Après l’incendie de Canet-en-Roussillon, Catana relance son activité et maintient le cap sur l’innovation
Six jours seulement après l’incendie, deux Catana Ocean Class retrouvaient l’eau. L’image, forcément symbolique, traduit la volonté du chantier de reprendre au plus vite le cours de ses activités, malgré l’ampleur des dégâts subis sur son site historique de Canet-en-Roussillon.
Le jeudi 2 juillet 2026, un violent incendie parti de campings voisins s’est propagé jusqu’au pôle nautique, sous l’effet conjugué de la sécheresse et d’un vent particulièrement soutenu. Deux bâtiments accueillant les lignes d’assemblage du Bali 5.8 et du Catana Ocean Class 50 ont été détruits. Aucun salarié du groupe n’a toutefois été blessé et les moules nécessaires à la fabrication des catamarans ont pu être préservés, un élément déterminant pour envisager la reprise de la production.
Selon Catana Group, près des deux tiers du site de production de Canet-en-Roussillon ont été touchés. Dès les premières heures, les équipes de direction ont travaillé avec les autorités locales et régionales pour sécuriser les lieux, protéger les collaborateurs et organiser la continuité de l’activité.
« Très touché par les nombreux témoignages reçus à la suite de cet incendie dramatique, je tiens à remercier très sincèrement tous nos soutiens locaux », a déclaré Aurélien Poncin, président de Catana Group, saluant notamment l’intervention des pompiers, des forces de l’ordre et des acteurs économiques du territoire.
Le dirigeant a également remercié les clients, fournisseurs, partenaires et concurrents ayant manifesté leur solidarité envers le chantier. Une mobilisation révélatrice, selon lui, de « toute la force d’être un groupe industriel familial ».
La remise à l’eau, le 8 juillet, de deux Catana Ocean Class constitue la première manifestation concrète de cette reprise. Si cet événement ne signifie évidemment pas que l’outil industriel fonctionne déjà de nouveau à pleine capacité, il confirme la volonté du groupe d’assurer la continuité des projets en cours et de préparer les prochaines livraisons.
Le maintien du calendrier industriel représentera désormais l’un des principaux enjeux pour le chantier. La sauvegarde des moules, combinée à la présence d’autres capacités de production au sein du groupe, devrait faciliter une reconstruction progressive de l’organisation. Catana Group indique travailler à la remise en route de son outil industriel, sans communiquer à ce stade de calendrier précis pour un retour complet à la normale.
Le groupe confirme néanmoins sa présence au Cannes Yachting Festival et dans les principaux salons nautiques de l’automne, où seront représentées ses marques Bali, Catana, Seaty et YOT.
Cette reprise intervient alors que Catana poursuit son travail de fond sur l’architecture de ses multicoques. Le constructeur met notamment en avant une approche particulière du confort thermique, fondée sur la circulation naturelle de l’air plutôt que sur l’emploi systématique d’une climatisation.
À bord d’un catamaran de grande croisière, cette question dépasse largement le simple agrément. Sous les tropiques ou lors d’un mouillage estival, les surfaces vitrées, les volumes intérieurs et l’exposition prolongée au soleil peuvent rapidement transformer le carré et les cabines en espaces difficiles à rafraîchir.
La climatisation apporte une réponse efficace, mais impose également une consommation électrique importante. Selon l’installation retenue, elle peut nécessiter le fonctionnement d’un groupe électrogène, générer du bruit et accroître la complexité technique du bateau. Une bonne ventilation passive permet donc de réduire son utilisation, même si elle ne prétend pas nécessairement la remplacer dans toutes les conditions.
L’approche de Catana consiste à travailler simultanément sur la position des ouvertures, leur surface et la circulation de l’air entre le carré et les coques.
Sur ses catamarans, le chantier utilise des hublots latéraux disposés sur les bordés ainsi qu’à l’arrière des coques. Leur implantation vise à capter un air situé plus bas, au plus près de la surface de l’eau, généralement plus frais que celui accumulé sur le rouf ou les parties hautes du bateau.
Le flux est ensuite dirigé vers l’intérieur des coques en exploitant les mouvements d’air créés sous la nacelle. Catana évoque notamment l’utilisation de l’effet Venturi : lorsqu’un passage se resserre, la vitesse de circulation d’un fluide augmente, ce qui peut favoriser l’aspiration et le renouvellement de l’air.
Des panneaux placés sous la nacelle participent à cette circulation. Leur position surélevée et protégée doit permettre de les conserver ouverts au mouillage tout en limitant les risques de projections d’eau. Le système ne refroidit pas artificiellement l’air, mais favorise son renouvellement permanent et évite l’accumulation de chaleur dans les volumes intérieurs.
Cette stratégie s’appuie sur le retour d’expérience revendiqué par la marque après la construction de plus de 1 200 catamarans. Elle montre aussi que la sensation de fraîcheur à bord dépend moins du seul nombre de panneaux que de leur emplacement et de la cohérence globale des flux d’air.
Dans le carré, la ventilation repose également sur la largeur des ouvertures. En combinant les baies coulissantes latérales et la baie arrière, Catana annonce une surface totale ouverte sur l’extérieur pouvant atteindre 10 m².
Cette configuration transforme le carré en espace largement traversant. Au mouillage, la circulation de l’air peut s’effectuer d’un bord à l’autre et de l’avant vers l’arrière, tandis que la frontière entre le cockpit et le salon devient beaucoup moins marquée.
L’intérêt n’est pas seulement thermique. Sur un multicoque de voyage, cette ouverture améliore également la visibilité, les déplacements de l’équipage et la continuité entre les espaces de vie intérieurs et extérieurs.
À l’avant, des panneaux de pont participent à la création d’un courant d’air transversal. Entièrement ouverts au mouillage, ils permettent de faire entrer l’air directement dans le carré. En navigation, leur exposition aux embruns et aux vagues impose davantage de précautions.
Catana indique avoir installé ces panneaux sur des vérins capables de commander leur fermeture en cas d’arrivée d’eau. Cette solution cherche à concilier deux exigences parfois contradictoires : conserver de grandes ouvertures et protéger efficacement l’intérieur lorsque les conditions se dégradent.
Présenter la ventilation naturelle comme une alternative absolue à la climatisation serait néanmoins réducteur. Son efficacité dépend de la température extérieure, du vent, de l’orientation du bateau au mouillage et du taux d’humidité. Lorsque l’air extérieur est lui-même très chaud et saturé d’humidité, sa simple circulation ne suffit pas toujours à maintenir une température confortable.
L’intérêt de cette architecture réside surtout dans sa capacité à retarder la mise en route de la climatisation, à limiter sa puissance ou à s’en passer pendant une partie de la journée. Pour un équipage au long cours, le bénéfice peut être important : réduction de la consommation énergétique, diminution du bruit, moindre sollicitation des équipements et entretien simplifié.
Cette logique rejoint plus largement l’évolution actuelle des catamarans de grande croisière. À mesure que les bateaux gagnent en volume et en niveau de confort, les chantiers doivent éviter que l’augmentation des équipements ne se traduise automatiquement par une dépendance accrue aux groupes électrogènes et aux systèmes de climatisation.
La conception passive du bateau redevient alors un véritable outil technique. Orientation des vitrages, protections solaires, circulation traversante, isolation et positionnement des ouvertures sont autant de paramètres qui doivent être étudiés avant même l’installation des équipements électriques.

