
Figaro Nautisme : D’où vous est venue l’idée de créer un club pour les passionnés de co-navigation ?
Antoine Penot : J’ai créé VogAvecMoi pour une raison très simple : c’est le site que je cherchais quand j’avais 18 ans. À l’époque, j’étais passionné de voile et je venais d’effectuer un stage avec l’UCPA. Mon frère, lui, était passionné de montagne et recevait leur catalogue. Il y avait 2 pages consacrées aux stages de voile, avec la photo d’un voilier dans les calanques. En voyant cette image, je me suis mis à rêver et j’ai compris que je voulais naviguer.
J’ai ensuite fait un stage de 15 jours, que j’ai adoré. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à chercher des embarquements. Mais vivant à Toulouse et ne connaissant personne dans le milieu maritime, ni aucun propriétaire de bateau, j’ai eu beaucoup de mal à trouver des occasions de naviguer. J’ai fini par en trouver et j’ai beaucoup navigué, en Méditerranée, en Manche, en Bretagne. À force de fréquenter les pontons, j’ai rencontré des propriétaires de voiliers et j’ai alors découvert qu’eux aussi avaient également des difficultés à trouver des équipiers pour partir en mer.
Après des études dans le notariat et quelques années dans ce secteur, j’ai décidé de me réorienter vers un métier en lien avec ma passion. Pour être franc, j’avais voulu devenir notaire pour gagner de l’argent et, un jour, pouvoir naviguer. À 28 ans, j’ai décidé de vivre de ma passion plutôt que d’attendre la retraite pour en profiter.
C’est alors que j’ai rencontré Clément Rouch, qui avait lancé un site de mise en relation pour les passionnés de vélo, RouleAvecMoi.com. Je me suis dit que ce concept, adapté aux marins, aux propriétaires de bateaux et à ceux qui souhaitent embarquer, correspondait exactement à ce que je cherchais à 18 ans. En 2010, nous avons donc lancé la première version de VogAvecMoi.com.
Figaro Nautisme : Avec VogAvecMoi, vous mettez donc en relation des propriétaires et des équipiers sous le terme de « co-navigation ». C’est un peu ce qu’on appelait « la bourse aux équipiers » ?
Antoine Penot : Exactement. Nous utilisons d’ailleurs les 2 expressions. Le terme de « co-navigation », particulièrement adapté, met en avant l’idée de partage, et c’est précisément ce que nous voulons proposer : le partage de la navigation entre un propriétaire et un ou plusieurs équipiers, pendant une durée donnée.
Les propriétaires de bateaux sont souvent confrontés à une difficulté bien connue : trouver un équipage disponible. Le cas classique est celui du plaisancier arrivant à la retraite et se mettant du jour au lendemain, se met à naviguer 180 jours par an, alors qu’il ne sortait auparavant que 3 semaines dans l’année. Pour 3 semaines, il est assez facile de mobiliser la famille ou les amis. Pour 180 jours, cela devient nettement plus compliqué. À l’inverse, nombreux sont les passionnés et néophytes qui souhaitent embarquer sans avoir les moyens ni l’envie de posséder un bateau.
Nous mettons donc en relation ces 2 univers, dans le cadre d’une adhésion au club VogAvecMoi qui représente quelques dizaines d’euros par an. Nous proposons des formules de 2 mois minimum, ainsi que des adhésions de 6 ou 12 mois. Ensuite, les propriétaires demandent généralement une participation aux frais de sortie. Dans la majorité des cas, elle se situe entre 15 et 25 euros par jour. Nous surveillons évidemment ces montants pour éviter toute dérive vers une location déguisée, avec les problèmes que cela pourrait poser vis-à-vis des affaires maritimes, des assurances ou du cadre réglementaire.
Au bout du compte, tout le monde y trouve son compte. C’est d’ailleurs ce qui explique que depuis 2010, date de création de VogAvecMoi, nous ayons rassemblé 110 000 inscrits au club.
Figaro Nautisme : Vous avez créé VogAvecMoi en 2010, et depuis votre concept s’est développé. Quelles sont vos activités aujourd’hui ?
Antoine Penot : La base reste bien sûr le club VogAvecMoi. À partir de 2016, nous avons commencé à proposer à nos membres de se retrouver pour des navigations un peu plus lointaines, en flottille. Nous avons ainsi loué des catamarans en Grèce, pour 1 semaine dans les Cyclades. En moins de 15 jours, nous avons trouvé une quarantaine de participants et rempli 5 catamarans. Quelques mois plus tard, nous avons proposé la Croatie et, là encore, 5 bateaux ont été remplis très rapidement. La demande des membres était réelle et forte. Nous avons donc multiplié les propositions, à l’arrivée de la Route du Rhum, aux Grenadines, aux Seychelles, entre autres. Très vite, nous sommes devenus agence de voyage en voilier, et nous avons élargis l’offre à 8 à 10 croisières par an.
