Interview Sébastien Rogues « Dans la voile, la prochaine rupture sera digitale ! »

Course au large
Jeudi 22 avril 2021 à 12h36

Skipper du trimaran Ocean Fifty Primonial et entrepreneur moderne, Sébastien Rogues dit n'avoir qu'un métier, « gagner des courses » ! C'est ce qu'il a vendu à ses partenaires, alors il met un point d'honneur à étudier toutes les solutions qui permettront d'atteindre l'objectif. Sauf à vouloir courir la Golden Globe Race au sextant, impossible pour lui d'occulter le digital. Avec le projet « Bateau qui vole » en partenariat avec Meritis, il a clairement choisi le chemin de l'innovation.

©Charles Tiger
Skipper du trimaran Ocean Fifty Primonial et entrepreneur moderne, Sébastien Rogues dit n'avoir qu'un métier, « gagner des courses » ! C'est ce qu'il a vendu à ses partenaires, alors il met un point d'honneur à étudier toutes les solutions qui permettront d'atteindre l'objectif. Sauf à vouloir courir la Golden Globe Race au sextant, impossible pour lui d'occulter le digital. Avec le projet « Bateau qui vole » en partenariat avec Meritis, il a clairement choisi le chemin de l'innovation.

Tu viens de remettre ton trimaran à l’eau, où en es-tu à l’aube de la saison 2021 ?

"Nous avons remis le bateau à l’eau le 15 mars et nous avons vite basculé sur le mode « entraînement » et ça fait du bien après l’année 2020 que nous venons de vivre. Avec l’annonce d’un super championnat, le Pro Sailing Tour, plus les échéances déjà connues (Transat Jacques Vabre puis Route du Rhum 2022) l’année 2021 sera une année de compétition, et pas d’hésitations ! Mais cet hiver nous a aussi bien sûr permis de travailler sur les innovations, notamment l’ambition numérique et digitale que nous avons à bord du bateau."

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Vous avez installé une trentaine de capteurs c’est bien ça ?

"En fait, une bonne partie des capteurs était déjà présente. Nous en avons rajouté de nouveaux parce qu’il fallait que nous arrivions à capter de nouvelles données, liées notamment aux foils et à la dérive. La plupart servent à la navigation en général, mais jusqu’à l’année dernière, nous nous en servions seulement en « temps réel », en affichage ou pour le pilote automatique. Nous n’avions aucune vision, aucune stratégie autour de la gestion des données. Je suis convaincu que notre prochain levier de performance dans la voile, après les foils, la prochaine rupture sera digitale. C’est par le digital que nous allons probablement aller chercher les 10% de vitesse moyenne supplémentaire. Ça sera le meilleur ratio performance / coût des prochaines années."

Vers quoi il faut aller pour chercher ces 10% ?

"En forçant le trait, aujourd’hui on navigue sur des 2CV et à terme il va falloir qu’on navigue sur des Tesla. Il y a en revanche une nuance importante avec cette dernière, c’est que nous ne cherchons pas à faire des bateaux autonomes, mais des bateaux, et des skippers, « augmentés ». C’est-à-dire se servir du digital et du numérique pour augmenter les capacités de l’homme, et pas un robot, à être performant. La voile n’échappe juste pas à ce que le monde entier vit. En solitaire, ce n’est pas un secret, on passe entre 95 et 99% de son temps sous pilote automatique. Ce n’est pas qu’on n’aime pas barrer, c’est que nos bateaux vont de plus en plus vite, sont de plus en plus offensifs dans la mer, donc nous sommes de plus en plus protégés. En parallèle, les pilotes automatiques ont clairement augmenté leur capacité à piloter, et donc, en vitesse moyenne, le pilote est très rapidement plus performant que l’humain sur un laps de temps long. Sur un temps court l’humain est capable de voir et d’anticiper. Les pilotes automatiques eux ne travaillent qu’en réaction. Demain si nous avions la capacité qu’ils anticipent, ne serait-ce que de quelques secondes, comme un humain pour surfer une vague par exemple, sur les milliers de vagues que l’on surfe sur une transat, on pourrait gagner à chaque fois quelques mètres, ou quelques secondes et à la fin ce sont des minutes ou des heures. Même 2 ou 3% de vitesse moyenne sur nos bateaux, tout le monde, y compris les plus grosses équipes sont prêtes à investir là-dedans. Et je crois que la meilleure voie pour y arriver, c’est le digital."

Quelle est donc votre démarche ?

