Énergie, matériaux, usages : comment le nautisme se réinvente en 2026

Economie
Par Virginie Lepoutre

Longtemps discret dans ses évolutions, le nautisme connaît aujourd’hui une transformation profonde. Propulsions électrifiées, gestion intelligente de l’énergie à bord, nouveaux matériaux, réflexion sur la fin de vie des bateaux, design pensé pour l’usage réel plutôt que pour la seule performance. Derrière ces mutations, une industrie entière s’adapte aux attentes d’une société plus attentive aux enjeux environnementaux, économiques et technologiques.

Longtemps discret dans ses évolutions, le nautisme connaît aujourd’hui une transformation profonde. Propulsions électrifiées, gestion intelligente de l’énergie à bord, nouveaux matériaux, réflexion sur la fin de vie des bateaux, design pensé pour l’usage réel plutôt que pour la seule performance. Derrière ces mutations, une industrie entière s’adapte aux attentes d’une société plus attentive aux enjeux environnementaux, économiques et technologiques.
© AdobeStock

Ces dernières années, la plaisance a évolué par petites touches. Une carène légèrement plus rapide, une cabine un peu plus lumineuse, un moteur plus silencieux. Depuis 3 ou 4 ans, le rythme s’accélère nettement et la transformation devient plus profonde. Le bateau n’est plus seulement un objet flottant destiné au loisir. Il devient une machine énergétique, un objet numérique, et un produit industriel sommé de rendre des comptes sur ses matériaux, sa consommation et sa fin de vie.
Ce basculement ne relève pas d’un simple effet de mode. Il s’inscrit dans un contexte plus large, marqué par la hausse durable du coût de l’énergie, par des attentes sociétales de plus en plus fortes et par un cadre réglementaire qui, même lorsqu’il vise d’abord le transport maritime professionnel, finit toujours par influencer l’ensemble de la filière nautique.
L’enjeu est clair. Le marché ne se contente plus de concevoir de nouveaux bateaux. Il reconstruit le bateau comme une plateforme. Plateforme de propulsion, plateforme énergétique, plateforme numérique. C’est ce changement de paradigme qui explique pourquoi l’électrification, les nouveaux matériaux et le design ne sont plus des sujets distincts, mais les facettes d’un même mouvement de fond.

© AdobeStock


L’électrification sort des prototypes et change d’échelle

Sur les pontons, l’électrique a longtemps été cantonné aux annexes, aux bateaux de lacs ou à quelques projets vitrines très médiatisés. La différence aujourd’hui tient à l’industrialisation. Batteries, moteurs, pilotage, intégration, maintenance et services commencent à former un ensemble cohérent, pensé pour être produit en série et exploité sur le long terme.
Le signal le plus révélateur n’est pas l’apparition d’un concept spectaculaire sur un salon, mais l’arrivée de gammes complètes proposées par des motoristes. Lorsque ces acteurs déclinent des solutions électriques et hybrides avec des niveaux de puissance élevés, des calendriers précis et une intégration complète « de la barre à l’hélice », cela traduit un changement profond de stratégie. L’électrique n’est plus une option marginale. Il devient une architecture à part entière.
Dans les discussions avec les chantiers et les équipementiers, un constat revient souvent. L’électrification ne se résume pas à remplacer un moteur thermique par un moteur électrique. Elle impose de repenser la distribution de l’énergie, la gestion des usages à bord, la recharge et la maintenance. Pour la croisière côtière et encore davantage pour la grande croisière, la réalité reste nuancée. Le tout électrique pur progresse rapidement sur des programmes courts et bien définis, tandis que l’hybride s’impose souvent comme une solution plus pragmatique dès que l’autonomie et la polyvalence deviennent prioritaires.


L’énergie à bord devient un sujet d’expérience utilisateur

L’une des évolutions les plus marquantes est finalement peu visible à l’œil nu. Elle concerne la manière dont les bateaux sont désormais conçus autour de la production et de la consommation d’énergie. Sur une unité moderne, la question n’est plus seulement de savoir combien de batteries sont installées, mais comment l’énergie est pilotée, priorisée et anticipée.
Les écrans de contrôle, les interfaces numériques et les systèmes de supervision se multiplient. Ils ne relèvent pas du gadget technologique. Ils répondent à un besoin très concret. Comprendre ce qui se passe à bord, anticiper une défaillance, optimiser une recharge ou simplement éviter une panne qui viendrait gâcher une croisière. Dans le secteur de la location, où chaque immobilisation a un coût direct, ces outils deviennent même un argument économique déterminant.
Ce glissement explique aussi pourquoi les industriels parlent de plus en plus de solutions intégrées plutôt que de composants isolés. Le moteur, la batterie, l’électronique et le logiciel forment désormais un tout indissociable. Le bateau s’approche, à sa manière, du fonctionnement d’un véhicule moderne ou d’un système énergétique autonome.


