Final Fortissimo

Vendée Globe
Vendredi 22 janvier 2021 à 7h17

À 2 000 milles de l’arrivée, la partition est loin d’être achevée : au moins sept solistes peuvent entamer leur cantate et s’il y a encore quelques croches à négocier, la composition s’appuie désormais sur un enchaînement d’empannages et de passages de front jusqu’aux Sables d’Olonne. L’orchestration manque encore d’un maestro, mais Louis Burton semble bien placé pour ce final symphonique. Il y a du mouvement dans l’air…

©Stephane MAILLARD
À 2 000 milles de l’arrivée, la partition est loin d’être achevée : au moins sept solistes peuvent entamer leur cantate et s’il y a encore quelques croches à négocier, la composition s’appuie désormais sur un enchaînement d’empannages et de passages de front jusqu’aux Sables d’Olonne. L’orchestration manque encore d’un maestro, mais Louis Burton semble bien placé pour ce final symphonique. Il y a du mouvement dans l’air…

Sonnez hautbois, résonnez musettes ! C’est Noël à l’Épiphanie, la fête à la Saint-Barnabé, la foire au trône, le festin de Balthazar : cors, oliphants, buccins, clairons, trompettes, bugles, euphonium, tubas, ophicléides, clarinettes, sacqueboutes, soubassophones et autres hélicons : retentissez, jouez, soufflez, composez, improvisez ! C’est la symphonie fantastique, la Walkyrie, les Noces de Figaro au vu de ce final digne d’une Solitaire… La victoire en chantant, la fanfare vendéenne, le concerto majeur : les solistes terminent en apothéose, après une partition de plus de 26 000 milles autour de la planète avec seulement quelques dizaines de milles de décalage, soit quelques dixièmes de pourcentage de différentiel. À peine une croche…

Diachronie et synchronie

Car si tous ont un instrument à vent, personne ne sort le même son de cloche ! À l’extérieur du « virage » obligatoire pour contourner les hautes pressions qui se décalent vers Madère, Louis Burton (Bureau Vallée 2) a réussi son pari : sortir aux avant-postes en se décalant vers l’Ouest pour accrocher en premier une dépression atlantique qui génère un flux de Sud-Ouest sur l’archipel des Açores. Le Malouin a certes un étroit couloir de vent à négocier, mais sa position 70 milles plus au Nord que Charlie Dalin (Apivia) lui donne un léger avantage… Il n’est encore que ‘dauphin’, mais il devrait « s’emparer » du trône dès ce week-end !

Certes, l’écart ne sera pas significatif semble-t-il, mais il y a tout de même près de cinq nœuds de vent en sus dans sa zone. Et comme la brise est portante de Sud-Ouest, le moindre renforcement permet de « descendre » plus bas (145-150° du vent réel) sous spinnaker ou de lofer plus vite (à 135-140°) sous gennaker de tête avec deux à quatre nœuds de vitesse en plus… Pour autant, ceux qui sont encore plus à « l’intérieur » du virage tel Damien Seguin (Groupe APICIL) ou dans une moindre mesure, Thomas Ruyant (LinkedOut), Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) ou Giancarlo Pedote (Prysmian Group) peuvent jouer les arbitres de ce duel qui doit aussi prendre en compte le positionnement de Boris Herrmann (SeaExplorer-Yacht Club de Monaco) qui suit le sillage de Charlie Dalin et s’avère fort véloce…

Mais comme en moins de 200 milles (sur les 2 000 milles orthodromiques qu’il reste à parcourir), on compte sept solitaires dont deux avec des bonifications pour avoir participer au sauvetage de Kevin Escoffier et qu’en plus, Jean Le Cam (Yes We Cam!) n’est pas si loin (300 milles), le final de ce neuvième Vendée Globe s’annonce très incertain ! Car les conditions météo à venir ne vont pas être simples : le flux de Sud-Ouest n’est pas très puissant (environ quinze nœuds), tous les solitaires en cause n’ont pas un spinnaker, certains ont des soucis techniques (foils, voiles, fatigue structurelle…) et la route optimale est loin d’être sans embûches.

D’abord, il va falloir négocier les îles açoriennes dès dimanche et ce n’est pas si facile : il y a du courant de marée, la mer est souvent chaotique à l’approche de ces reliefs volcaniques et les vents sont généralement perturbés par les montagnes, à l’image du volcan Pico qui culmine à 2 351 mètres !

De la composition à l’interprétation

C’est un tout autre tempo qui intéresse Maxime Sorel (V and B-Mayenne) qui est de plus en plus sous la pression d’un Armel Tripon (L’Occitane en Provence) de plus en plus incisif : sorti des affres d’un pot au noir plutôt coopératif, le Nantais revient fort et déboule un nœud plus vite sur sa « proie » ! Et comme les hautes pressions sous les Açores semblent se rétracter, il pourrait y avoir « contact » dès ce week-end. Tout dépendra de l’état des voiles et des bateaux dans ce match très ouvert pour la dixième place actuelle.

Plus au Sud, Clarisse Crémer (Banque Populaire X) ne doit pas traîner en route car le pot au noir semble gonfler vers le septentrion dès la nuit prochaine : les alizés seraient donc plus haut en latitude, ce qui ne va pas faire l’affaire de Romain Attanasio, à 150 milles ce vendredi matin de l’équateur. Et même si Jérémie Beyou (Charal) est à 900 milles de son tableau arrière, un fort ralentissement le mettrait en ballottage… D’ailleurs le quatorzième solitaire a croisé Isabelle Joschke (MACSF) en fin de journée hier, la franco-allemande hors course faisant route vers Salvador de Bahia qu’elle devrait atteindre lundi au petit matin.

Mais c’est au large du Cabo Frio, la pointe Sud-Ouest du Brésil, que le final prend des airs de bataille navale ! Arnaud Boissières et Alan Roura sont englués dans un tentacule de la pieuvre anticyclonique quand Stéphane Le Diraison recolle à Pip Hare et que Kojiro Shirashi et Didac Costa reviennent très fort… Ces six skippers risquent fort de « s’étriper » au niveau de l’équateur si on en juge par l’installation progressive des alizés d’Est-ce week-end au large du Brésil…

Enfin si Manu Cousin voit fondre sur lui Miranda Merron et Clément Giraud du côté du 45° Sud, c’est à la pointe de l’Amérique du Sud que se joue les derniers bords dans les mers du Pacifique pour Alexia Barrier (TSE-4myplanet) et Ari Huusela (STARK) : tous deux profitent de la présence de Sam Davies hors course (Initiatives-Cœur) qui ouvre la voie dans une brise plutôt tonique et une mer plutôt agitée avant la Patagonie, mais ce week-end devrait être l’œuvre d’un grand soulagement quand le cap Horn sera dans leur tableau arrière…

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
Sophie Savant Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
Eric Mas
Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.