Bataille d'empannages

Vendée Globe
Mardi 24 novembre 2020 à 7h29

La bataille d'empannages a, cette nuit, tourné à l'avantage de Charlie Dalin, qui a conforté sa place de leader. Au classement de 5 heures ce mardi, le Normand comptait 41,7 milles d'avance sur Thomas Ruyant, loin d'être décroché, et paré pour la suite, qui sera tout aussi compliquée. Alexia Barrier, elle, rêve de sortir du pot au noir et de s'y attaquer à son tour, au tricot.

©Jean-Marie Liot/Alea/Disobey/Apivia
La bataille d'empannages a, cette nuit, tourné à l'avantage de Charlie Dalin, qui a conforté sa place de leader. Au classement de 5 heures ce mardi, le Normand comptait 41,7 milles d'avance sur Thomas Ruyant, loin d'être décroché, et paré pour la suite, qui sera tout aussi compliquée. Alexia Barrier, elle, rêve de sortir du pot au noir et de s'y attaquer à son tour, au tricot.

Ah, c’est un métier que de multiplier les empannages. Analyser les différents modèles météo dans une zone pas si connue que ça, confronter les options aux performances du bateau, ajouter une louche de perception et de ressenti, le cas échéant tenter d’anticiper ce que font les voisins, puis transférer la théorie au monde réel, mouliner, suer, régler au centimètre, pointer le nez au ciel, remettre un coup de moulin à café, laisser redescendre le cœur à un tempo plus apaisant… et se préparer à l’empannage suivant.

 

Depuis deux jours, ce mouvement perpétuel rythme la vie des deux leaders. A chacun son métronome, ses nuances et ses ruptures de rythme mais, comme le disent les marins, Charlie Dalin et Thomas Ruyant sont « dessus » en permanence. Avant 7 heures ce matin, le skipper de Apivia en était à 10 empannages en 36 heures, et LinkedOut avait dessiné 9 variantes. Et ce n’est pas fini.

 

 

© Pierre BOURAS - Le Souffle du Nord

 Thomas Ruyant : « On passe du temps à la table à cartes pour trouver le chemin. On en connaît les grandes lignes, mais il y a beaucoup de subtilités à gérer et, pour l’instant, Charlie (Dalin) fait ça très, très bien. La position de 2e du Vendée Globe avec un matelas d’avance, est assez confortable, c’est vrai, mais on n’est pas encore entré dans l’océan Indien. C’est dire si on est loin du but. Il y a du rythme depuis le début. C’est encore le cas, et il y en aura plus encore dans les jours qui viennent : on va faire passer toute la garde-robe ».

 

L’enjeu est à la fois simple et complexe : direction le Sud de la partie de l’anticyclone de Sainte-Hélène le plus Sud, en passant par une route Sud-Est. Il reste quelques mailles à tricoter avant que la route devienne droite, mais raide, dans l’entrée de l’océan Indien.

 

"Papy fait de la persistance"

 

 Le groupe de chasse se prépare à empanner. Jean Le Cam, après avoir abattu en milieu de nuit, a conforté sa position de 3e en se glissant 50 milles devant l’étrave de Kevin Escoffier. Disons plutôt que sa performance magistrale est bien plus facile à visualiser désormais. Si le skipper de PRB était un des rares à avancer à plus de 10 nœuds ces dernières heures, les autres chasseurs sont tapis dans la molle, bien contre leur gré.  

 

Alex Thomson (HUGO BOSS) a eu beau renvoyer de la toile hier soir, il paie cher la taxe indirecte d’une réparation en mer. Le Britannique n’a pas pu choisir vraiment la zone depuis laquelle redémarrer. Ces dernières heures, il a avancé à 3,9 nœuds.

 

Burton se désolidarise

Louis Burton s’est fait la malle. Pas très excité par la perspective de rester collé au plancher, le skipper de Bureau Vallée a empanné, direction le Sud-Ouest. Jusqu’au train de dépressions du Sud ? Pour un radical recalage sous l’anticyclone ?

 

Si c’est complexe devant, rien n’est simple derrière. Joint ce matin, Romain Attanasio, 500 milles environ au Nord de Sam Davies, se prend à rêver d’un monde plus juste dans lequel le pied gauche serait à la même hauteur que le pied droit : « Le pénible, c’est que cela fait trois jours que je suis ‘sur la portière’ et qu’il ne se passe rien. Je suis en permanence à la gîte. Ce n'est pas très simple, le vent est hyper instable, ça change toutes les 5 minutes. Ça passe de 12 à 16, de 80° à 120° d’un coup… »

 

 

Plus haut encore, Alexia Barrier était contrainte ce matin de se soumettre au diktat d’un gros nuage dans le pot au noir : « Je suis en train de galérer dans un grain du pot au noir, et dans un vent qui m’emmène au Sud-Est, alors que je veux aller au Sud-Ouest. Il ne me laisse pas le choix ! Je dois être la seule à être en tribord amures de toute la flotte actuellement, mais j’ai hâte de repasser en bâbord amures pendant dix jours. Si jamais je m’ennuie, je pourrai attaquer une écharpe : j’ai embarqué de quoi tricoter ! »

 

Tricoter, c’est bien ce que feront les leaders tout au long de la journée. Au classement de 5 heures, Charlie Dalin comptait 41,7 milles d’avance sur Thomas Ruyant. Si on connaissait déjà le secret du point de croix (une maille à l’envers, une maille à l’endroit), on découvre aujourd’hui celui du point normand : une maille à l’endroit, une maille… à l’endroit. Ce n'est peut-être pas le plus confortable, mais il fait bien avancer.

 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.