Route du Rhum 2026 : Saint-Malo se prépare à retrouver l’effervescence du grand départ
En plein cœur de l’été, difficile d’imaginer l’effervescence qui gagnera bientôt les quais de Saint-Malo. Pourtant, il suffit de repenser aux précédentes éditions : les pontons envahis par le public, les équipes techniques affairées autour des bateaux, les haubans qui sifflent dans le vent et les rues d’Intra-Muros animées jusque tard dans la soirée.
Pour les habitués, cette atmosphère est indissociable de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe. « Pour prendre la mesure de ce qu’est la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, il faut venir se balader autour des bassins, voir ces kilomètres dédiés à la course et plonger dans cet esprit joyeux et festif », résume Baptiste Hulin, skipper de Viabilis Océans en Ocean Fifty.
Lui-même garde un souvenir très précis de ses premières visites au village avec ses parents. « C’était de nuit, le vendredi avant le départ. Il y avait ces énormes bateaux qui faisaient rêver, la difficulté de s’imaginer que des skippers seuls allaient traverser l’Atlantique à leur bord… C’est comme s’il y avait une dose de magie autour de l’événement ».
Depuis 1978, la Route du Rhum a largement dépassé le statut de simple compétition sportive. Tous les quatre ans, elle transforme Saint-Malo et rassemble navigateurs professionnels, amateurs éclairés, passionnés de voile et simples curieux.
Pour les marins installés dans la région, le rendez-vous possède une saveur particulière. « C’est toujours un grand moment », confie Luke Berry, skipper de Le Rire Médecin Lamotte en Ocean Fifty et Malouin depuis près de dix ans. « Saint-Malo se transforme, les habitants en parlent toujours… C’est un peu comme si la ville se préparait pour un grand festival ».
Même attachement chez Florian Gueguen, skipper de Graine de Courage en Vintage Multi : « Quand on a grandi à Cancale comme moi, la Route du Rhum, c’est une histoire de cœur. Elle est tellement mythique qu’elle nous paraît inaccessible quand on est gosse ».
Cet été déjà, les signes du retour de la transatlantique se multiplient. « Il y a les bateaux qui s’entraînent devant les plages et puis toutes les discussions, explique Florian Gueguen. La réaction de tout le monde, c’est de se dire que les quatre années sont passées vite ! »
Baptiste Hulin partage ce sentiment : « Cette course, les Malouins l’attendent impatiemment pendant quatre ans. La ville commence déjà à se mettre aux couleurs de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe… On sent que ça se rapproche ! »
À terre aussi, le compte à rebours est largement engagé. Le village départ ouvrira officiellement ses portes le 20 octobre, avant le départ de la flotte vers la Guadeloupe le dimanche 1er novembre.
Hôteliers, restaurateurs, commerçants, entreprises locales et professionnels du tourisme se préparent à accueillir les centaines de milliers de visiteurs attendus pendant près de deux semaines.
La Ville de Saint-Malo et Saint-Malo Agglomération travaillent depuis plusieurs mois avec l’organisateur OC Sport Pen Duick. Parmi les principaux axes de cette édition figure la volonté de rendre l’événement plus vertueux sur le plan environnemental.
« Il y a eu une réflexion de fond afin que l’événement soit plus vertueux et, par conséquent, nous avons réalisé des aménagements afin que le village soit 100 % électrique », explique le maire de Saint-Malo, Gilles Lurton. « Ce sont des projets d’ampleur que nous allons accélérer pour qu’ils soient opérationnels pendant la Route du Rhum ».
Le passage à la phase opérationnelle est désormais imminent. Les réunions liées à la sécurité et à l’organisation de l’avant-course se succèdent, tandis que le montage des installations commencera dès le 14 septembre.
Autre nouveauté importante de cette édition : la création du premier festival Off de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe.
L’objectif est de faire vivre l’événement bien au-delà des bassins. Animations, rencontres, expositions et rendez-vous culturels doivent investir les rues, les quartiers et les différentes communes de l’agglomération.
« Que la fête ne s’arrête pas au village ! », résume Gilles Lurton.
La volonté est également de permettre à tous les habitants du territoire de s’approprier l’événement, y compris ceux qui en sont traditionnellement les plus éloignés. « Nous avons à cœur que les publics les plus isolés et les plus éloignés de l’événement puissent aussi se l’approprier », souligne le maire.
La mascotte Tymal participe déjà à plusieurs rendez-vous locaux, tandis que le trophée de la Route du Rhum effectue une tournée dans les communes de Saint-Malo Agglomération.
À mesure que la ville entre dans l’ambiance de la course, les skippers doivent au contraire apprendre à s’en préserver. Pour ceux qui vivent dans la région, la difficulté est encore plus grande : famille, amis, partenaires et sollicitations se multiplient à quelques jours du départ.
« Nous avons tous des copains et des membres de la famille qui viennent nous voir, sourit Luke Berry. Mais on doit faire attention à être rigoureux et à ne pas trop sortir : c’est très énergivore et ça peut être problématique avant l’intense dépense d’énergie liée à la course ».
Même vigilance chez Florian Gueguen : « Il faut gérer cet aspect-là en faisant attention dans les derniers jours. Moi, j’appréhende plutôt le départ, la foule, les bateaux côte à côte, la pression… »
Une pression qu’il connaît bien. Lors de l’édition 2022, alors engagé en Class40, le skipper avait franchi la ligne de départ trop tôt. Quatre ans plus tard, le souvenir reste forcément présent.
Lorsque les bateaux quitteront Saint-Malo le 1er novembre, ils seront accompagnés par des centaines de milliers de spectateurs massés sur le littoral. Un dernier moment de communion avant que les skippers ne se retrouvent seuls face à l’Atlantique.
C’est aussi ce contraste qui fait toute la singularité de la Route du Rhum : une immense fête populaire qui s’achève soudainement au moment où commence une aventure profondément solitaire.
À Saint-Malo, le compte à rebours est désormais lancé. Après quatre années d’attente, la cité corsaire s’apprête à retrouver ses pontons bondés, ses bateaux spectaculaires et cette atmosphère si particulière qui, édition après édition, continue de nourrir le mythe.
