Les routes de la Route du Rhum

Blog Eric Mas
Mercredi 19 novembre 2014 à 16h21

Ils ne l’avaient pas encore bu ce rhum tant convoité et pourtant leurs routes zigzaguaient déjà sacrément. Ca virait et ça empannait au gré de stratégies, qui se voulaient gagnantes et qui parfois n’étaient pas les plus rapides, lorsqu'à la météo se mêlait l’idée de vouloir marquer un concurrent, c’est-à-dire ne pas s’en éloigner pour ne pas prendre le risque de le voir s’enfuir tout seul.

Ils ne l’avaient pas encore bu ce rhum tant convoité et pourtant leurs routes zigzaguaient déjà sacrément. Ca virait et ça empannait au gré de stratégies, qui se voulaient gagnantes et qui parfois n’étaient pas les plus rapides, lorsqu'à la météo se mêlait l’idée de vouloir marquer un concurrent, c’est-à-dire ne pas s’en éloigner pour ne pas prendre le risque de le voir s’enfuir tout seul.

Je l’ai vécu intensément cette situation météo. D’une part en version macroscopique à travers l’assistance que METEO CONSULT apportait à la direction de course, d’autre part à travers l’œil du microscope sous lequel naviguait le Multi50 ARKEMA de Lalou Roucayrol que je guidais à travers les dédales des pièges tendus par les vents et les vagues. Je l’ai vécu intensément et je me souviens de chacun de ses changements de caps et de ceux de ses concurrents. Je l’ai vécu intensément et pourtant je trouve encore instructif d’animer l’excellente cartographie du site officiel www.routedurhum.com constituée des progressions heure par heure des bateaux et des « champs de vent » indiquant les conditions vécues à chaque instant par chacun.


Je ne saurais trop vous encourager à jouer du curseur et du zoom pour analyser chaque décision prise par votre favori ou par les vainqueurs. Avancer dans le temps, regarder le vent sur la route à venir, revenir à la position précédente, comprendre ce que le skipper va anticiper.

Dans le détail, c’est passionnant et très instructif.
Mais on peut aussi apprécier la vue d’ensemble des progressions de chaque classe. La route des alizés sans beaucoup de fantaisies des ULTIMES, les recherches plus fines des Multi50 qui ont eu l’occasion de se faufiler entre deux anticyclones, la tentation du chemin le plus court pour les Imoca et la progression laborieuse des Class40 ou Rhum qui n’ont pas la vitesse pour se permettre de jouer au chat et à la souris avec les calmes mobiles et parfois envahissants.


Plus que de chat ou de souris, ces routes collectives me font penser à celles d’une colonie de fourmis.

On se demande comment elles s’organisent pour trouver le chemin le plus court entre une source de nourriture et leur nid. Cette analogie n’est pas seulement visuelle quand on sait que de nombreux biologistes se sont escrimés à développer des modèles mathématiques pour mimer leur comportement. Et voici ce qu’ils expliquent :


1. Une fourmi éclaireuse court dans toutes les directions jusqu’à découvrir une source de nourriture ;
2. Elle rentre directement au nid, en laissant sur son chemin « des petits cailloux », en fait des phéromones, substance chimique reconnue par ses congénères ;
3. Ces substances étant attractives, les autres vont avoir tendance à suivre cette piste plus ou moins directement ;
4. Après s’être chargées de nourriture ces mêmes fourmis vont, sur le trajet retour, renforcer la piste de phéromones ;
5. Si plusieurs pistes sont ouvertes, la plus courte est la plus fréquentée, donc de plus en plus renforcée en phéromones, de plus en plus attractive ;
6. Comme les phéromones sont volatiles, les pistes de moins en moins fréquentées finissent par disparaître ;
7. Finalement les fourmis ont ensemble choisi la piste la plus courte qui convient à toute la colonie.


Nos skippers ne s’y prennent pas exactement de la même façon (difficile de déposer nos phéromones en mer), mais on peut quand même compter sur des effets rétroactifs basés sur les échanges d’informations. Comme le font les fourmis, le groupe s’auto-organise. Le fait de savoir en permanence où se trouvent les skippers congénères impose des routes « de marquage » qui finissent inévitablement par se ressembler.

Ainsi quand Erwan Leroux a dû abandonner son marquage à la culote qui le liait à Yves Le Blévec, il est reparti très loin pour se bagarrer avec Lalou Roucayrol… et il a eu raison puisqu’il a gagné.
 

Il n’empêche que j’aurais trouvé plus amusant de les voir courir sur des routes différentes et jouer chacun sa partie.
La régate des fourmis fait appel à beaucoup de science pour atteindre un niveau de compétition toujours plus haut. Mais nous sommes sûrement nombreux à regretter la magie du premier Rhum où des bateaux radicalement différents, le petit trimaran de Mike Birch, le grand monocoque de Michel Malinovsky, ayant empreinté des routes éloignées, presque opposées, ont "surgi de nulle part" pour passer la ligne d’arrivée en moins de 2 minutes d’écart.
 

Science plutôt que magie...  fallait-il suivre l'exemple des fourmis ?

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.