faut-il choisir pour être secouru dans les meilleurs délais ? La question n’a plus rien de théorique : aux États-Unis, les signaux électroniques de détresse ont déjà obtenu une place réglementaire pour certaines navigations de plaisance. Au Royaume-Uni, leur développement alimente depuis plusieurs années le débat sur l’avenir des fusées. En France, la Division 240 a encore été modifiée au printemps 2026. Pourtant, loin d’avoir disparu, les trois feux rouges à main restent obligatoires dès que l’on navigue à partir de deux milles d’un abri. La pyrotechnie serait-elle devenue un vestige réglementaire ? Pas vraiment. Car derrière l’opposition entre fusées et électronique se cache une distinction essentielle : donner l’alerte et permettre aux secours de vous retrouver ne sont pas exactement la même chose.
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La fusée n’est plus forcément le premier moyen d’appeler au secours
Pendant des décennies, tirer une fusée parachute revenait littéralement à lancer un SOS dans le ciel. L’idée était simple : faire apparaître suffisamment haut une étoile rouge très lumineuse pour qu’un bateau, un pêcheur ou un sémaphore l’aperçoive et transmette l’alerte. Le problème, c’est que cette méthode reste terriblement aléatoire. Une fusée parachute peut monter à plusieurs centaines de mètres et produire une lumière extrêmement puissante pendant quelques dizaines de secondes. Encore faut-il que quelqu’un regarde dans la bonne direction au bon moment. Aujourd’hui, cette fonction d’alerte est en grande partie assurée par l’électronique. Une VHF ASN correctement reliée au GPS peut transmettre une détresse et une position. Plus au large, une radiobalise permet de signaler un sinistre pendant de nombreuses heures et de fournir une position aux organismes de sauvetage. Le rôle des signaux visuels a donc changé. Ils ne servent plus seulement à dire : « Nous sommes en détresse. » Ils servent surtout à préciser : « Nous sommes exactement ici. » Et cette différence change profondément la manière de réfléchir à leur utilité.
Le dernier mille reste le plus difficile
Trouver un bateau de nuit n’est pas toujours aussi simple qu’on pourrait le croire, même lorsque les secours connaissent sa position. Quelques dizaines ou centaines de mètres d’écart suffisent à compliquer une recherche. Une mer formée masque régulièrement un radeau. Une coque sombre disparaît dans la nuit. Un homme à la mer devient pratiquement invisible au milieu des vagues. C’est dans cette phase finale que le feu rouge à main reste particulièrement efficace. Sa puissance lumineuse est considérable. Un feu conforme aux grands standards internationaux produit une lumière rouge de l’ordre de 15 000 candelas pendant environ une minute. Lorsqu’un hélicoptère ou un navire est déjà à proximité, difficile de faire plus spectaculaire. Mais cette efficacité a son revers. Un feu à main chauffe énormément, émet des projections incandescentes et produit de la fumée. Depuis le pont d’un voilier, un équipier entraîné peut le manipuler sans grande difficulté. Depuis un radeau de survie ballotté par la mer, éventuellement de nuit et sous la pluie, l’exercice devient nettement plus délicat. Il faut sortir le feu de son emballage, comprendre le système de mise à feu, se placer sous le vent et tendre le bras à l’extérieur du radeau. Tout cela alors que l’on peut être frigorifié, blessé ou simplement sous le choc. Avec un dispositif électronique, la manœuvre se résume souvent à appuyer sur un bouton.
L’électronique gagne la bataille du temps
C’est son avantage majeur : un signal électronique remplace quelques dizaines de secondes de lumière extrêmement intense par plusieurs heures de clignotement. Certains dispositifs modernes produisent automatiquement le signal SOS et peuvent fonctionner durant des heures avec des piles remplaçables. Leur puissance lumineuse reste très inférieure à celle d’un feu pyrotechnique, mais ils compensent en durée et c’est cette différence qui peut tout changer au moment d’un sauvetage.
Imaginez que les secours se trouvent encore à vingt ou trente minutes de votre position. Tirer votre dernier feu rouge immédiatement n’a aucun intérêt. À l’inverse, un signal électronique peut être mis en route dès le début de la recherche et continuer à fonctionner jusqu’à l’arrivée de l’hélicoptère ou du canot de sauvetage. La pyrotechnie exige donc de choisir le bon moment. L’électronique offre davantage de marge d’erreur. Pour un équipage stressé, fatigué ou inexpérimenté, cette facilité d’utilisation compte énormément.