C’est dans ce contexte qu’avec Clément, mon associé, nous avons décidé d’acheter un catamaran en 2018. Nous avons choisi un Lagoon 450 F, avec un programme déjà bien défini : école de croisière avant et après la saison, navigation estivale en Méditerranée et transatlantique et navigations aux Antilles en hiver avant une transat retour... En 2021, nous avons acquis un 2e catamaran, là encore un Lagoon 450 F.
Aujourd’hui, Vog, c’est donc à la fois un club (Vogavecmoi), une agence de voyage qui organise des flottilles, une école de voile (Vogweek), mais aussi un service d’accompagnement pour les futurs acheteurs de bateaux (Vogfleet). Nous les aidons à faire le bon choix, à bien équiper leur unité et à se former si nécessaire.
Enfin, nous organisons cette année, pour la 1re fois, un rallye international à destination de la Tunisie. Une vingtaine de bateaux et 80 participants sont déjà inscrits. L’idée est de proposer cette belle navigation vers une destination remarquable, avec un aller-retour. Un rallye que nous aimerions renouveler tous les 2 ans et développer sur d’autres destinations.
Figaro Nautisme : Le nautisme et les plaisanciers sont en pleine mutation. Comment imaginez-vous les plaisanciers de demain ? Comment et sur quels bateaux navigueront-ils ?
Antoine Penot : Je pense, avec toute l’humilité nécessaire, que nous allons vers des bateaux toujours plus grands, plus confortables et, par conséquent, toujours plus chers. Or, la France compte un socle très important de passionnés. J’imagine donc assez facilement un développement encore plus net du partage d’usage, qu’il passe par la co-navigation, la location ou la copropriété.
Nous travaillons d’ailleurs actuellement sur un programme de gestion en copropriété, autour de Lagoon 38 ou 43. L’idée est de proposer une formule que nous gérerons et encadrerons entièrement, afin que tout soit fluide et sans difficulté. Le principe consiste à permettre à 2 acquéreurs d’accéder au bateau de leurs rêves pour la moitié du prix, sans avoir à supporter seuls toutes les contraintes : carénage, location éventuelle, avitaillement, entretien courant. En résumé, nous pouvons prendre en charge l’ensemble de la gestion, de A à Z, s’ils le souhaitent.
Ce partage d’usage existe déjà dans les faits. Quand nous commercialisons une croisière via VogWeek, notre agence de location, nous vendons une place ou une cabine. Sur un catamaran, avec les volumes disponibles, c’est particulièrement confortable et le concept séduit réellement. Oui, je pense que le partage de l’usage représente très clairement l’avenir de la plaisance.
Figaro Nautisme : VogAvecMoi en chiffres ?
Antoine Penot : En 2020, l’année du Covid, nous étions à 600 000 euros de chiffre d’affaires. Nous avons atteint 1 million en 2022, puis 1,6 million en 2024. Je n’ai pas encore les chiffres définitifs pour 2025, mais nous devrions nous situer autour de 2,3 millions d’euros, sans compter l’activité VogFleet, la partie location de catamarans, qui représente à elle seule 750 000 euros supplémentaires en 2025.
Nous possédons aujourd’hui 2 catamarans et 5 autres sont en gestion. L’entreprise compte désormais 3 associés et 10 salariés.
Enfin, la communauté Vogavecmoi poursuit sa croissance, malgré ses 16 ans d’existence, avec, en 2025, une progression de 4,5 %.
Figaro Nautisme : Votre dernière navigation et la prochaine ?
Antoine Penot : Ma dernière navigation remonte à septembre dernier, à l’occasion d’une flottille en Manche que j’organisais. Nous avons eu du mauvais temps, ce qui nous a empêchés d’aller très loin, mais nous avons tout de même navigué entre Saint-Malo, Saint-Cast, Saint-Suliac et Dinan. Nous avons aussi remonté la Rance. C’était magnifique, avec un groupe de Vogueurs vraiment formidable.
Quant à la prochaine, ce sera probablement encore une flottille, cette fois en Atlantique, avec un programme de type Lorient, Groix, Les Glénan, Concarneau.
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