Vendée Globe : ces petits changements pour rendre la vie à bord supportable

Vendée Globe
Vendredi 25 septembre 2020 à 6h30

Si la classe IMOCA offre à chaque course des performances exceptionnelles, grâce à des skippers talentueux, il est également vrai que la vie à bord est plus qu'hostile. Témoignages de skippers aguerris.

©SEAEXPLORER_MALIZIA
Si la classe IMOCA offre à chaque course des performances exceptionnelles, grâce à des skippers talentueux, il est également vrai que la vie à bord est plus qu'hostile. Témoignages de skippers aguerris.

"Avant même l'avènement du foiling, la forme large et plate des coques en carbone ultra légères rendaient extrêmement inconfortables les IMOCA, surtout au près et dans la brise. La révolution des foils n'a fait que rendre l'expérience à bord encore plus violente, plus bruyante et plus humide pour les skippers solitaires.

La Britannique Sam Davies, skipper d'Initiatives-coeur, dit que lorsque qu’un néophyte navigue sur son bateau, cela lui rappelle à quel point les marins IMOCA se sont habitués à des conditions que peu d'autres humains toléreraient. "Il semble que les bateaux soient très insupportables pour quiconque n'est pas skipper IMOCA," assume-t-elle.

Alors, qu'ont fait les concurrents du Vendée Globe pour rendre la vie à bord un peu plus confortable alors qu'ils se préparent à vivre 70 jours et plus, en solitaire autour du monde et à affronter les pires conditions météorologiques de la planète ?

Boris Herrmann explique que le changement le plus important que son équipe et lui ont apporté à Seaexplorer-Yacht Club de Monaco pour la vie à bord - depuis sa naissance au sein du Gitana Team pour le Vendée Globe 2016 - est l'ajout d'un "siège de pilote" qui s'installe sur le côté, de part et d’autre de l'axe du bateau, et qui peut s'incliner lorsque le bateau gîte. "Il soutient mon dos et ma tête peut s'appuyer. Je peux simplement observer le bateau naviguer et garder un œil sur le radar et les alarmes. Il est assez proche de l'entrée du cockpit, je peux donc aussi sauter du siège très rapidement," explique-t-il. Le marin allemand y prend aussi ses repas. "Je peux m'asseoir là et manger quand le bateau bouge beaucoup et qu'il va vite, c'est tout simplement le meilleur endroit pour être soutenu et vous n'avez pas besoin de faire beaucoup d'efforts pour vous accrocher." Comme beaucoup de ses collègues skippers IMOCA, Herrmann a également modifié le cockpit pour l'entourer à l'arrière d'un ‘rideau’ qui empêche le vent et l'eau de pénétrer. "Nous gardons le cockpit entièrement fermé pour qu'il soit agréable et sec et que l'on puisse sortir en pyjama sans vous mouiller," explique-t-il.

Son rival français, Kevin Escoffier, à bord de PRB qui a été beaucoup modifié depuis quatre ans, a fait un changement similaire avec le même objectif. "Fermer le cockpit" ajoute au confort mais aussi à la vitesse car sans casquette, vous avez 100 kilos d'eau en permanence et donc, quand vous n'avez pas cela, le bateau est plus léger et plus rapide", confie-t-il. Escoffier utilise également des bouchons d'oreilles pour essayer d'atténuer l'impact sur ses sens des chocs et coups constants que le bateau subit lorsqu'il vole et tombe des vagues, "comme une planche de bois qu'on frappe sur l'eau". Le Français, qui a déjà fait trois fois le tour du monde, utilise des bouchons moulés à son oreille et munis de filtres afin de pouvoir contrôler la quantité de sons atténués. "Je ne veux pas être complètement coupé des bruits du bateau", explique-t-il. "On peut le faire avec des antibruit mais, après, on n'entend plus rien du bateau. Pour moi, il est très important d'entendre parce que, par les bruits du bateau, vous pouvez dire si vous avez cassé quelque chose et vous pouvez entendre le bruit aérodynamique afin de pouvoir dire si quelque chose ne va pas".

Les bouchons d'oreille ne sont pas les seules choses qu’Escoffier portera pour se protéger à bord. Le skipper de 40 ans, originaire de Saint Malo, a testé des vêtements de rugby pour protéger son corps des impacts lorsqu'il est projeté dans le cockpit ou à l’intérieur de PRB. "La semaine dernière, j'ai essayé des vêtements de rugby pour mon dos et mes jambes," explique-t-il. "Cela peut m'aider à me protéger si je suis projeté... et maintenant je porte un casque de rugby qui est assez léger et chaud donc quand il fait froid, c'est aussi une bonne chose."

Propos recueillis par Ed Gorman, à retrouver en intégralité sur Imoca.org.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
François Tregouet
Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
Norbert Conchin
Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.