Mini Globe Race 2025-2026 : l’exploit fou de 6 marins autour du monde en voilier de 5,80 m

Course au large
Par Le Figaro Nautisme

C’est une première mondiale qui vient d’entrer dans l’histoire de la course au large. Après 24 000 milles parcourus en solitaire autour du globe, les 6 premiers concurrents de la McIntyre Mini Globe Race 2025-2026 ont franchi la ligne d’arrivée à Antigua à bord de minuscules voiliers en contreplaqué de 19 pieds. Une aventure hors norme, imaginée par l’Australien Don McIntyre, qui prouve qu’un très petit bateau peut encore porter de très grands rêves.

C’est une première mondiale qui vient d’entrer dans l’histoire de la course au large. Après 24 000 milles parcourus en solitaire autour du globe, les 6 premiers concurrents de la McIntyre Mini Globe Race 2025-2026 ont franchi la ligne d’arrivée à Antigua à bord de minuscules voiliers en contreplaqué de 19 pieds. Une aventure hors norme, imaginée par l’Australien Don McIntyre, qui prouve qu’un très petit bateau peut encore porter de très grands rêves.
© Rob Havill / McIntyre MGR2025-26

 

Une course autour du monde en miniature, mais un défi immense

L’idée paraissait presque irréaliste lorsqu’elle a été lancée en 2020. Faire le tour du monde en solitaire sur des ALMA Globe 580, des voiliers monotypes en bois de 5,80 m construits par leurs propriétaires, relevait pour beaucoup de la folie. C’est pourtant bien ce pari qui s’est transformé en réalité. Le 23 septembre 2025, 15 marins, 13 hommes et 2 femmes, représentant 8 pays, ont quitté la National Sailing Academy d’Antigua avec un objectif aussi simple dans sa formulation que redoutable dans son exécution : boucler un tour du monde en solitaire sur ces très petites unités. Treize mois plus tard, les premiers retours à Antigua donnent à cette aventure une portée historique.

Le 7 mars 2026, le Suisse Renaud Stitelmann, à bord de Capucinette, a coupé la ligne d’arrivée et inscrit son nom au sommet de cette première édition. Sa performance fixe le tout premier temps de référence de cette course autour du monde hors norme. Derrière lui, Dan Turner, Keri Harris, Pilar Pasanau, Adam Waugh et Jakub Ziemkiewicz ont à leur tour validé un exploit que beaucoup jugeaient impossible il y a encore peu.

 

Renaud Stitelmann, premier vainqueur d’une course déjà culte

Dans une course inaugurale, le premier vainqueur entre forcément dans l’histoire. Mais le succès de Renaud Stitelmann dépasse le simple cadre d’un classement. Le skipper suisse a remporté chaque étape de la course et boucle son tour du monde en 180 jours, 11 heures, 25 minutes et 57 secondes de navigation cumulée. Une performance remarquable, surtout sur un bateau de cette taille, avec une vitesse moyenne de 5,54 nœuds, soit 133 milles par jour à travers tous les océans et toutes les conditions. Au total, il est revenu à Antigua 377 jours après le départ, après avoir fait escale dans 15 ports de 13 pays. Plus qu’une victoire, c’est une démonstration de régularité, d’endurance et de maîtrise sur un support minuscule pour un programme gigantesque.

Ce succès a aussi une valeur symbolique forte. Il valide le concept même de la Mini Globe Race et donne une crédibilité immédiate à une épreuve qui n’existait pas encore il y a quelques années. Ce qui ressemblait sur le papier à un projet marginal devient soudain une course reconnue, spectaculaire et déjà installée dans le paysage de la course au large.

© Rob Havill / McIntyre MGR2025-26

Des records en série et des pionniers dans le sillage de John Guzzwell

Cette première édition ne se contente pas de désigner un vainqueur. Elle ouvre aussi une nouvelle page dans l’histoire de la navigation en solitaire. Plusieurs concurrents sont en passe ou viennent de battre des records marquants. La Britannique Jasmine Harrison, sur Numbatou, doit devenir la première femme britannique à réaliser un tour du monde en solitaire sur le plus petit yacht de ce type. L’Espagnole Pilar Pasanau, arrivée 4e au classement général en 191 jours, 16 heures, 10 minutes et 4 secondes, devient quant à elle la première femme espagnole à accomplir un tour du monde en solitaire, et dans le plus petit voilier à y parvenir. L’Américain Josh Kali peut lui aussi revendiquer un record en devenant le navigateur ayant mené le plus petit voilier battant pavillon américain autour du monde, en solitaire ou non.

Impossible de ne pas voir dans cette course un hommage direct à John Guzzwell, disparu en 2024 à l’âge de 94 ans. En 1955, exactement 70 ans plus tôt, il s’élançait à bord de Trekka, un voilier en bois de 20 pieds construit par ses soins, pour devenir le premier marin à réussir un tour du monde en solitaire sur un si petit bateau. La McIntyre Mini Globe Race s’inscrit clairement dans cette filiation. Elle reprend cet esprit de liberté, de débrouille et d’engagement total, avec une dimension moderne, structurée et compétitive.

