Château d'If, Spinalonga, île du Diable : ces îles-prisons paradisiaques au passé terrifiant

Culture nautique
Charline David
Par Charline David

Elles sont aujourd'hui connues pour leurs paysages spectaculaires, leurs eaux turquoise ou leurs vestiges historiques. Pourtant, derrière cette apparence de carte postale, certaines îles cachent un passé particulièrement sombre. Pendant des siècles, l'isolement géographique a été utilisé pour enfermer des prisonniers, éloigner des opposants politiques ou exclure des personnes considérées comme indésirables. Du château d'If, au large de Marseille, à l'île de Spinalonga, en Crète, jusqu'à la redoutable île du Diable, en Guyane, ces territoires entourés par la mer racontent des histoires de captivité, de souffrance et parfois de résistance.

Elles sont aujourd'hui connues pour leurs paysages spectaculaires, leurs eaux turquoise ou leurs vestiges historiques. Pourtant, derrière cette apparence de carte postale, certaines îles cachent un passé particulièrement sombre. Pendant des siècles, l'isolement géographique a été utilisé pour enfermer des prisonniers, éloigner des opposants politiques ou exclure des personnes considérées comme indésirables. Du château d'If, au large de Marseille, à l'île de Spinalonga, en Crète, jusqu'à la redoutable île du Diable, en Guyane, ces territoires entourés par la mer racontent des histoires de captivité, de souffrance et parfois de résistance.

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Le château d'If, au large de Marseille : une forteresse devenue une prison redoutée

À quelques encablures du Vieux-Port de Marseille, une petite île rocheuse abrite l'une des forteresses les plus célèbres de France. Depuis le large, le château d'If ressemble à un imposant bâtiment de pierre posé sur les eaux méditerranéennes, entouré par les îles du Frioul. Aujourd'hui, les bateaux touristiques y déposent chaque année des visiteurs venus découvrir un lieu chargé d'histoire. Pourtant, derrière ses épaisses murailles, cette forteresse a longtemps servi de prison, accueillant aussi bien des opposants politiques que des détenus anonymes, parfois condamnés à passer de longues années loin du continent.

L'histoire du château commence au XVIe siècle, sous le règne de François Ier. En 1516, le souverain découvre l'importance stratégique de l'îlot lors d'un passage à Marseille et décide d'y faire construire une forteresse destinée à protéger les accès maritimes de la ville. Les travaux débutent en 1524, dans un contexte marqué par les rivalités militaires en Méditerranée. Le château, avec ses tours massives et ses positions d'artillerie, doit permettre de surveiller les navires qui approchent de la rade. Mais si sa fonction initiale est militaire, sa situation géographique en fait rapidement un lieu particulièrement adapté à l'enfermement.

Entourée d'eau et exposée aux vents, l'île paraît presque impossible à quitter sans embarcation. Les autorités commencent donc à utiliser le château comme prison d'État dès le XVIe siècle. Contrairement à un établissement pénitentiaire ordinaire, il sert notamment à enfermer des personnes arrêtées pour des raisons politiques ou religieuses. Parmi ses détenus figurent des opposants au pouvoir royal, des révolutionnaires et des protestants persécutés après la révocation de l'édit de Nantes par Louis XIV, en 1685. Entre 1699 et 1713, plusieurs milliers de protestants passent ainsi par le château, notamment avant leur transfert vers les galères de Marseille. Certains meurent pendant leur détention, victimes des conditions difficiles qui règnent dans les cachots.

La vie quotidienne des prisonniers dépend alors largement de leur condition sociale et de leurs moyens financiers. Les détenus les plus pauvres sont enfermés dans des salles collectives, parfois humides et mal ventilées, où la lumière naturelle pénètre difficilement. Les plus fortunés peuvent obtenir, en échange d'argent, des cellules individuelles plus confortables, installées dans les anciens logements des officiers. Cette différence de traitement montre à quel point l'enfermement est alors marqué par les inégalités sociales. À la privation de liberté s'ajoute l'isolement psychologique : les prisonniers savent que Marseille se trouve à seulement quelques kilomètres, mais la mer qui les entoure rend tout retour impossible sans l'autorisation de leurs geôliers.

