Pourquoi n’y a-t-il presque pas de marée en Méditerranée ?

Météo marine
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Sur les côtes méditerranéennes, pas besoin d’attendre la marée haute pour entrer au port ni de surveiller une plage qui disparaîtrait en quelques heures. Le niveau de l’eau varie pourtant bel et bien sous l’influence de la Lune et du Soleil. Seulement, ces mouvements restent généralement très discrets. Une particularité liée à la forme, à la profondeur et surtout à l’isolement relatif de cette mer presque fermée.

Sur les côtes méditerranéennes, pas besoin d’attendre la marée haute pour entrer au port ni de surveiller une plage qui disparaîtrait en quelques heures. Le niveau de l’eau varie pourtant bel et bien sous l’influence de la Lune et du Soleil. Seulement, ces mouvements restent généralement très discrets. Une particularité liée à la forme, à la profondeur et surtout à l’isolement relatif de cette mer presque fermée.

© AdobeStock - Emma

 

La Méditerranée connaît bien des marées

Première idée reçue à écarter : la Méditerranée n’est pas dépourvue de marées. Comme toutes les grandes étendues d’eau, elle subit l’attraction gravitationnelle de la Lune et, dans une moindre mesure, celle du Soleil. Le niveau monte et descend donc selon des cycles astronomiques parfaitement mesurables. Ce qui change, c’est leur amplitude. Le marnage, c’est-à-dire la différence de hauteur entre la pleine mer et la basse mer, dépasse plusieurs mètres sur certaines côtes atlantiques. En Méditerranée française, il se limite le plus souvent à quelques dizaines de centimètres. La variation existe, mais elle est rarement assez spectaculaire pour transformer visiblement le littoral.

Une mer presque fermée

La principale explication tient à la géographie. La Méditerranée est entourée par l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Sa seule véritable ouverture naturelle vers l’océan mondial se trouve au détroit de Gibraltar, un passage étroit d’environ 14 kilomètres dans sa partie la plus resserrée. La marée venue de l’Atlantique doit donc franchir ce goulet avant de se propager dans l’ensemble du bassin méditerranéen. Une partie de son énergie est freinée, déformée et dissipée au passage. La Méditerranée ne reçoit ainsi qu’une version fortement atténuée de la grande oscillation atlantique. Elle ne fonctionne pas non plus comme un simple récipient que l’océan remplirait puis viderait deux fois par jour. La marée est une onde qui se déplace dans les bassins océaniques. Sa hauteur dépend de la profondeur, du relief sous-marin, de la forme des côtes et des dimensions de la mer traversée. Deux régions situées à la même latitude peuvent donc connaître des marnages radicalement différents.

La forme du bassin ne favorise pas l’amplification

Dans certaines baies, la configuration du littoral agit comme un entonnoir : l’eau est concentrée dans un espace de plus en plus étroit, ce qui amplifie la marée. C’est notamment ce qui explique les marnages spectaculaires observés dans la baie du Mont-Saint-Michel ou dans la baie de Fundy, au Canada. La Méditerranée, dans son ensemble, ne présente pas les dimensions ni le rythme naturel nécessaires pour entrer fortement en résonance avec les principales ondes de marée. Autrement dit, l’oscillation imposée par la Lune n’y est pas amplifiée comme elle peut l’être dans certains bassins ouverts sur l’océan. Le résultat est une marée astronomique faible, souvent peu perceptible à l’œil nu. Sur un quai, quelques centimètres de différence peuvent facilement passer inaperçus, surtout lorsque le clapot, les vagues ou les mouvements provoqués par les bateaux brouillent les repères.

De fortes différences selon les régions

Parler de « la » marée méditerranéenne reste toutefois un raccourci. Le bassin est compartimenté en plusieurs mers et golfes dont les configurations sont très différentes. Le marnage est généralement faible sur les côtes françaises, en Corse ou dans une grande partie de la Méditerranée occidentale, mais il peut devenir plus marqué ailleurs.
Au nord de l’Adriatique, notamment autour de Venise, la forme longue et resserrée du bassin favorise une amplification du niveau marin. Dans le golfe de Gabès, en Tunisie, les faibles profondeurs et la configuration des côtes produisent également des marées nettement plus visibles, pouvant atteindre localement plus d’un mètre. La Méditerranée n’est donc pas une mer sans marée, mais une mer où celle-ci s’exprime de manière très inégale.

Quand la météo dépasse la marée

Pour les navigateurs méditerranéens, le niveau de l’eau dépend souvent davantage de la météo que du cycle astronomique. Un vent soutenu soufflant vers la côte peut accumuler l’eau dans un port ou au fond d’un golfe. À l’inverse, un vent de terre prolongé peut la repousser vers le large. La pression atmosphérique joue également un rôle. Une forte dépression exerce moins de poids sur la surface et favorise une élévation du niveau marin, tandis qu’un anticyclone puissant tend à le faire légèrement baisser. Ces phénomènes peuvent produire des variations supérieures à celles de la marée elle-même.
Dans certains ports, des oscillations appelées seiches peuvent aussi apparaître. Après un coup de vent ou une variation brutale de pression, l’eau se met à osciller dans le bassin, un peu comme dans une baignoire que l’on aurait secouée. Le niveau peut alors monter et descendre rapidement, parfois sans rapport direct avec les horaires officiels de pleine et basse mer.

Une petite marée qui compte tout de même

En navigation courante, la marée méditerranéenne impose rarement les mêmes calculs qu’en Manche ou sur la façade atlantique. Elle ne doit pas pour autant être ignorée. Avec un faible tirant d’eau sous la quille, à l’entrée d’un port peu profond ou dans une lagune, vingt ou trente centimètres peuvent faire la différence. Les courants liés à la marée peuvent également devenir sensibles dans les passages resserrés, les chenaux, les détroits ou entre certaines îles. À Gibraltar, dans les Bouches de Bonifacio ou à proximité de lagunes, ils se combinent avec le vent, les différences de pression et les circulations locales.
Les ports méditerranéens disposent d’ailleurs de prédictions de hauteur d’eau, publiées notamment par le Shom. Preuve que la marée existe bien, même lorsqu’elle reste suffisamment discrète pour être oubliée par la plupart des plaisanciers.

Une mer calme en apparence seulement

L’absence de grandes étendues découvertes à marée basse donne à la Méditerranée une impression de stabilité. Les plages changent peu, les ports restent accessibles et les mouillages ne se vident pas au rythme de la Lune. Mais son niveau n’est jamais totalement fixe. Il répond simultanément aux astres, au vent, à la pression atmosphérique et à la géographie complexe de ses côtes. La marée y parle simplement moins fort qu’ailleurs, au point que, bien souvent, c’est la météo qui finit par couvrir sa voix.

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.