2023 : une saison IMOCA sans précédent

Course au large
Par Figaronautisme.com / Imoca Globes Series - Ed Gorman

Quelle saison ! Du départ de The Ocean Race en janvier à l’arrivée du Retour à La Base en décembre, le Championnat IMOCA Globe Series 2023 a mis en scène 120 navigateurs et navigatrices, issus de 16 pays, qui se sont affrontés sur un nombre de courses record cette année.

©Jean-Marie Liot / Alea
Quelle saison ! Du départ de The Ocean Race en janvier à l’arrivée du Retour à La Base en décembre, le Championnat IMOCA Globe Series 2023 a mis en scène 120 navigateurs et navigatrices, issus de 16 pays, qui se sont affrontés sur un nombre de courses record cette année.

Onze mois d’une série palpitante, offrant gloire et déchirement, révélant des talents et renforçant des légendes. Dans un décor magnifique, couvrant des plages du Cap Vert à celles de la Martinique ; des neiges de la Terre de Feu à la furie du Golfe de Gascogne, les monocoques IMOCA ont pris toute l’énergie des éléments et battu des records.

Après la première édition de The Ocean Race ouverte à la Classe, l'image la plus marquante de cette année reste peut-être celle du départ spectaculaire de la Transat Jacques Vabre - Normandie Le Havre. En effet, il aura fallu attendre neuf longs jours que la tempête Ciarán passe sur le nord de l'Europe pour que les skippers IMOCA puissent s’élancer. Avec une participation inédite de 40 bateaux, la flotte a assuré le show le long de la côte normande, par une lumineuse matinée de novembre.

Un tour du monde pour commencer

L’année a débuté par le départ d’Alicante des cinq premières équipes IMOCA de l'histoire à participer à The Ocean Race. Les observateurs se demandaient si ces bateaux étaient adaptés aux conditions extrêmes de ces six mois de tour du monde en équipage, avec escales.

Alors il y a eu des échecs et des déceptions, mais lorsque les bateaux ont franchi la ligne d'arrivée à Gênes, beaucoup l’ont reconnu : même avec une petite flotte, les IMOCA de The Ocean Race ont produit une superbe course qui ont passionné des fans du monde entier.

Cette édition comptait notamment la plus longue étape jamais disputée sur The Ocean Race : la fameuse « étape 3 » entre l’Afrique du Sud et Itajaí au Brésil, un tour de l’Antarctique de plus de 30 jours, par les trois caps. Le 25 mai, nous avons aussi assisté à l’établissement d’un nouveau record absolu de distance parcourue en 24 heures par un monocoque, en équipage, lors de la transat entre Newport (USA) et Aarhus (Danemark). Ce chrono a été réalisé par le team Holcim-PRB qui a couvert 640,48 milles, soit la distance Paris-Alicante à vol d’oiseau, à la vitesse moyenne de 26,78 nœuds. Le lendemain, Team Malizia parcourait 640,70 milles, une performance tout aussi impressionnante même si un peu juste pour être ratifiée par le WSSRC (un mille révolu est nécessaire).

The Ocean Race fut remportée par l'équipe américaine 11th Hour Racing Team de Charlie Enright - la seule équipe IMOCA basée aux Etats-Unis. La course a vu la participation d'une large cohorte de marins, français et internationaux, au sein de laquelle des stars de la Classe ont aussi fait leur apparition, comme Sam Davies, Charlie Dalin, Yoann Richomme, Damien Seguin ou encore Franck Cammas. Nous avons également bénéficié pour la première fois du travail des On Board Reporters (OBR), qui ont fait entrer les histoires des IMOCA dans nos vies et sur nos écrans comme jamais auparavant.

Nautisme Article

Une entrée de saison spectaculaire en France

En France, c’est aussi l’effervescence à Brest pour la Guyader Bermudes 1000 Race et une journée de runs mémorables dans la rade. Cette journée fut suivie d’un parcours au large, couru en double et particulièrement disputé. Cette entrée de saison a vu des débuts concluants pour deux nouveaux foilers ayant gagné des courses, à peine mis à l’eau : For People (Finot Conq-Koch) skippé par Thomas Ruyant et Morgan Lagravière, qui a remporté la Guyader Bermudes 1000 Race et MACIF Santé Prévoyance (Verdier), qui s’est imposé sur la Rolex Fastnet Race aux mains de Charlie Dalin et Pascal Bidégorry. En septembre, c’est au tour du duo Jérémie Beyou et Franck Cammas d’emporter les 48 heures du Défi Azimut, à bord d’un Charal de plus en plus performant, notamment au près…

Nautisme Article
© François Van Malleghem | Guyader Bermudes 1000 Race

Route nord vs route sud

Le suspense fut ensuite à son comble sur la Transat Jacques Vabre qui s'est transformée en une épopée passionnante entre les partisans du nord ou du sud. Laquelle des deux options stratégiques s'avérera payante ?

