Bateau électrique : un nouveau marché en pleine expansion dans la plaisance

Bateaux à moteur

Longtemps discret, le bateau électrique prend désormais une vraie place dans le nautisme, porté par l’innovation, les nouvelles attentes des plaisanciers et l’évolution des usages sur l’eau.

Longtemps discret, le bateau électrique prend désormais une vraie place dans le nautisme, porté par l’innovation, les nouvelles attentes des plaisanciers et l’évolution des usages sur l’eau.
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Il n’y a pas si longtemps, le bateau électrique restait un objet à part dans la plaisance. On le croisait surtout sur quelques lacs, dans des bases de location ou au détour de salons nautiques, souvent plus comme une promesse que comme une réalité commerciale. Cette période est en train de se refermer. Aujourd’hui, l’électrique s’installe dans le paysage. Les constructeurs élargissent leurs gammes, les ports commencent à s’équiper, les loueurs y voient une solution crédible et certaines zones de navigation lui offrent déjà un terrain idéal. Ce changement ne tient pas à une seule cause. Il repose sur plusieurs mouvements qui avancent en même temps. La question environnementale joue un rôle évident, avec une attention plus forte portée au bruit, aux rejets locaux et à la préservation des plans d’eau. Les progrès techniques comptent tout autant, car les bateaux deviennent plus performants, plus séduisants et mieux adaptés à des usages concrets. S’ajoute enfin une transformation très simple des pratiques. Une large part de la plaisance se vit sur des sorties courtes, des balades à la journée, des navigations abritées ou des activités touristiques où le silence et la facilité d’utilisation deviennent de vrais atouts.

La question mérite donc d’être posée clairement. Le bateau électrique est-il seulement une tendance en vue, ou bien assiste-t-on à la naissance d’un véritable marché dans la plaisance ? Au regard de ce qui se passe depuis quelques années, la 2de hypothèse paraît désormais la plus juste.

 

Le bateau électrique sort de la niche

Le premier signe, c’est la vitesse à laquelle le secteur se structure. Le marché mondial du bateau électrique reste encore modeste face à l’ensemble de la plaisance, mais sa progression est nette. Plusieurs études annoncent une forte croissance au cours de la prochaine décennie. Fortune Business Insights estime par exemple qu’il pourrait atteindre 24,94 milliards de dollars d’ici 2034, avec une croissance annuelle moyenne de 13,74 % entre 2026 et 2034. Ces projections doivent toujours être regardées avec prudence, mais elles montrent une chose essentielle : l’électrique n’est plus considéré comme un simple sujet d’expérimentation.
Cette montée en puissance se lit surtout dans l’offre. Il y a quelques années encore, les modèles restaient rares et souvent limités à de petites unités conçues pour des usages bien précis. Le paysage a changé. Le suédois Candela s’est imposé comme l’un des noms les plus visibles du moment avec ses bateaux à foils électriques, capables selon la marque de réduire fortement la consommation d’énergie. Aux États Unis, Arc s’est fait connaître avec l’Arc Sport, un bateau électrique de 500 ch équipé d’une batterie de 232 kWh. En Europe, Porsche et Frauscher ont uni leurs forces pour développer le 850 Fantom Air, un day boat électrique haut de gamme dérivé de solutions utilisées sur le Macan électrique. L’électrique ne se limite donc plus à quelques unités de promenade. Il touche désormais des segments plus ambitieux, y compris dans l’univers premium.
Autre évolution importante, les réseaux de distribution traditionnels commencent eux aussi à prendre position. Depuis janvier 2025, une sélection de moteurs hors-bord Torqeedo est distribuée par des concessionnaires Yamaha dans 8 pays européens. Ce type d’accord marque un tournant, car il signifie que l’électrique ne circule plus seulement dans un univers spécialisé. Il entre dans les circuits classiques du nautisme, là où se joue réellement la diffusion d’un marché.
Le développement du bateau électrique dépend aussi beaucoup du terrain de jeu. Sur certains plans d’eau, il bénéficie déjà d’un contexte très favorable. Le lac de Sainte Croix, dans le Verdon, interdit les moteurs thermiques de plaisance, sauf exceptions liées aux secours ou aux services. Dans ce cas, l’électrique n’est plus un choix marginal. Il devient la solution adaptée au lieu. Ce type de réglementation locale, encore ponctuel, crée pourtant des débouchés très concrets pour les constructeurs, les bases nautiques et les loueurs.
Les infrastructures suivent, elles aussi, même si le mouvement reste encore limité. En 2023, Saint Quay Port d’Armor est devenu le 1er port de la côte bretonne à rejoindre le réseau de recharge rapide d’Aqua superPower. En mai 2025, Port Rives à Thonon les Bains est devenu la 1re destination du lac Léman à intégrer ce même réseau, avec une borne de 75 kW. Ce maillage reste embryonnaire, mais il change déjà la perception du sujet. Tant que la recharge semblait abstraite, l’électrique paraissait lointain. Dès qu’elle apparaît dans les ports, le marché devient beaucoup plus tangible.