Au fil des siècles, le château accueille plusieurs détenus célèbres. Le révolutionnaire Honoré Gabriel Riqueti, futur comte de Mirabeau, y est notamment enfermé pendant quelques mois au XVIIIe siècle. Au XIXe siècle, les événements politiques de 1848 conduisent à l'incarcération de nombreux républicains, dont certains laissent des inscriptions sur les murs de la forteresse. Ces graffitis, encore visibles aujourd'hui, constituent des témoignages précieux de leur passage. Les pierres du château conservent ainsi les traces de plusieurs générations de prisonniers, bien loin de l'image romanesque que le lieu évoque désormais.

Car c'est surtout grâce à la littérature que le château d'If est entré dans l'imaginaire collectif. En 1844, Alexandre Dumas publie Le Comte de Monte-Cristo, dont le héros, Edmond Dantès, est injustement emprisonné dans la forteresse après avoir été victime d'un complot. Pendant ses longues années de captivité, le jeune marin fait la connaissance de l'abbé Faria, qui lui transmet son savoir et lui révèle l'existence d'un fabuleux trésor. Dantès finit par organiser une évasion spectaculaire en prenant la place du corps de son compagnon, destiné à être jeté à la mer. Cette scène, devenue l'une des plus célèbres de la littérature française, a largement contribué à la réputation du château. Edmond Dantès n'a pourtant jamais existé, pas plus que son incroyable évasion, mais les visiteurs peuvent aujourd'hui découvrir des cellules aménagées en référence aux personnages du roman.

À partir du XIXe siècle, la forteresse perd progressivement son importance pénitentiaire. Le succès du roman d'Alexandre Dumas attire les premiers curieux bien avant la fin de son usage carcéral, et le château est officiellement ouvert au public en 1880. Classé monument historique en 1926, il devient peu à peu l'un des sites patrimoniaux les plus emblématiques de Marseille. Aujourd'hui encore, l'accès dépend des conditions météorologiques, car une forte houle peut empêcher les bateaux d'accoster. Derrière la beauté des panoramas sur la Méditerranée, la visite rappelle surtout qu'un simple bras de mer pouvait suffire à transformer une forteresse en prison redoutable.

Spinalonga, en Crète : l'île où les malades de la lèpre étaient condamnés à vivre isolés

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Au large de la côte nord-est de la Crète, face à la station balnéaire d'Elounda, l'île de Spinalonga offre aujourd'hui un décor presque idyllique. Ses anciennes fortifications dominent une mer aux reflets turquoise, tandis que les vestiges de maisons et de ruelles témoignent de plusieurs siècles d'occupation. Les visiteurs qui débarquent sur l'île découvrent pourtant un passé particulièrement douloureux. Pendant plus de cinquante ans, Spinalonga a accueilli des personnes atteintes de la lèpre, envoyées sur ce petit territoire pour être séparées du reste de la population. Contrairement au château d'If, il ne s'agissait pas d'une prison pénale, mais d'un lieu d'isolement sanitaire imposé à des hommes, des femmes et parfois des enfants dont la maladie suscitait une peur immense.

Bien avant de devenir une léproserie, Spinalonga occupe une position stratégique dans la baie de Mirabello. À partir de la fin du XVIe siècle, les Vénitiens y construisent une puissante forteresse afin de défendre leurs possessions crétoises contre l'expansion ottomane. L'île reste sous domination vénitienne jusqu'en 1715, avant de passer aux mains des Ottomans. Un village s'y développe progressivement, avec ses habitations, ses commerces et ses lieux de culte. À la fin du XIXe siècle, Spinalonga abrite encore une importante communauté musulmane, héritière de cette période ottomane. Mais les bouleversements politiques qui accompagnent la fin de la domination ottomane en Crète vont profondément transformer le destin de l'île.

Au début du XXe siècle, les autorités crétoises cherchent un endroit où regrouper les personnes atteintes de la lèpre, aujourd'hui appelée maladie de Hansen. Cette maladie infectieuse chronique, qui peut notamment provoquer des lésions cutanées et des atteintes nerveuses, est alors très mal comprise par une grande partie de la population. Elle suscite une peur considérable et entraîne souvent une exclusion sociale brutale, alors même qu'elle ne se transmet pas facilement par de simples contacts occasionnels. En 1903, le gouvernement crétois décide de transformer Spinalonga en colonie d'isolement. Les premiers malades y arrivent en 1904, tandis que les derniers habitants musulmans quittent l'île dans un contexte de fortes tensions politiques et communautaires.