Matériaux, circularité et fin de vie, un chantier devenu incontournable

Le composite a façonné la plaisance contemporaine. Il a permis des formes audacieuses, des séries industrielles et des coûts maîtrisés. Il a aussi généré un problème longtemps repoussé. Que faire des bateaux en fin de vie ?
Ce sujet n’est plus tabou. À l’échelle européenne, la filière s’organise pour structurer de véritables solutions industrielles. Le volume de bateaux concernés n’a plus rien d’anecdotique. Des dizaines de milliers d’unités arrivent chaque année à la fin de leur cycle d’exploitation. L’enfouissement ou la destruction sans valorisation ne sont plus considérés comme des réponses acceptables à long terme.
Parallèlement, de nouveaux matériaux commencent à s’imposer, non pas pour remplacer totalement le composite traditionnel, mais pour en réduire certaines limites. Fibres naturelles, résines alternatives, matériaux hybrides trouvent progressivement leur place, d’abord sur des éléments non structurels, puis sur des applications plus visibles. Ces choix ne relèvent plus seulement d’une démarche environnementale. Ils deviennent des arguments de confort, de design et d’image, intégrés au discours commercial des chantiers.


Hydrogène, carburants alternatifs et effet domino de la réglementation

Dans l’imaginaire collectif, l’hydrogène occupe une place à part. Il fait rêver, mais reste encore largement cantonné à des projets expérimentaux ou à des usages très spécifiques. Pour la plaisance, il s’agit avant tout d’un champ de recherche et de développement, freiné par des contraintes d’infrastructures et de coûts.
En revanche, le simple fait que ces solutions soient désormais intégrées aux réflexions stratégiques de la filière est révélateur. La réglementation européenne sur la décarbonation du transport maritime, même lorsqu’elle ne cible pas directement la plaisance, agit comme un accélérateur indirect. Elle pousse les motoristes, les ports et les fournisseurs d’énergie à innover, à structurer des offres et à préparer l’avenir.
Sur les voies intérieures, où les normes environnementales sont souvent plus strictes, ces évolutions sont encore plus visibles. Elles influencent directement le matériel disponible et les choix techniques proposés aux plaisanciers.

© AdobeStock


Le design et l’usage au cœur de la décision

La dernière tendance est sans doute la plus déterminante. Le marché parle de moins en moins de bateaux en tant qu’objets et de plus en plus de programmes d’usage. Le confort à bord, la facilité de circulation, la simplicité des manœuvres et la modularité des espaces deviennent des critères aussi importants que la vitesse ou la puissance.
Cette évolution se reflète dans les aménagements, les plateformes arrière, les espaces ouverts et la recherche de continuité entre intérieur et extérieur. Elle se traduit aussi par la montée en puissance des services associés, gestion, location, accompagnement, maintenance, qui transforment le rapport à la propriété et à l’usage du bateau.
Dans un contexte économique plus incertain, où les décisions d’achat sont plus réfléchies, ces éléments font souvent la différence. Les chantiers ne vendent plus seulement une unité. Ils vendent une manière de naviguer, plus simple, plus lisible et mieux adaptée aux attentes contemporaines.


Alors, demain ?

Le nautisme entre dans une nouvelle phase de son histoire. Une phase où le moteur, la batterie, le matériau et le logiciel ne sont plus des options, mais des fondations. Pour les plaisanciers, novices comme expérimentés, cela change profondément la manière de choisir un bateau. Moins de fascination pour la fiche technique brute, plus d’attention portée à l’usage réel, à l’autonomie énergétique, à la maintenance et à la valeur dans le temps.
Le bateau moderne n’est plus seulement un moyen d’aller sur l’eau. Il devient le reflet d’une industrie qui cherche à rester en phase avec son époque, sans renier l’essentiel. Le plaisir de naviguer.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.