Dès les premiers mètres, la pression augmente rapidement et pousse le tympan vers l’intérieur. La compensation rétablit l’équilibre en faisant entrer de l’air dans l’oreille moyenne par les trompes d’Eustache. Valsalva, Frenzel, Toynbee, Lowry ou béance tubaire volontaire : chaque méthode possède son mécanisme et ses limites. Le principe essentiel reste le même pour toutes : compenser tôt, doucement et sans jamais lutter contre une douleur.

Pourquoi les oreilles réagissent dès le début
L’oreille moyenne est une petite cavité remplie d’air, séparée de l’eau par le tympan. À la descente, la pression ambiante augmente tandis que le volume d’air de cette cavité diminue. Si aucun air nouveau n’arrive par les trompes d’Eustache, le tympan se déforme vers l’intérieur. La gêne devient douleur, puis peut évoluer vers un barotraumatisme. La variation relative de pression est la plus forte près de la surface. Les premiers mètres exigent donc les compensations les plus fréquentes. Attendre d’avoir mal rend l’ouverture des trompes plus difficile : l’écart de pression plaque leurs parois et pousse le plongeur à forcer, exactement au moment où il devrait remonter légèrement.
Première technique la manœuvre de Valsalva
La méthode la plus connue consiste à pincer le nez, fermer la bouche et souffler très doucement comme si l’on voulait expirer par les narines. L’augmentation de pression dans le rhinopharynx peut ouvrir les trompes d’Eustache et envoyer de l’air vers les oreilles moyennes. Valsalva est simple à apprendre, mais elle doit rester brève et légère. Souffler fort ou longtemps peut irriter l’oreille interne et ne résout pas une trompe déjà bloquée par un écart de pression important. Si la manœuvre ne fonctionne pas immédiatement, le plongeur arrête sa descente, remonte de quelques dizaines de centimètres et recommence sans effort.
Deuxième technique la manœuvre de Frenzel
Frenzel utilise la langue comme un piston. Nez pincé et glotte fermée, le plongeur place l’arrière de la langue vers le palais, comme pour prononcer un son K. Ce mouvement comprime l’air dans la gorge et le dirige vers les trompes sans mobiliser les poumons. La méthode demande davantage d’apprentissage, mais elle est efficace avec un effort réduit. Elle est très utilisée en apnée, où le plongeur veut économiser son air et compenser dans des positions variées. Un moniteur peut aider à distinguer le mouvement de langue d’une poussée abdominale, souvent confondue avec Valsalva.
Troisième technique la manœuvre de Toynbee
Toynbee consiste à pincer le nez puis à avaler. La déglutition mobilise les muscles qui participent à l’ouverture des trompes d’Eustache. Cette méthode peut convenir aux plongeurs qui équilibrent facilement et sert aussi à gérer certaines différences de pression lors de la remontée. À la descente, son efficacité varie selon les personnes, car la déglutition peut créer une légère dépression avant l’ouverture. Elle ne doit pas être répétée avec force. Le plongeur peut l’essayer en surface, puis l’utiliser très tôt dans la descente, lorsque l’écart de pression reste faible.
Quatrième technique la manœuvre de Lowry
Lowry combine Valsalva et Toynbee. Le nez est pincé ; le plongeur souffle très légèrement tout en avalant. La surpression douce et le travail des muscles de la déglutition agissent ensemble pour faciliter l’ouverture des trompes. La coordination demande un peu de pratique hors de l’eau. Cette méthode peut aider lorsque Valsalva seul devient inconfortable, mais elle ne doit jamais servir à vaincre un blocage douloureux. Comme pour toutes les techniques, une ouverture asymétrique impose de ralentir et d’aider éventuellement le côté récalcitrant en inclinant la tête, sans geste brusque.
Cinquième technique la béance tubaire volontaire
La béance tubaire volontaire, souvent abrégée BTV, consiste à contracter volontairement les muscles qui ouvrent les trompes d’Eustache. Le plongeur reproduit la sensation d’un bâillement discret ou d’une ouverture au fond de la gorge, sans se pincer le nez. Lorsqu’elle est maîtrisée, la compensation peut devenir presque continue. Tout le monde ne parvient pas à isoler ces muscles. L’apprentissage demande du temps et des essais en surface. Les mouvements de mâchoire vers l’avant, proches de la technique d’Edmonds lorsqu’ils sont associés à une autre manœuvre, peuvent aider certains plongeurs. Une compensation mains libres ne dispense pas de contrôler la vitesse de descente.
Les gestes qui facilitent toutes les méthodes
Il est utile de compenser une première fois en surface, puis tous les quelques dizaines de centimètres au début. Une descente pieds en bas facilite souvent l’arrivée de l’air et permet de s’arrêter immédiatement. Le plongeur garde la tête dans une position neutre ou légèrement relevée et descend le long d’un mouillage lorsqu’il a besoin d’un repère. Un masque correctement équilibré évite une autre douleur liée à la pression. Il suffit d’expirer doucement par le nez pendant la descente. Les bouchons d’oreille ordinaires sont à proscrire : ils emprisonnent un volume d’air dans le conduit externe et peuvent créer un barotraumatisme supplémentaire.
Rhume allergie et douleur imposent de reporter
Une congestion, une inflammation ou un mucus épais peuvent empêcher l’ouverture des trompes. Plonger enrhumé, avec une otite ou des sinus douloureux augmente le risque de barotraumatisme et de blocage inversé à la remontée. Les décongestionnants ne doivent pas être utilisés pour masquer un problème sans avis médical : leur effet peut diminuer sous l’eau.
Une douleur, une baisse d’audition, des acouphènes, des vertiges ou un écoulement après la plongée justifient l’arrêt des immersions et un avis médical, idéalement auprès d’un médecin formé à la plongée. En cas de vertige sous l’eau, le plongeur signale son problème, stabilise sa position avec son binôme et remonte de manière contrôlée.
À la remontée on ne force jamais
Pendant la remontée, l’air de l’oreille moyenne se dilate et s’évacue normalement de lui-même. Si une oreille se bloque, il ne faut pas effectuer une Valsalva appuyée, qui ajouterait encore de l’air. Le plongeur redescend légèrement jusqu’à disparition de la gêne, avale, mobilise la mâchoire et reprend une remontée lente. Les cinq techniques ne sont pas des recettes interchangeables à utiliser dans l’urgence. Elles s’apprennent en surface, puis se testent dans une descente maîtrisée avec un encadrement. La bonne compensation est celle qui fonctionne tôt et sans effort. Dès qu’elle devient douloureuse, la seule décision sûre consiste à arrêter de descendre.
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