Pour les personnes envoyées à Spinalonga, le diagnostic bouleverse totalement l'existence. Beaucoup doivent quitter leur maison, leur travail et leurs proches, sans savoir s'ils auront un jour la possibilité de revenir. Les malades sont transportés par bateau jusqu'à l'île, où ils découvrent un environnement qui n'a pas été conçu pour les accueillir dans de bonnes conditions. Les premiers résidents s'installent dans les anciennes habitations du village ottoman, souvent dégradées et insuffisamment équipées. L'approvisionnement dépend des liaisons maritimes avec la Crète, tandis que les soins médicaux restent limités. L'éloignement géographique renforce le sentiment d'abandon, car les habitants peuvent apercevoir les villages de la côte sans être autorisés à les rejoindre librement.

Les premières décennies sont particulièrement difficiles. Les conditions sanitaires et matérielles restent précaires, et l'isolement forcé pèse lourdement sur les résidents. Certains tentent de s'échapper, tandis que d'autres sombrent dans le désespoir. Mais réduire Spinalonga à un simple lieu de souffrance serait passer à côté d'une partie essentielle de son histoire. Malgré les contraintes imposées par les autorités, les habitants cherchent progressivement à reconstruire une vie collective, avec leurs propres relations sociales, leurs activités et leurs habitudes quotidiennes.

Des commerces ouvrent, des familles se forment et certains résidents se marient sur l'île. Les habitants organisent peu à peu leurs espaces de vie, entretiennent les rues et cherchent à améliorer leurs conditions matérielles. En 1936, Epaminondas Remoundakis, un étudiant en droit atteint de la maladie, joue un rôle déterminant dans cette évolution. Il contribue à la création d'une association des malades destinée à défendre leurs droits et à obtenir de meilleures conditions de vie. Sous l'impulsion de cette mobilisation, les résidents réclament notamment une amélioration des soins, de l'hygiène et des équipements collectifs. L'électricité finit par arriver sur l'île, tandis que les infrastructures se développent progressivement.

Cette organisation collective montre que les personnes enfermées à Spinalonga ne se sont pas simplement résignées à leur sort. Elles ont tenté de retrouver une forme d'autonomie dans un environnement où presque toutes les décisions importantes dépendaient de l'extérieur. La colonie possédait ainsi ses boutiques, ses lieux de rencontre et ses espaces religieux, dont plusieurs bâtiments sont encore visibles aujourd'hui. La vie quotidienne y était certes marquée par la maladie et la séparation, mais elle comportait également des moments de solidarité, des amitiés et des histoires d'amour.

Le développement de traitements efficaces contre la lèpre, notamment grâce à l'utilisation des sulfones à partir du milieu du XXe siècle, transforme progressivement la prise en charge des malades. L'isolement systématique apparaît de moins en moins justifiable sur le plan médical, d'autant que la maladie peut désormais être traitée. En 1957, la léproserie de Spinalonga ferme définitivement et les derniers résidents sont transférés vers des établissements de soins sur le continent. L'île, désormais inhabitée, reste longtemps associée à la souffrance de ceux qui y ont été envoyés.

Aujourd'hui, Spinalonga est devenue l'un des sites historiques les plus visités de Crète. Les bateaux touristiques y accostent pour permettre aux visiteurs de parcourir ses ruelles, d'observer les fortifications vénitiennes et de découvrir les anciens bâtiments de la colonie. Son histoire a également été popularisée par le roman L'Île de Victoria Hislop, publié en 2005, qui raconte le destin de plusieurs générations de femmes sur fond d'isolement et de maladie. Mais derrière cette renommée touristique, Spinalonga demeure avant tout un témoignage poignant de la stigmatisation des malades et de la capacité d'une communauté à reconstruire une vie malgré l'exclusion.

L'île du Diable, en Guyane : l'enfer du bagne colonial français

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Au large de Kourou, en Guyane française, trois petites îles verdoyantes émergent de l'océan Atlantique. Avec leurs palmiers, leurs eaux tropicales et leurs paysages sauvages, les îles du Salut pourraient évoquer un décor paradisiaque. Pourtant, pendant près d'un siècle, elles ont été associées à l'un des systèmes pénitentiaires les plus redoutés de l'histoire française. Parmi elles, l'île du Diable est devenue un symbole de l'enfermement colonial, de la déportation politique et des conditions de détention particulièrement éprouvantes imposées aux condamnés envoyés à des milliers de kilomètres de la métropole.

