En toute humilité et dans la discrétion qui le caractérise, Francis Joyon a battu ce mercredi 19 février le record de la Route du Thé, entre Hong Kong et Londres. Un demi tour du monde, soit plus de 15 000 milles en mer, dans des conditions dantesques, ponctuées par des conditions météo changeantes entre la Mer de Chine, l’Océan Indien, l’Atlantique Sud et Nord. Cyclones tropicaux, pot au noir, chaleur étouffante, coup de froid, doutes et optimisme ont ainsi animé cette longue traversée.

A bord de son trimaran IDEC Sport, le marin de 63 ans et ses quatre hommes d’équipage (Bertrand Delesne, Christophe Houdet, Antoine Blouet et Corentin Joyon) ont signé un temps record de seulement 31 jours, 23 heures, 36 minutes et 46 secondes, soit 20,7 noeuds de moyenne. Non seulement, ils explosent le record du multicoque Maserati de Giovanni Soldini de 4 jours mais en plus ils divisent par trois le temps de navigation des grands clippers du XIXème siècle sur cette Route du Thé ! Tout un symbole.

Le triple et dernier vainqueur de la Route du Rhum impose une fois de plus le respect. Aux commandes d’un multicoque qui commence pourtant techniquement à dater et sans appréhension, celui qu’on surnomme le « Menhir », en référence à son physique de charpentier de marine et son caractère peu loquace, réussit d’emblée sa tentative de traversée, se jouant des pièges de la météo dans des régions du monde réputées difficiles. Guidé par son routeur à terre mais avec le sens guerrier d’un vieux loup de mer, Joyon aura choisi plusieurs points de passage. Ses options, notamment en Atlantique, auront forgé les bases de ce fabuleux record.

Dans la toute dernière ligne droite de la Manche et à quelques encablures de la capitale du Royaume Uni, le doute s’était pourtant installé à bord d’IDEC Sport. « Le trimaran naviguait quasiment à l’aveugle » raconte l’équipage. A court de gas-oil, ses cellules photovoltaïques privées de soleil, les hommes du bord manquaient d'énergie. Radar, ordinateur, et donc AIS, n’étaient plus accessibles. « Et avec la dernière nuit de ce formidable record qui tombe sur l'Est de l'Angleterre, c'est une navigation de tous les dangers qui s’annonce » concluent-ils. Joyon et ses hommes ont du ralentir la cadence, préférant attendre les premières lueurs du jour pour négocier les derniers milles sur la Tamise et exploser un temps de référence. Dans le sillage du Trophée Jules Verne qu’il détient depuis 2017 avec IDEC Sport, Francis Joyon prouve, à l’âge de partir à la retraite, qu’il est toujours bien ancré dans l’univers de la compétition et des records. Chapeau bas !

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