
Un pionnier du transport maritime à la voile fragilisé par un contexte défavorable
Installée au Havre, TOWT s’était imposée ces dernières années comme l’une des figures emblématiques du renouveau du transport maritime à la voile. L’entreprise exploite actuellement 2 voiliers cargos reliant l’Europe et l’Amérique, avec une ambition claire : proposer une alternative crédible et décarbonée au transport maritime traditionnel. Mais cette trajectoire prometteuse s’est brutalement heurtée à une conjoncture devenue plus complexe. La compagnie a confirmé son dépôt de bilan après une période marquée par des tensions commerciales, des retards industriels et une hausse des charges. Quarante huit emplois sont aujourd’hui menacés par cette procédure, qui intervient alors même que l’entreprise avait réussi à concrétiser son modèle économique et à lancer ses premiers navires sur les routes transatlantiques.
Interrogé par l’AFP, Guillaume Le Grand a directement pointé plusieurs facteurs déterminants dans cette situation. Le dirigeant évoque d’abord les retards accumulés lors de la mise en service des navires : "18 mois de retard cumulés à la livraison des deux navires" ont pesé lourdement sur la trésorerie de la compagnie, a-t-il expliqué. À ces difficultés industrielles se sont ajoutées des tensions commerciales liées à l’évolution du contexte politique et économique international. Toujours auprès de l’AFP, le président de TOWT estime que l’élection de Donald Trump a entraîné : "une dégradation très importante du portefeuille clients, des cales qui se vident et des retours" de bateau des États Unis "quasi vides, voire vides". Dans un secteur où l’équilibre financier repose sur la régularité des flux, ces retours à vide ont rapidement fragilisé l’ensemble du modèle économique.
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Des charges supplémentaires et un environnement financier sous tension
Le dirigeant pointe également la pression croissante sur les coûts d’exploitation. Selon lui, l’État français a ajouté : "des charges sur les marins, au pire moment". Cette hausse des coûts intervient dans un contexte déjà marqué par la volatilité des prix de l’énergie et du transport maritime. Guillaume Le Grand a également dénoncé le rôle du système financier dans l’aggravation des difficultés rencontrées par la compagnie. Toujours auprès de l’AFP, il a déclaré : "Le pétrole explose, ainsi que le taux de fret. Nos grands clients sont en train de tous se mobiliser derrière moi pour aller reprendre ces navires", avant de fustiger "les banques" qui "ont cru qu'elles allaient pouvoir continuer de se servir des taux d'intérêt usuriers". Ces tensions illustrent la fragilité d’un modèle innovant confronté à des contraintes économiques très classiques dans le transport maritime.
Une activité réelle et des navires performants malgré la crise
Malgré cette procédure, TOWT insiste sur la solidité technique de ses navires et sur la réalité de son activité. "On a transporté 40.000 tonnes de marchandises", a souligné Guillaume Le Grand auprès de l’AFP, précisant que la compagnie avait réalisé un chiffre d’affaires proche de 5 millions d’euros en 2025. Le dirigeant a également tenu à défendre les performances de ses voiliers cargos, affirmant : "Ces navires marchent très bien, sont très décarbonés, avec des marins extrêmement compétents". Longs de 81 m et capables de transporter jusqu’à 1 090 t de marchandises, ces voiliers cargos figurent parmi les plus grands navires au monde propulsés principalement par l’énergie éolienne. Grâce à la force du vent, ils permettent de réduire fortement les émissions de CO2 du transport maritime, un argument devenu central dans la transition énergétique du secteur.
Un avenir encore incertain, mais des projets toujours en cours
L’histoire de TOWT pourrait pourtant ne pas s’arrêter là. La compagnie a déjà engagé la construction de 6 nouveaux navires au Vietnam, dont la livraison reste prévue d’ici 2027. Une audience doit désormais se tenir au tribunal de commerce du Havre pour décider de la suite. Elle déterminera si l’entreprise peut être reprise, restructurée ou contrainte à cesser son activité. Au-delà du cas de TOWT, cette procédure constitue un signal fort pour toute la filière du transport maritime à la voile. Elle rappelle que la transition vers un transport plus propre ne repose pas seulement sur l’innovation technologique ou l’engagement environnemental, mais aussi sur la capacité à traverser des cycles économiques parfois brutaux.
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