L'histoire du bagne de Guyane débute véritablement en 1852, sous le règne de Napoléon III. À cette époque, les autorités françaises cherchent à remplacer progressivement les bagnes portuaires de métropole, notamment ceux de Brest, de Toulon et de Rochefort, par un système de transportation coloniale. L'objectif officiel est double : éloigner les condamnés du territoire métropolitain et utiliser leur travail pour contribuer au développement de la colonie. En pratique, cette politique entraîne l'envoi de milliers d'hommes vers une région dont le climat, les maladies et les conditions de vie rendent la survie particulièrement difficile.

Le bagne de Guyane ne se limite pas à l'île du Diable. Il forme un vaste réseau d'établissements pénitentiaires répartis entre Cayenne, Saint-Laurent-du-Maroni, différents camps forestiers et les trois îles du Salut : l'île Royale, l'île Saint-Joseph et l'île du Diable. Chacune possède une fonction particulière. L'île Royale accueille notamment des services administratifs, des bâtiments pénitentiaires et des installations destinées à la surveillance des condamnés. L'île Saint-Joseph est associée à des quartiers disciplinaires et à des conditions de détention particulièrement sévères. L'île du Diable, la plus petite et la plus isolée des trois, sert surtout à la détention de certains déportés politiques.

Les conditions de vie dans le système pénitentiaire guyanais sont extrêmement éprouvantes. Sur le continent, de nombreux condamnés doivent effectuer des travaux difficiles, notamment dans les chantiers forestiers et les infrastructures coloniales. La chaleur tropicale, l'humidité, les maladies et la malnutrition contribuent à une mortalité importante, particulièrement durant les premières décennies de la transportation. Les violences, les sanctions disciplinaires et les privations aggravent encore la situation. Pour beaucoup de prisonniers, la condamnation au bagne représente bien davantage qu'une peine de prison : elle signifie un exil dont le retour reste profondément incertain.

L'une des particularités les plus cruelles du système est le principe du « doublage ». Les condamnés à une peine de travaux forcés inférieure à huit ans doivent, une fois leur peine terminée, rester en Guyane pendant une durée équivalente à celle de leur condamnation. Pour ceux qui ont été condamnés à huit ans ou davantage, l'obligation de résidence peut devenir définitive. Cette mesure vise officiellement à contribuer au peuplement de la colonie, mais elle plonge de nombreux anciens détenus dans une situation désespérée. Sans argent, sans emploi stable et souvent privés de toute possibilité de retour en métropole, ils se retrouvent condamnés à poursuivre leur existence dans un territoire où ils ne disposent que de très peu de moyens pour reconstruire leur vie.

C'est pourtant l'histoire d'un prisonnier politique qui va rendre l'île du Diable mondialement célèbre. En 1894, le capitaine Alfred Dreyfus, officier français d'origine alsacienne et de confession juive, est accusé à tort d'avoir transmis des informations militaires secrètes à l'Allemagne. Condamné pour trahison dans un climat marqué par un antisémitisme virulent, il est publiquement dégradé avant d'être envoyé en déportation perpétuelle. En avril 1895, après un long voyage vers la Guyane, il est transféré sur l'île du Diable, où il restera enfermé pendant plus de quatre ans.

Son isolement est presque total. Dreyfus vit dans une petite habitation de pierre, sous la surveillance permanente de gardiens chargés de contrôler chacun de ses déplacements. Il lui est interdit de quitter l'île et ses contacts avec l'extérieur sont strictement encadrés. Les lettres échangées avec son épouse, Lucie, représentent l'un de ses rares liens avec la vie qu'il a laissée en France. La chaleur, l'humidité, l'isolement et l'incertitude concernant son avenir rendent sa détention particulièrement éprouvante. En 1896, à la suite d'une fausse information faisant état d'un projet d'évasion, les autorités renforcent brutalement les mesures de sécurité et lui imposent notamment d'être entravé pendant la nuit.

Pendant ce temps, en métropole, l'affaire Dreyfus provoque une crise politique et sociale majeure. La condamnation de l'officier est progressivement remise en question, notamment grâce à l'engagement de sa famille, de journalistes et d'intellectuels. En janvier 1898, Émile Zola publie sa célèbre lettre ouverte J'accuse… !, dénonçant les irrégularités de l'enquête et les responsabilités des autorités militaires. L'affaire divise profondément la société française et devient un symbole de la lutte contre l'antisémitisme et les erreurs judiciaires. Dreyfus quitte finalement l'île du Diable en 1899 pour être rejugé en France. Malgré une nouvelle condamnation, il obtient une grâce présidentielle, avant d'être définitivement réhabilité en 1906.

