Le côté sombre du nautisme : la fin de l’impunité pour les « bateaux ventouses » ?

Economie
Par Mark Bernie

Derrière l’image de carte postale des marinas se cache une réalité moins reluisante : celle des navires abandonnés qui pourrissent à flot, occupant des places précieuses et menaçant l'écosystème. Alors que la pression sur les anneaux de port n’a jamais été aussi forte, les autorités portuaires passent à l'offensive. Entre nouvelles procédures juridiques simplifiées et filières de déconstruction écologique, enquête sur la fin programmée de ces « navires fantômes » qui hantent nos pontons.

Derrière l’image de carte postale des marinas se cache une réalité moins reluisante : celle des navires abandonnés qui pourrissent à flot, occupant des places précieuses et menaçant l'écosystème. Alors que la pression sur les anneaux de port n’a jamais été aussi forte, les autorités portuaires passent à l'offensive. Entre nouvelles procédures juridiques simplifiées et filières de déconstruction écologique, enquête sur la fin programmée de ces « navires fantômes » qui hantent nos pontons.

Dans presque tous les ports de plaisance de l'Hexagone, le scénario est le même. Entre deux unités rutilantes, une étrave verdie par les algues et un génois en lambeaux trahissent des années d'abandon. Ce sont les « bateaux ventouses ». Pour les gestionnaires de ports, ces navires sont un véritable cauchemar logistique et financier. Non seulement ils ne naviguent plus, mais leurs propriétaires ont souvent disparu des radars, cessant parfois de payer leur redevance. En 2026, on estime qu'environ 5 % à 8 % de la flotte française serait dans un état d'abandon manifeste, immobilisant des milliers de places alors que les listes d'attente s'allongent parfois sur plus de dix ans dans certains bassins méditerranéens.

Un héritage encombrant : pourquoi l'abandon ?

L'abandon d'un navire est rarement le fruit d'une volonté délibérée de nuire. C'est souvent l'aboutissement d'un drame personnel, d'une succession difficile ou d'un naufrage financier. Pour un héritier n'ayant jamais mis les pieds sur un pont, un vieux voilier de 10 mètres peut rapidement devenir un fardeau. Entre les frais de port, l'assurance obligatoire et l'entretien minimal pour éviter qu'il ne coule, la facture annuelle peut dépasser les 4 000 euros pour une unité moyenne. Face à ce gouffre, le silence devient parfois la seule stratégie, laissant au port le soin de gérer l'épave.

Le problème est aussi environnemental. Un bateau qui pourrit à flot est une bombe à retardement. Les batteries au plomb, les réservoirs de carburant dont l'étanchéité n'est plus garantie et les produits d'entretien stockés à bord finissent par menacer la qualité de l'eau. Pierre, capitaine de port en Bretagne, témoigne de cette lassitude : « Voir un bateau se dégrader sous nos yeux est un crève-cœur. C’est un actif qui perd toute valeur et qui finit par devenir un déchet dangereux pour la collectivité. En 2026, nous ne pouvons plus nous permettre ce gaspillage d'espace et ce risque écologique ».

La riposte juridique : vendre ou détruire pour libérer les pontons

Pendant longtemps, la loi française protégeait tellement le droit de propriété qu'il était quasi impossible pour un port de se débarrasser d'un bateau ventouse. La procédure de déchéance de propriété était un chemin de croix administratif de plusieurs années. Mais les évolutions législatives récentes ont changé la donne. Désormais, une procédure simplifiée permet aux ports, après une mise en demeure restée infructueuse pendant six mois, de demander au tribunal la vente aux enchères du navire ou, si son état est trop dégradé, sa déconstruction pure et simple.

Cette accélération administrative est vitale. Elle permet de remettre sur le marché de l'occasion des bateaux qui peuvent encore être sauvés, offrant ainsi à de nouveaux plaisanciers l'opportunité d'accéder à la mer à moindre coût. Pour les épaves irrécupérables, le port prend à sa charge le transfert vers un centre de déconstruction agréé. C’est une opération délicate qui nécessite le recours à des professionnels pour éviter tout risque de pollution accidentelle lors du transfert vers le site de déconstruction.

La déconstruction : une filière d’excellence en 2026

La solution ultime pour éradiquer les bateaux ventouses repose sur la filière de déconstruction. En 2026, la France fait figure de leader mondial grâce à son éco-organisme dédié à la plaisance. Ce système permet aux propriétaires de faire déconstruire leur bateau gratuitement, le coût du traitement étant pris en charge par une éco-contribution sur les bateaux neufs. Le seul défi reste le transport du bateau jusqu'au centre agréé, une logistique qui peut coûter entre 500 et 2 000 euros selon la taille de l'unité et sa distance du centre de traitement.

Pour les ports, l'enjeu est de convaincre les propriétaires de sauter le pas avant que le bateau ne devienne une épave intransportable. Des incitations voient le jour : certains ports proposent de prendre en charge une partie du transport si le propriétaire accepte de libérer sa place immédiatement. C'est un calcul gagnant-gagnant : le port récupère un anneau qu'il pourra louer à un plaisancier actif, et le propriétaire se libère d'une responsabilité juridique et financière pesante. En fin de compte, la lutte contre les bateaux ventouses est le prix à payer pour maintenir un nautisme dynamique et respectueux de cet océan qui nous passionne tant.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
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Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.