Route du Rhum - Destination Guadeloupe 2026 : bulletin météo du mardi 3 novembre
Faut-il poursuivre sa descente vers le sud ou privilégier une route plus à l'ouest pour aller chercher du vent ? C'est l'une des grandes questions qui se posent actuellement aux skippers de la Route du Rhum.
Ce mardi 3 novembre, un puissant anticyclone de 1041 hPa, centré au nord des îles Britanniques, maintient un flux d'est à sud-est modéré à assez fort sur sa bordure sud-ouest.
Mais plus à l'ouest, la situation météorologique se complexifie. Un front perturbé traverse une partie de l'Atlantique Nord, tandis qu'une dorsale anticyclonique crée une zone de transition où la force et la direction du vent évoluent.
Mercredi, une dépression doit rapidement se creuser plus à l'ouest.
Jeudi, une nouvelle dépression se développera sur le sud-ouest de l'Atlantique, tandis qu'un autre système évoluera dans les parages des Açores. Pour les concurrents, l'enjeu sera de négocier ces différentes zones de vent en fonction de leur position et de la vitesse de leur bateau. Car si certaines trajectoires peuvent offrir des conditions favorables à une progression rapide, d'autres exposent les navigateurs à des ralentissements ou à une mer plus difficile.
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Chez les Ultim, les premières options stratégiques se dessinent déjà. Ce mardi matin, Tom Laperche occupe la tête de la flotte avec 58 milles d'avance sur Armel Le Cléac'h. Après avoir traversé un premier front pendant la nuit, la majeure partie des trimarans géants entame une grande descente vers le sud. Portés par un vent de nord de 20 à 25 nœuds, les bateaux peuvent dépasser les 30 nœuds de vitesse. Mais cette progression rapide s'accompagne d'un choix délicat.
Deux stratégies sont possibles :
La première consiste à prolonger la route vers le sud. Une option qui permet de poursuivre la progression actuelle, mais qui présente le risque de rencontrer les vents faibles associés à une dorsale anticyclonique.
La seconde consiste à gagner vers l'ouest pour franchir cette zone de transition et rejoindre un nouveau système perturbé. Un pari qui pourrait devenir intéressant dès mercredi. Pour les Ultim ayant choisi cette route occidentale, le passage d'un front en tout début de journée s'accompagnera de fortes pluies et de rafales de 35 à 40 nœuds.
À l'arrière, un vent de nord de 25 à 30 nœuds permettra aux bateaux de reprendre de la vitesse. Des pointes à 40 nœuds de vitesse seront alors possibles, dans une mer agitée à forte. Une séquence rapide, mais exigeante pour les marins comme pour leur matériel. À l'inverse, les concurrents engagés sur une route plus au sud risquent de ralentir à mesure que la dorsale gagnera leur secteur.
Jeudi, les premiers Ultim positionnés sur la route ouest devront négocier une nouvelle dépression arrivant par l'ouest, à la latitude des Canaries. Après un affaiblissement temporaire du vent pendant la nuit, ils retrouveront progressivement un flux d'est à nord-est se renforçant au fil de leur progression vers le sud-ouest. Dans l'après-midi, le vent pourrait atteindre 25 nœuds, permettant à nouveau des pointes de vitesse à 40 nœuds. Mais les conditions pourraient devenir instables, avec des grains parfois orageux capables de provoquer des variations brutales de force et de direction du vent. L'anticipation des manœuvres sera donc essentielle.
Chez les Ocean Fifty, Basile Bourgnon mène la flotte ce mardi matin. Les trimarans connaissent également un changement de régime météorologique. Après avoir évolué dans un flux de sud-est lié à l'anticyclone britannique, ils doivent franchir un front en début de journée. À l'arrière de celui-ci, un vent de nord de 15 à 20 nœuds permettra aux bateaux d'accélérer. Les Ocean Fifty pourront alors dépasser les 20 nœuds de vitesse, au prix de quelques empannages. La mer sera forte, avec des vagues de trois mètres venant de l'arrière, une configuration plutôt favorable à une progression rapide.
Cette transition météorologique pourrait redistribuer les positions au sein d'une flotte encore regroupée.
Mercredi, les concurrents engagés à l'ouest devront d'abord traverser les vents faibles de la dorsale en matinée. Ils retrouveront ensuite un vent de sud soutenu à l'avant du front, imposant une phase de navigation au près. En fin de journée, le vent basculera au nord et atteindra 25 à 30 nœuds, permettant une accélération vers le sud. Sur l'option sud, le vent de nord, encore modéré le matin, aura tendance à faiblir dans l'après-midi.