 

De très petits voiliers qui ont surpris tout le monde

L’un des enseignements majeurs de cette première édition concerne les bateaux eux-mêmes. Les ALMA Globe 580 ont encaissé des conditions extrêmes, notamment dans l’océan Austral, avec des mers de 6 à 7 m. Les concurrents ont connu des chavirages partiels, des contacts rapprochés avec des cargos, des bateaux de pêche et même plusieurs collisions avec des objets flottants non identifiés. Malgré cela, ces petits voiliers ont impressionné par leur solidité. Aucun n’a subi de dommage structurel majeur. Aucun problème de quille ou de safran n’a été signalé. En clair, les bateaux ont tenu. Mieux encore, ils apparaissent quasiment prêts à repartir pour un nouveau tour du monde.

Les chiffres donnent la mesure de ce qu’ils ont accompli. La vitesse maximale enregistrée a atteint 17 nœuds. Le meilleur parcours en 24 heures revient à Keri Harris sur Origami, avec 219 milles. Sur des bateaux menés à la barre ou sous régulateur d’allure pendant l’essentiel de la course, ces performances confirment que la taille ne dit pas tout du potentiel marin. Tout n’a pas été parfait pour autant. Les voiles Quantum ont bien fonctionné, mais ont souffert sous l’effet du soleil. Les barres de flèche ont demandé une vigilance constante. Quant aux moteurs hors-bord électriques, ils ont parfois montré leurs limites. Rien cependant qui soit venu remettre en cause la viabilité globale du concept.

 

Une aventure humaine rude, intense et visiblement inoubliable

La course n’a pas seulement été une réussite technique. Elle a surtout été une épreuve humaine d’une densité rare. Les skippers évoquent des corps épuisés, des esprits fatigués, mais aussi une exaltation difficile à décrire à l’approche de l’arrivée. Tous parlent d’une aventure qui les dépasse. Il y a eu un homme à la mer, quelques situations très serrées, des moments de grande tension, mais aussi une constante : la confiance absolue des marins dans leur bateau. Cette relation entre le skipper et son ALMA Globe 580 a sans doute joué un rôle décisif dans la réussite générale de l’épreuve.

Autre fait marquant, aucun des 15 partants n’a abandonné à cause du bateau ou de la dureté de la course elle-même. Les 4 abandons enregistrés s’expliquent autrement : 1 pour raison de santé, 3 parce que des concurrents australiens n’avaient plus les moyens financiers de repartir d’Australie. Là encore, le constat est fort. Cette course, exigeante et engagée, n’a pas cassé ses marins ni son concept. Au fil des mois, les concurrents ont aussi forgé un lien particulier. Tous décrivent aujourd’hui une sorte de famille née de cette aventure. La performance sportive reste centrale, bien sûr, mais elle semble presque indissociable de cette dimension collective, paradoxalement née d’une course en solitaire.

© Rob Havill / McIntyre MGR2025-26

Un format déjà validé et une 2e édition lancée

Pour Don McIntyre, organisateur également de la Golden Globe Race et de l’Ocean Globe Race, cette arrivée des premiers bateaux à Antigua vaut validation définitive. Son intuition, mûrie pendant près de 40 ans, a trouvé sa preuve sur l’eau. Le principe d’un voilier monotype de 5,80 m, accessible grâce à des plans de construction à 350 euros, n’est plus une simple idée audacieuse : c’est un modèle qui fonctionne. Le succès dépasse même le cadre de cette édition inaugurale. Des constructeurs sont déjà actifs dans 37 pays et la 2e édition, prévue en 2029, compte déjà plus de 25 marins engagés. Pour une course que beaucoup regardaient avec scepticisme à ses débuts, le basculement est spectaculaire. Les 5 derniers concurrents doivent encore arriver dans les jours qui viennent, tandis que la remise des prix officielle est prévue le 20 mars 2026 à la National Sailing Academy, avec le soutien du Falmouth Ocean Club.

 

Une page d’histoire de la course au large

La McIntyre Mini Globe Race 2025-2026 n’a pas seulement couronné un vainqueur. Elle a ouvert une voie. En prouvant qu’il est possible de boucler un tour du monde en solitaire sur des voiliers de 19 pieds, elle remet en lumière une idée parfois oubliée dans le nautisme moderne : l’aventure n’est pas une affaire de taille, mais de conviction, de préparation et de courage. Le classement provisoire des 6 premiers dit déjà beaucoup de cette réussite. Renaud Stitelmann s’impose devant l’Australien Dan Turner, 2e en 184 jours, 1 heure, 20 minutes et 42 secondes, puis le Britannique Keri Harris, 3e en 190 jours, 21 heures, 4 minutes et 45 secondes. Viennent ensuite l’Espagnole Pilar Pasanau, le Britannique Adam Waugh et l’Irlandais Jakub Ziemkiewicz.

Au-delà des temps et des positions, cette course laisse surtout une image forte : celle de très petits bateaux affrontant l’immensité du monde, et revenant au port avec quelque chose de plus grand encore que la performance sportive. Une légende nautique vient sans doute de naître.

 

 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.