La route nord menée par Justine Mettraux et Julien Villion sur Teamwork, ou le traditionnel parcours dans les alizés d'où sont sortis vainqueurs Thomas Ruyant et Morgan Lagravière ? Il s'agit de la troisième victoire consécutive de Thomas Ruyant sur une transatlantique en IMOCA, sa deuxième sur la Transat Jacques Vabre après son triomphe la saison dernière sur la Route du Rhum - un exploit sans précédent pour un skipper.

La Transat Jacques Vabre a également été le théâtre d'une bataille féroce entre le tandem de Benjamin Ferré et Pierre le Roy sur Monnoyeur-Duo for a Job, celui de Louis Duc et Rémi Aubrun sur Fives Group-Lantana Environnement et de Guirec Soudée et Roland Jourdain sur Freelance.com. Dans l'ensemble, Benjamin Ferré a terminé la saison en tant que meilleur skipper de cette partie de la flotte, après avoir terminé en tête des bateaux dérives sur quatre des cinq courses disputées.

Terminer en solo

Le retour de la Martinique fut l'occasion de lancer la première édition du Retour à La Base, en solitaire, avec une performance écrasante de Yoann Richomme à la barre d'un Paprec Arkéa apparemment prêt à en découdre. Jérémie Beyou termine deuxième et le Britannique Sam Goodchild complète le podium sur For The Planet, un résultat qui l'a confirmé comme le grand Champion IMOCA 2023.

Thomas Ruyant a, lui, vécu des hauts et des bas sur la route du retour avec un ‘ride’ à haute vitesse qui lui a permis de battre le record d’Alex Thomson de la meilleure distance parcourue en 24 heures en solitaire en IMOCA avec une performance de 539,94 milles (22,5 nœuds de moyenne). Et, quelques heures plus tard, une série d’avaries contraint le skipper à boucler le parcours au ralenti.

Quant au discret Sam Goodchild, il devient le troisième skipper non français, après Mike Golding et Boris Herrmann, à obtenir ce titre de champion de la catégorie, ce qui le conforte dans son statut de favori pour le Vendée Globe 2024-25, bien qu'il navigue à bord d’un bateau de génération 2019.

Une mention spéciale aussi pour le Retour à La Base à Antoine Cornic, skipper de Human Immobilier qui a terminé la course à la 26ème place malgré une dengue qui l'a affaibli mais pas vaincu. Dans cette catégorie, il faut également saluer Tanguy Le Turquais, skipper de Lazare, qui a été le dernier à terminer la Transat Jacques Vabre après que lui et son co-skipper Félix de Navacelle se soient arrêtés pour des réparations à Lorient suite à une collision qui a endommagé le flanc de Lazare. Tanguy Le Turquais a ensuite terminé le Retour à La Base à une impressionnante 20ème place, malgré un départ 28 heures plus tard que tous les autres, et son "pit-stop" en Martinique qui a duré moins de 10 heures !

2023 a été une excellente saison pour les skippers féminins en IMOCA, notamment pour la Britannique Sam Davies qui, à 49 ans, a connu une année exceptionnelle à bord de son nouveau bateau Initiatives Cœur 4, terminant quatrième du Championnat des IMOCA Globe Series. C'est aussi une bonne année pour Justine Mettraux, navigatrice endurante, inspirée et engagée, qui continue de menacer le podium à bord de Teamwork. Sans oublier Clarisse Crémer qui, après sa maternité, revient avec de belles performances sur L'Occitane En Provence, l'ancien Apivia. A noter aussi les performances de Isabelle Joschke (MACSF) et Pip Hare (Mediallia) sur Retour à La Base ont les deux femmes ont renoué avec bonheur et vitesse avec le solitaire.

À ce sujet, le mot de la fin revient à la nouvelle venue Violette Dorange, qui a réalisé une superbe saison en double sur DeVenir (le bateau de Jean Le Cam lors du Vendée Globe 2020-21) aux côtés de Damien Guillou. Elle a ensuite illuminé le Retour à La Base avec des vidéos embarquées, rappelant les joies de la course au large en solitaire. À 22 ans, elle est la plus jeune navigatrice à avoir traversé l'Atlantique à bord d'un IMOCA et, à 23 ans, elle sera la plus jeune à tenter le Vendée Globe.

Nautisme Article
© Anne Beaugé / Retour à La Base

Le Cap Carbone, une décision majeure

A terre, la Classe a aussi franchi une étape importante cette année en termes de transition. En 2023, l'IMOCA est devenue la première classe de course au large à voter la mise en œuvre d'un plafond d’émission de carbone dans ses activités de construction - ou Cap Carbone -, ce qui constitue une avancée majeure. Tandis qu'en coulisses, le travail sur la mesure de l'impact environnemental de la construction des nouveaux bateaux, et l'effort collectif pour produire les "Green Sail" en partenariat avec les professionnels du secteur, portent leurs fruits.

En mer, le programme scientifique, en partenariat avec le CIO-Unesco, a permis de collecter des données précieuses pendant les courses. Enfin, le "Hazard Button", qui permet aux marins de signaler les rencontres avec des mammifères, a été lancé sur les deux courses transatlantiques de fin d'année.

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…