
La première idée reçue à balayer est simple : non, on ne peut pas chasser sous l’eau comme on veut, où l’on veut, ni même avec n’importe quel matériel. Le droit français assimile cette activité à la pêche maritime de loisir. Elle est donc autorisée uniquement dans un cadre récréatif ou sportif, et les captures sont destinées à la consommation personnelle ou familiale, pas à la vente.
Une pratique autorisée, mais uniquement en apnée
Le cœur de la réglementation tient en une phrase : en France, la chasse sous-marine de loisir est autorisée en apnée, mais interdite avec tout équipement respiratoire permettant de rester immergé sans remonter à la surface. Autrement dit, la bouteille est prohibée, tout comme la simple coexistence à bord d’un équipement respiratoire et d’une arbalète ou d’une foëne, sauf dérogation préfectorale. Le texte interdit aussi certains dispositifs propulsés au gaz comprimé ou à pouvoir détonant, ainsi que l’usage simultané d’un scooter sous-marin et d’une arme de chasse sous-marine. Cette ligne rouge n’est pas accessoire : elle traduit l’esprit même de la discipline en France. La chasse sous-marine doit rester une pratique d’apnée, avec ses limites physiques, ses contraintes de sécurité et son rapport direct au milieu. C’est ce qui la distingue d’une pêche “assistée” technologiquement.
Des obligations que beaucoup de débutants découvrent tard
Autre point souvent ignoré : la responsabilité civile est obligatoire. La loi impose la souscription d’un contrat d’assurance pour la pratique de la pêche sous-marine de loisir, et l’attestation doit pouvoir être présentée en cas de contrôle. Ce n’est donc pas une simple recommandation de bon sens ; c’est une obligation légale. Même logique du côté du balisage. Le pratiquant doit signaler sa présence en surface à l’aide d’une bouée et d’un pavillon. Là encore, la règle ne relève pas du folklore marin : elle répond à une contrainte concrète, celle de cohabiter avec les plaisanciers, les pêcheurs embarqués, les baigneurs et, plus largement, un littoral souvent saturé en saison. Le ministère de la Mer rappelle d’ailleurs qu’il faut se renseigner sur la météo et les courants, et ne pas pratiquer la nuit.
Car la nuit, justement, la chasse sous-marine est interdite. Le code rural et de la pêche maritime interdit son exercice entre les heures légales de coucher et de lever du soleil. Il interdit aussi l’usage d’un foyer lumineux, le fait de s’approcher à moins de 150 mètres des navires ou embarcations en pêche et des engins de pêche balisés, de récupérer des animaux déjà pris dans les filets d’autrui, ou encore d’utiliser une foëne ou un appareil spécial pour capturer les crustacés. Même le fait de tenir son arme chargée hors de l’eau est prohibé.
Où peut-on vraiment chasser ?
C’est sans doute la question la plus pratique, et la plus complexe. En théorie, la chasse sous-marine relève de la pêche maritime : elle concerne la mer, l’estran et les zones salées relevant du domaine maritime. Mais en pratique, l’autorisation de principe est constamment redécoupée par des interdictions locales. Il existe d’abord des interdictions évidentes ou quasi systématiques : les ports, les chenaux très fréquentés, certaines zones de baignade, les secteurs de mouillage dense ou les abords d’activités professionnelles. À cela s’ajoutent les arrêtés préfectoraux et municipaux qui peuvent restreindre ou interdire la pratique selon les saisons, l’affluence touristique, les enjeux sanitaires ou la sécurité nautique. Service-Public le rappelle clairement : au-delà du socle national, il faut se renseigner auprès des autorités maritimes locales, car les règles varient selon les régions et selon les zones.
Autrement dit, dire qu’une zone est “autorisée” en France n’a de sens qu’après vérification locale. Une côte rocheuse a priori propice peut être située dans un périmètre de réserve, à proximité d’un cantonnement, dans le cœur d’un parc national ou sous arrêté de protection temporaire.

