Vendée Arctique : la guerre des nerfs

Course au large
Mercredi 15 juin 2022 à 16h51

Une grande partie de la flotte est une nouvelle fois confrontée à des vents faibles, ce qui ralentit grandement leur progression. En tête de flotte, Charlie Dalin (APIVIA), partisan de la route Ouest, est revenu à hauteur du leader, Benjamin Ferré (Monnoyeur - Duo For A Job). Un mot d’ordre : ne rien lâcher et mettre le cap sur l’Islande.

© Jean-Louis Carli / Alea / Vendee Arctique
Une grande partie de la flotte est une nouvelle fois confrontée à des vents faibles, ce qui ralentit grandement leur progression. En tête de flotte, Charlie Dalin (APIVIA), partisan de la route Ouest, est revenu à hauteur du leader, Benjamin Ferré (Monnoyeur - Duo For A Job). Un mot d’ordre : ne rien lâcher et mettre le cap sur l’Islande.

Partis depuis dimanche, les skippers de la Vendée Arctique - Les Sables d’Olonne n’ont pas à gérer l’effet de la forte vague de chaleur qui déferle sur l’Hexagone. Mais la fatigue, celle qui ronge l’enthousiasme et grignote l’influx nerveux, est ailleurs. Elle est la conséquence de la répétition des efforts et de cette maudite route vers l’Islande qui n’a décidément rien d’un long fleuve tranquille. Les voix sont plus fatiguées aux vacations, les traits plus creusés et les phrases plus courtes aussi. Louis Burton (Bureau Vallée) reconnaissait même n’avoir dormi que 4 heures depuis le départ.

Un « exercice de yo-yo, psychologiquement difficile »

En cause ? Les conditions météorologiques à affronter depuis le départ, les mêmes qui ont permis aux « petits malins » - la manière dont Benjamin Dutreux (Guyot Environnement - Water Family) qualifie les bateaux à dérives qui ont filé vers l’Est – de tenir toujours la dragée haute aux foilers. Mais pour la plupart, la météo n’est pas vraiment un tremplin vers des jours meilleurs… La flotte s’étire en effet de plus en plus, 205 milles en latitude, 190 milles en longitude. Et surtout elle avance peu, très peu.

La situation a globalement été identique pour tous ces dernières heures : une nuit au rythme enfin plus soutenu avant de retomber dans du vent très faible ce mercredi. « Ça me déprime de parler des conditions », confiait Fabrice Amedeo (Nexans - Art & Fenêtres) qui progressait à 2 nœuds en milieu de journée. « C’est vraiment difficile, les conditions changent de jour en jour », soufflait de son côté Conrad Colman (Imagine). Louis Burton ne dit pas autre chose : « on a eu les vitesses du départ, la pétole, du vent à 30 nœuds au portant et là à nouveau de la pétole… » Le skipper de Bureau Vallée parle « d’exercice de yo-yo, psychologiquement difficile ». Mais il ne désespère pas : « le passage de l’Islande étant très technique, il pourrait y avoir un regroupement si ça passe au près ».

Ferré, l’échappée belle

De ce marasme sans vent à prendre son mal en patience, certains s’en tirent – un peu mieux – que les autres. À moins de 130 milles des côtes irlandaises, Louis Duc (Fives - Lantana Environnement, 8e à 15 heures), Antoine Cornic (EBAC Literie, 9e) et Denis Van Weynbergh (Laboratoires de Biarritz, 14e) parvenaient à progresser à une quinzaine de nœuds. En tête de flotte, Benjamin Ferré (Monnoyeur - Duo For A Job, 1er) avançait à une vitesse quasi-similaire jusqu’en milieu de journée, à l’instar de Charlie Dalin (APIVIA, 2e).

Leur duel pour la tête du classement s’est donc intensifié ce mercredi, eux qui sont séparés de 70 milles en latitude. Un duel aussi improbable qu’intense qui réjouit Benjamin Ferré. Car de cette longue journée à batailler, si loin des bataillons de Français qui profitaient du soleil, il est le seul à confier « avoir bien rigolé ». Le skipper de Monnoyeur - Duo For A Job est en tête de la course depuis la veille, symbole de l’audace de ces marins à bord d’IMOCA à dérives droites, opportunistes, sûrs de leur bateau et décomplexés des enjeux. Lui a donc le sourire : « j’ai eu Guirec Soudée à la VHF, on rigolait bien en regardant le classement. C’est drôle d’être en tête ». Mais pas question pour lui de céder à toute forme de triomphalisme. Le constat de Benjamin ne diffère finalement pas des autres : « la route est encore très longue ».

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Nathalie Moreau
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
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