"Il y a un ordre hiérarchique très précis à respecter, et très long à exécuter. Le premier, c’est ce que nous sommes en train de faire, c’est de créer les fondations la maison. Quel que soit le domaine, l’architecture autour des capteurs doit être performante. Les données doivent être bien enregistrées, et transférées vers une puissance de calcul qui est capable de ressortir les informations. C’est la base de tout, et c’est ce que nous avons commencé à faire avec Meritis depuis plus d’un an. Nous avons un bateau qui est connecté en direct lorsqu’il est à portée d’un réseau 4G, avec un serveur qui permet de transférer les données du bateau en direct chez Meritis, qui eux mettent en place un système de traitement des données. Une fois à terre, à partir de la plateforme web qui est en cours de développement, nous allons pouvoir réquisitionner cette base de données pour pouvoir connaître par exemple toutes les fois où « par 25 nœuds de vent à 130° du vent, j’étais à plus de 100% de la polaire théorique du bateau, et quelles sont les variables qui sont toujours revenues dans ces cas-là ». Et là, il va me dire que 97% du temps j’avais mon foil à 4, la dérive à 6, et il va commencer à me créer des corrélations. Ce qui tenait hier du feeling sera demain un réglage rationnel. Mais la problématique du rationnel dans les données c’est toute la puissance et le temps que demande le post-traitement des data. L’intelligence artificielle permet de réduire ce temps de manière considérable. Aujourd’hui on le fait en post-traitement, via internet, mais l’objectif c’est qu’à fin 2022, pour la Route du Rhum, cela se fasse en temps réel sur le bateau. C’est-à-dire que le bateau puisse très rapidement me dire, « je pense que tu as un souci, tu n’es pas à 100% de ta polaire, vu les infos que j’ai et comme tu es réglé, c’est un réglage que d’habitude tu ne reproduis pas, warning sur tels capteurs qui me semblent mal réglés, voire je te propose un nouveau réglage »."

Jusqu’où cela peut aller ?

"J’ai interpellé la Fédération il y a quelques années à ce sujet, pour savoir comment on le traite en termes de règles, mais je n’ai pas eu de réponse. Ce n’est pas quand une équipe aura investi des millions d’euros qu’il faudra l’interdire. Parce que l’intelligence artificielle demain, ça peut être réellement un deuxième skipper. Avoir un assistant-manager à bord qui demande si le génois est bien réglé parce qu’avec un tout petit peu de réalité augmentée on pourrait imaginer avoir la forme numérique parfaite de la voile pour la force et l’angle de vent présents. Les capacités apportées en termes de performance vont être hallucinantes. Au-delà de la règlementation il y aura d’autres problèmes. Energétique par exemple, parce qu’avoir du traitement de données en temps réel sur les bateaux, c’est quelque chose qui consomme, donc il va falloir augmenter notre production, de manière propre (hydrogène, éolien, solaire)."

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© Marie Lefloch

Quelles sont les prochaines étapes ?

"Le premier étage de la fusée créé, va nous permettre ensuite d’y intégrer des capteurs beaucoup plus puissants. Des capteurs de vue par exemple, comme une caméra qui ait la capacité de comprendre la houle. Les premiers capteurs caméras sont en train d’arriver avec une solution qui s’appelle Oscar sur la détection d’ofnis, pour répondre aujourd’hui à une problématique de sécurité. Mais demain si Oscar regarde aussi la houle et que l’on met les données entre les mains de gens de la qualité de Meritis, il ne sera pas très compliqué de tout faire communiquer. Sous pilote, il n’y aura pas photo. Ce sera de la qualité d’un très bon barreur, jamais fatigué, qui verra de jour comme de nuit sans jamais avoir peur. Or la peur est une notion humaine que n’a pas l’informatique. Nous sommes ainsi le premier bateau à être équipés de joysticks pour piloter. Ils sont d’une précision déconcertante, on n’a plus du tout les effets comme les tremblements à très haute vitesse qui démultiplient le stress à la barre. Alors ce sont aussi des infos, mais je m’aperçois qu’on les capte autrement que ce que l’on nous a appris depuis qu’on est gamins, et on va demain pouvoir aussi y faire entrer de l’intelligence. Une sorte d’ABS qui va corriger mes erreurs. Tout cela est clairement adossé à une base de données absolument gigantesque, et cela prend du temps. Pour arriver à un résultat concluant il faut des années de navigation parce que ce modèle-là, il faut le nourrir d’expérience. C’est pour ça que le partenariat avec Meritis est très important, qui met à notre disposition une force de travail et surtout des gens hyper bons ! Sans eux, je n’aurais jamais pu développer ces solutions, cette vision."

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
François Tregouet
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Depuis toujours, François est passionné de voile en général et de multicoques en particulier. En croisière ou en course, de l’Europe à l’Australie, il ne les délaisse que lorsque le règlement l’exige : Mini-transat, Fastnet, Giraglia… Jamais rassasié de nouveautés, il a assisté à la plupart des salons sur les cinq continents. Depuis 2018 il se consacre entièrement à la rédaction et à l’information, notamment pour Figaro Nautisme.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s'est toujours intéressé à l'équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l'auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d'occasion et qui décrivent non seulement l'évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux
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Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Norbert Conchin
Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas
Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.