Le jour, le fumigène garde une longueur d’avance
Si les dispositifs LED progressent vite la nuit, le débat devient beaucoup moins favorable à l’électronique en plein jour. Sous un soleil puissant, une lumière clignotante perd une grande partie de son efficacité visuelle. Un fumigène orange, en revanche, reste particulièrement spectaculaire. Un fumigène flottant produit pendant plusieurs minutes un épais nuage orange facilement repérable depuis un aéronef. Il possède également une qualité souvent oubliée : sa fumée indique la direction et la force du vent à la surface de l’eau. Pour un hélicoptère qui prépare une récupération, cette information peut être précieuse. Le feu rouge à main peut évidemment être utilisé de jour, mais son contraste est bien moins marqué qu’au cœur de la nuit. Quant à la fusée parachute, elle conserve l’avantage de l’altitude et donc de la portée visuelle, mais sa lumière est également moins spectaculaire sous un grand soleil. Il n’existe donc pas un signal de détresse supérieur dans toutes les circonstances. Chacun possède sa fenêtre d’efficacité.
Que faire des fusées périmées ?
C’est l’un des problèmes les moins spectaculaires mais les plus concrets : que faire des fusées périmées ? Il n’est évidemment pas question de l’enfuir dans un sac poubelle… Et encore moins le tirer pour s’en débarrasser. Une fusée de détresse reste un dispositif pyrotechnique et son élimination doit suivre une filière appropriée. C’est l’un des arguments les plus sérieux en faveur des systèmes électroniques. Les fusées doivent être renouvelées périodiquement, ce qui entraîne un coût et génère des déchets particuliers. Un signal électronique est plus cher à l’achat mais possède généralement une durée de vie bien supérieure. Certains modèles fonctionnent avec des piles remplaçables. Le propriétaire peut également vérifier périodiquement leur fonctionnement. Ce dernier point n’est pas anodin : avec une fusée, impossible de réaliser un véritable test avant de partir. Avec un dispositif électronique, on peut contrôler son état et son alimentation.
Garder les vieilles fusées « au cas où » ?
C’est une habitude très répandue : le jeu réglementaire reste bien à jour, tandis que les anciennes fusées sont conservées dans un autre coffre comme réserve supplémentaire. La logique paraît rassurante mais elle n’est pourtant pas idéale. Une fusée vieillissante n’est pas simplement une fusée qui risque d’éclairer un peu moins fort. L’humidité, le sel et les variations de température peuvent également dégrader son fonctionnement. Garder quelques anciennes fusées n’est donc pas forcément une sécurité supplémentaire. Cela revient aussi à conserver à bord des dispositifs pyrotechniques dont le comportement devient moins prévisible avec le temps.
Faut-il alors abandonner les fusées ?
Pour un plaisancier français, la première règle reste simple : respecter l’armement imposé par la Division 240 pour son programme de navigation et vérifier régulièrement les dates de validité de ses feux rouges, mais la réglementation n’est que le minimum à embarquer. Pour un bateau destiné à la grande croisière, la solution la plus cohérente consiste aujourd’hui à superposer les technologies.
Un fumigène garde tout son intérêt pour une localisation de jour. Une fusée parachute peut rester pertinente lorsqu’il faut attirer l’attention de très loin. Le feu rouge à main, lui, demeure particulièrement efficace lorsque les secours se trouvent déjà dans la zone. L’avenir ne sera donc probablement pas entièrement électronique. La pyrotechnie possède trop de défauts pour conserver éternellement la place qu’elle occupait autrefois, mais elle conserve aussi des qualités difficiles à reproduire : une intensité lumineuse énorme, une visibilité immédiate et une simplicité qui ne dépend d’aucune électronique.
La véritable évolution est ailleurs. Les fusées ne sont plus forcément le cœur du système de détresse. Elles deviennent l’un de ses maillons. Et en matière de sécurité en mer, opposer ancien et moderne n’a finalement que peu d’intérêt. Le meilleur équipement est celui qui multiplie les chances d’être repéré, de jour comme de nuit, à quelques centaines de mètres comme à plusieurs milles…
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