À peine quelques jours après le départ de la Trinité-sur-Mer, les marins de la Cap-Martinique 2026 ont rapidement quitté l’euphorie du départ pour entrer dans le vif du sujet. Vent soutenu, mer formée, transitions piégeuses : ces premiers milles donnent déjà le ton d’une traversée exigeante.

Un golfe de Gascogne musclé
La flotte n’aura pas eu le temps de prendre ses marques. Dès les premières heures, les conditions imposent du rythme et de l’engagement, notamment dans un golfe de Gascogne fidèle à sa réputation. À bord d’Acromégalie, Jérôme Frouin et Laurent Perrin décrivent une nuit particulièrement intense : “Milieu de nuit c’est monté à 30-40 nœuds au portant […] c’était dantesque comme les arrivées de plage en dériveur en surf quand il y a des vagues mais pendant 2-3 heures.” Même constat pour Jérôme et Loïc Apolda (Infinite) : “Le vent monte vite au-delà de 20 nœuds […] la mer devient croisée, très abrupte, et nous oblige à affaler le spi pour garder le bateau sous contrôle.” Des conditions qui obligent à naviguer juste, sans jamais basculer dans l’excès.
Aller vite… mais longtemps
Dans ce début de course, la vitesse est bien là. Les bateaux surfent, accélèrent, enchaînent les empannages. Mais la priorité reste claire : préserver le matériel et tenir dans la durée. Du côté de Green Sanctuaries, l’intensité est bien résumée : “Le vent se renforce pour finir à 30-33 nœuds sous spi. Ça bombarde !” Mais dans le même temps, les choix restent mesurés. Comme le rappellent les équipages : il ne s’agit pas seulement d’aller vite, mais d’aller au bout.
Déjà des incidents… et des solutions
Comme souvent au large, les premières avaries ne tardent pas à apparaître. Rien d’anormal sur une transat, mais chaque incident demande sang-froid, méthode et réactivité. Philippe Benaben (Dessine-moi la High-Tech) a dû composer avec un problème majeur de pilote automatique : “Support de pilote principal décollé du fond de la coque. […] Bilan 2h de perdues.”
À bord de Green Sanctuaries, c’est le matériel de pont qui cède : “Lors d’une manœuvre à l’avant […] j’ai complètement arraché le balcon. […] Pas évident à l’avant du bateau dans ces conditions musclées” explique Pierre Grippon. L’équipage a d’ailleurs été contraint de s’arrêter en Corogne jeudi 23 à cause d’une panne de pilote automatique. Tout comme Pascal Coret (CDC Développement Solidaire), qui avait été contraint de s’arrêter à Bilbao pour un souci d’anémomètre, et qui a pu repartir ensuite.
Dans tous les cas, la logique reste la même : réparer vite, repartir, et rester dans le match. Ces premières difficultés ont également conduit à un abandon. Arnaud Bracq (Pharmacie Humanitaire Internationale), confronté à des défaillances techniques, a fait le choix de rallier le port de La Rochelle afin de sécuriser son bateau et mettre fin à sa course prématurément.
Un début de course déjà tactique
Après ces premières journées soutenues, les marins doivent désormais composer avec des conditions plus instables. Alternance de vent fort et de zones de molle : la course devient stratégique. Maxime Breuvard (SOS Préma) résume bien cette bascule : “Cette nuit belles glissades sous spi […] et puis ce matin, plus rien, le vent est tombé !” Même ressenti pour Grégoire Despretz (20 ans 1 Projet) : “Tu penses te poser un peu… et c’est reparti de plus belle !” Dans ce jeu de transitions, chaque option compte, et les trajectoires commencent déjà à se différencier.
Cap Finisterre : premier passage clé
La progression vers les côtes espagnoles et le passage du cap Finisterre constituent un premier jalon important de la course. Une zone connue pour ses effets locaux et ses pièges météo. À bord d’Acromégalie, la suite est déjà anticipée : “Un peu de rase caillou au Cap Finisterre […] avant un nouveau passage à niveau pétoleux… Compostelle, ça se mérite !”
Une manière de rappeler que la route vers la Martinique ne sera pas linéaire.
Une flotte solide, cap sur Madère
Après un départ volontairement décalé pour permettre à la flotte de franchir le golfe de Gascogne dans de bonnes conditions, le passage du cap Finisterre s’est déroulé comme espéré. Un moment toujours symbolique dans une traversée vers l’Atlantique.
Comme le souligne François Séruzier, directeur de course : “Le passage du cap Finisterre s’est déroulé dans des conditions assez tranquilles, même pour les premiers. C’est exactement ce que nous recherchions en retardant le départ : permettre à la flotte de franchir ce cap mythique dans de bonnes conditions.” Si le vent s’est montré parfois timide, la situation devrait rapidement évoluer. Les premiers concurrents toucheront un nouveau flux avant le reste de la flotte, ce qui pourrait commencer à creuser les écarts. Mais dès les prochaines heures, l’ensemble des marins devrait bénéficier d’un vent établi, propice à une descente rapide le long des côtes portugaises. “À partir de demain, tout le monde devrait retrouver un bon vent. La descente vers Madère s’annonce rapide, avec 15 à 20 nœuds établis.” À l’approche de l’archipel portugais, les écarts pourraient déjà devenir significatifs, avec près de deux jours entre les premiers et les derniers. La suite, en revanche, reste encore difficile à anticiper.
“Au-delà de Madère, tout dépendra de la façon dont l’alizé va s’installer.”; Malgré quelques arrêts techniques ponctuels (problèmes de pilote automatique, de gréement ou de voilure) la flotte affiche une remarquable solidité. À ce stade, seul Arnaud Bracq a été contraint à l’abandon. “Avoir encore 44 bateaux en course après des conditions de départ aussi musclées, c’est un bilan très positif. Cela montre que les bateaux sont particulièrement bien préparés.”
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