L'île du Diable reste aujourd'hui indissociable de cette histoire, mais le bagne de Guyane ne se résume pas à la détention d'Alfred Dreyfus. Des milliers d'hommes, connus ou anonymes, ont été soumis au système pénitentiaire colonial, dont les abus ont progressivement suscité l'indignation. En 1923, le journaliste Albert Londres se rend en Guyane pour enquêter sur les conditions de vie des bagnards. Ses reportages, publiés dans la presse française puis réunis dans l'ouvrage Au bagne, révèlent au grand public la brutalité du système, les privations, les sanctions et la situation dramatique des condamnés libérés mais contraints de rester sur place.

Ces révélations contribuent à alimenter un mouvement de dénonciation du bagne, qui prend progressivement de l'ampleur dans l'opinion publique. En 1938, un décret met fin à l'envoi de nouveaux condamnés aux travaux forcés vers la Guyane, sans entraîner pour autant la fermeture immédiate des établissements existants. La disparition du système s'étale sur plusieurs années, notamment en raison de la Seconde Guerre mondiale et des difficultés de rapatriement. Ce n'est qu'en 1953 que s'achève définitivement cette longue histoire pénitentiaire, plus d'un siècle après le début de la transportation.

Depuis, les îles du Salut ont profondément changé de visage. L'île Royale et l'île Saint-Joseph accueillent aujourd'hui des visiteurs qui peuvent découvrir les vestiges des bâtiments pénitentiaires, les anciens quartiers de détention et les traces de cette histoire douloureuse. L'île du Diable, en revanche, demeure interdite d'accès au public, notamment en raison des difficultés d'accostage et des forts courants qui entourent ses côtes. Elle reste visible depuis l'île Royale, où les visiteurs peuvent apercevoir ce territoire devenu l'un des symboles les plus puissants de l'injustice judiciaire et de l'enfermement colonial.

Quand la mer devenait une prison à part entière

Si le château d'If, Spinalonga et l'île du Diable possèdent des histoires très différentes, leur utilisation comme lieux d'enfermement repose sur une même réalité : la mer constituait autrefois une barrière naturelle particulièrement efficace. Bien avant les systèmes modernes de surveillance, l'isolement insulaire permettait aux autorités de limiter les possibilités d'évasion, de contrôler les déplacements et d'éloigner certaines populations du reste de la société. Pourtant, les personnes envoyées sur ces îles ne relevaient pas des mêmes situations. Certaines étaient emprisonnées pour des raisons politiques, d'autres condamnées par la justice, tandis que les habitants de Spinalonga étaient victimes d'une politique sanitaire fondée sur l'exclusion.

La géographie jouait un rôle déterminant dans cette forme d'enfermement. À Marseille, les détenus du château d'If pouvaient parfois apercevoir les côtes de la ville sans jamais pouvoir les rejoindre. À Spinalonga, les malades vivaient à quelques centaines de mètres seulement de la Crète, séparés de leurs proches par une distance pourtant infranchissable sans autorisation. En Guyane, les prisonniers étaient confrontés à une double séparation : celle de l'océan Atlantique qui les éloignait de la métropole et celle des eaux qui entouraient les établissements insulaires. Dans chaque cas, l'horizon rappelait l'existence d'un monde extérieur devenu inaccessible.

Aujourd'hui, ces lieux sont devenus des sites historiques et touristiques, parfois recherchés pour leurs paysages exceptionnels. Les anciennes cellules se visitent, les fortifications se photographient et les bateaux transportent désormais des voyageurs là où ils conduisaient autrefois des personnes privées de liberté. Ce contraste entre la beauté des îles et la violence de leur passé contribue à leur fascination. Mais derrière les panoramas méditerranéens, les vestiges des villages crétois et la végétation tropicale guyanaise, ces trois destinations rappellent surtout une réalité longtemps oubliée : pendant des siècles, l'océan n'a pas seulement permis aux hommes de voyager et de découvrir le monde. Il a aussi été utilisé pour les en séparer.

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.