Le casse-tête des aires protégées
C’est l’un des grands sujets de tension du littoral français. Les aires marines protégées se multiplient, avec des niveaux de protection très différents. Dans certains secteurs, la chasse sous-marine reste possible ; dans d’autres, elle est strictement interdite. Le Code de l’environnement prévoit d’ailleurs des sanctions de 5e classe en cas de non-respect des règles applicables dans le cœur d’un parc national ou dans une réserve naturelle lorsque la pêche sous-marine y est limitée ou interdite.
Le cas des réserves illustre bien la réalité du terrain : le littoral français n’est pas un espace uniforme, mais une mosaïque réglementaire. Une même façade maritime peut juxtaposer zones libres, zones réglementées, secteurs à protection renforcée et réserves intégrales. Dans certains espaces protégés, la simple détention d’une arme de chasse sous-marine dans une embarcation peut déjà poser problème. Pour les pratiquants, la conséquence est très concrète : avant chaque sortie, il faut moins “choisir un spot” que vérifier un statut juridique.
Ce qu’on oublie souvent : les espèces, tailles et déclarations
La difficulté n’est pas seulement géographique. Elle est aussi biologique et administrative. En France, la pêche de loisir en mer est soumise à des tailles minimales de capture, à des périodes d’ouverture ou de fermeture selon les espèces, et parfois à des obligations d’enregistrement ou de déclaration. Certaines espèces sont interdites, d’autres soumises à autorisation. Le thon rouge en est l’exemple le plus spectaculaire : sa pêche de loisir est soumise à autorisation et à déclaration de débarquement. Pour d’autres espèces comme le bar, le lieu jaune ou la dorade rose, des obligations d’enregistrement et de déclaration existent selon les zones de pêche, notamment pour les pêcheurs de loisir de 16 ans et plus dans certaines zones CIEM. Depuis le 12 février 2026, l’application RecFishing est utilisée dans les zones où aucun dispositif local spécifique ne s’applique. À cela s’ajoute le marquage obligatoire de certaines captures par ablation de la partie inférieure de la nageoire caudale, afin d’éviter la revente illicite. Cette obligation ne concerne pas uniquement la pêche embarquée : elle s’applique aussi à la pêche de loisir, y compris sous-marine, pour les espèces visées par la réglementation.
La vraie contrainte, ce n’est pas seulement la loi : c’est le terrain
Dans les discours, la chasse sous-marine passe parfois pour une activité simple et accessible. En réalité, les contraintes réelles commencent bien avant la réglementation. Il faut une bonne condition physique, une maîtrise de l’apnée, une lecture fine de la houle, du courant et de la visibilité, sans parler de la sécurité. Le ministère insiste d’ailleurs sur la vigilance météo, la nécessité de prévenir un proche de son lieu de sortie et l’usage d’un balisage visible.
S’ajoute ensuite la pression croissante sur les espaces côtiers. En été, beaucoup de secteurs deviennent de fait impraticables : surfréquentation, mouillages, kayak, paddle, jet-skis, zones de baignade, navigation de plaisance. Une zone légalement ouverte peut devenir, en conditions réelles, peu sûre ou peu exploitable. Enfin, il y a la ressource elle-même. La réglementation est de plus en plus guidée par une logique de préservation : tailles minimales, quotas, fermetures, restrictions locales, sanctuarisation de certains habitats. Le message des pouvoirs publics est clair : la pêche de loisir, sous toutes ses formes, doit rester compatible avec une gestion durable du milieu marin.
Une liberté sous conditions
La chasse sous-marine en France n’est donc ni interdite, ni libre au sens absolu du terme. Elle reste possible, parfois même très attractive sur un littoral aussi vaste que celui de la France métropolitaine et ultramarine. Mais cette liberté est encadrée par un principe simple : sécurité des personnes, respect des autres usages de la mer et préservation de la ressource.
Pour les pratiquants expérimentés, cela fait partie du jeu. Pour les débutants, c’est souvent une surprise : la vraie compétence ne consiste pas seulement à savoir approcher un poisson, mais à comprendre où l’on se trouve, ce qu’on peut y faire, et à quelles conditions. En matière de chasse sous-marine, la question n’est donc pas seulement “ai-je le droit de plonger ici ?”, mais “suis-je réellement dans une zone autorisée, au bon moment, pour la bonne espèce, avec le bon matériel et dans des conditions sûres ?” C’est là, aujourd’hui, que se joue la pratique réelle.
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