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Qui adopte le bateau électrique aujourd’hui ?

Les premiers utilisateurs sont les particuliers dont la navigation correspond naturellement aux capacités actuelles de l’électrique. Pour une sortie à la journée, une promenade familiale ou une navigation sur un plan d’eau intérieur, les avantages sont immédiats. Le bateau fait moins de bruit, ne dégage pas d’odeur d’essence et offre souvent une conduite plus souple. Cette simplicité change l’expérience à bord. Pour beaucoup, il ne s’agit pas seulement d’un autre moteur, mais d’une manière différente de profiter du temps passé sur l’eau.
Les loueurs occupent déjà une place centrale dans cette évolution. Leur modèle économique s’accorde bien avec l’électrique, car les sorties sont généralement courtes, les parcours restent connus et les bateaux reviennent à leur base après chaque rotation. En France, Marin d’eau douce exploite ainsi une flotte de 120 bateaux électriques sans permis répartis entre Paris, Levallois, Meaux, Strasbourg, Lille et Fontainebleau. Ce n’est pas un détail. La location permet au grand public de découvrir cette technologie dans des conditions simples, sans avoir à investir immédiatement dans l’achat d’une unité.
Le tourisme constitue un autre moteur très concret. Sur les lacs, les canaux ou certaines zones abritées, l’électrique correspond bien à une offre centrée sur la promenade, le paysage et la découverte. À Annecy, par exemple, certaines activités sur l’eau misent déjà sur cette navigation plus douce. À Sainte Croix, le cadre réglementaire renforce naturellement cette présence. Pour les opérateurs touristiques, l’intérêt est évident : proposer une expérience facile à prendre en main, silencieuse et mieux intégrée à l’environnement. Les collectivités commencent elles aussi à s’emparer du sujet. À Neuilly sur Marne, la ville propose à la location des bateaux électriques sans permis. D’autres territoires expérimentent des navettes ou des services de mobilité fluviale à faible impact. L’enjeu dépasse alors la seule plaisance privée. L’électrique devient aussi un outil d’image, d’attractivité et de gestion plus apaisée des usages sur l’eau.

 

Un marché appelé à se développer dans les prochaines années

Si le bateau électrique gagne du terrain, c’est d’abord parce que la technologie progresse enfin dans le bon sens. Les batteries gagnent en capacité, la gestion de l’énergie devient plus fine et certains constructeurs ne se contentent plus d’adapter un modèle thermique existant. Ils conçoivent directement leurs bateaux autour de cette motorisation. C’est ce que montrent les foils de Candela, pensés pour réduire la consommation, ou encore le travail mené sur des unités plus haut de gamme comme le 850 Fantom Air. L’électrique cesse peu à peu d’être une simple transposition technique. Il devient une architecture complète.
La réglementation pourrait accélérer encore ce mouvement. Il serait exagéré d’annoncer une disparition rapide du thermique dans la plaisance, mais il serait tout aussi faux de penser que rien ne change. Dans plusieurs territoires, la question du bruit, de la qualité de l’eau et de la préservation des espaces sensibles devient plus présente. À mesure que ces préoccupations s’installent, l’électrique apparaît comme une réponse déjà prête pour certains usages bien identifiés. L’industrie commence enfin à investir avec plus de constance. Les partenariats se multiplient, les infrastructures avancent et les grands rendez-vous du secteur donnent une visibilité nouvelle à ces solutions. Le Monaco Energy Boat Challenge, par exemple, joue un rôle important dans cette dynamique en exposant des innovations concrètes devant l’ensemble de la filière. Ce genre d’événement ne crée pas un marché à lui seul, mais il accompagne une bascule déjà en cours.

 

Un marché encore jeune, mais désormais bien installé

Le bateau électrique n’a évidemment pas conquis toute la plaisance. Son prix reste souvent élevé, l’autonomie impose encore des limites selon les usages et le réseau de recharge est loin d’être généralisé. Mais il ne peut plus être regardé comme une curiosité réservée à quelques passionnés ou à quelques plans d’eau bien particuliers. C’est sans doute le point le plus important. L’électrique a trouvé ses premiers clients, ses premiers territoires et ses premiers modèles économiques. Il a aussi trouvé une place dans le discours industriel, dans l’offre touristique et dans les stratégies d’équipement de certains ports. En d’autres termes, il ne relève plus de l’exception.
Le marché reste jeune, bien sûr, et son développement ne sera ni uniforme ni immédiat. Mais dans une partie de la plaisance, il est déjà bien installé. Et tout indique qu’il devrait continuer à prendre de l’ampleur dans les années à venir.

 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Cyrille Duchesne
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.