Jeudi, une bonne partie des Ocean Fifty devrait évoluer dans un courant de nord soutenu, à l'arrière d'une dépression située près des Açores. Les bateaux progresseront vers le sud-sud-ouest aux allures portantes, dans une mer forte de trois à quatre mètres. Des grains accompagnés de fortes rafales imposeront des réglages fréquents. En poursuivant leur route vers le sud-ouest, les concurrents devraient progressivement retrouver un vent moins fort et une mer moins formée.
Chez les IMOCA, Corentin Horeau occupe la première place ce mardi matin. Mais les conditions météorologiques ne sont pas les mêmes pour tous. La flotte s'étire déjà sur plus de 400 milles, ce qui expose les concurrents à des régimes de vent différents. Les premiers devraient rapidement franchir le front et accélérer dans un vent de nord d'une vingtaine de nœuds. Plus loin derrière, certains skippers devront encore composer avec un flux d'est à sud-est moins soutenu. Cette différence de conditions pourrait accentuer les écarts entre les bateaux.
Mercredi, les IMOCA devront, comme les Ocean Fifty, négocier les effets de la dorsale et du passage d'un nouveau front. À l'ouest, les concurrents rencontreront d'abord des vents faibles, avant de retrouver un courant de sud soutenu nécessitant une navigation au près. La bascule au nord, attendue en fin de journée avec 25 à 30 nœuds de vent, permettra ensuite une accélération vers le sud. Les bateaux positionnés plus au sud évolueront dans un vent de nord qui aura tendance à faiblir au cours de l'après-midi.
Jeudi, une bonne partie de la flotte naviguera dans un courant de nord soutenu, à l'arrière de la dépression située près des Açores. Avec une mer forte de trois à quatre mètres et des grains accompagnés de fortes rafales, les conditions resteront exigeantes. Les skippers devront multiplier les réglages, avant de retrouver progressivement des conditions moins musclées en gagnant vers le sud-ouest.
Pour les Class40, les conditions météorologiques restent favorables à la progression ce mardi.
La flotte bénéficie d'un vent d'est à nord-est, tournant progressivement à l'est puis au sud-est. Les concurrents les plus à l'ouest devraient toutefois commencer à rencontrer un affaiblissement du vent. Au classement de ce mardi matin, la bataille est particulièrement serrée : Pierre Leboucher, Guillaume Pirouelle et Luca Rosetti se tiennent en moins d'un mille.
Mercredi, les premiers Class40 approcheront la longitude des Açores. Ils bénéficieront d'un vent de sud-est de 15 à 20 nœuds, leur permettant de conserver des vitesses proches de 15 nœuds.
Mais jeudi, la situation évoluera avec le creusement d'une dépression à l'ouest des Açores.
Une grande partie de la flotte devrait alors se trouver sur son flanc nord-est, dans un flux d'est à sud-est se renforçant progressivement. L'objectif sera de maintenir une progression rapide tout en restant à l'écart des secteurs où le vent soufflera le plus fort.
C'est le principal point de vigilance des prochains jours selon Cyrille Duchesne. L'évolution de deux systèmes dépressionnaires jouera un rôle important dans les conditions rencontrées par les différentes flottes. L'un des systèmes, situé dans les parages des Açores, générera un fort courant de nord sur son flanc est.
Ce flux pourra favoriser une progression rapide vers le sud pour les bateaux bien positionnés, même si l'état de la mer devra également être pris en compte. Plus au sud-ouest de l'Atlantique, une autre dépression se développera jeudi.
Sur son flanc nord, le vent d'est devrait se renforcer dans une zone susceptible de concerner les Ultim. L'intensité de ce renforcement dépendra toutefois de la trajectoire et du creusement de la dépression. Un décalage de ces systèmes pourrait suffire à modifier la position des couloirs de vent favorables et des secteurs les plus exigeants.
Les conséquences ne seront pas les mêmes selon la position des bateaux et leur vitesse de progression.
C'est toute la difficulté de cette phase de course : profiter des vents porteurs tout en anticipant l'évolution de systèmes météorologiques encore incertains.
Ces enjeux météorologiques interviennent alors que le début de course a déjà été marqué par plusieurs incidents. Francis Joyon a été secouru après son chavirage, tandis que Charles Caudrelier est ralenti par un problème de foil. Anthony Marchand rejoint l'Irlande à la suite d'une avarie de safran. Quentin Le Nabour a démâté, sans être blessé, et Violette Dorange prévoit de rejoindre Lorient pour réparer après sa collision avec Romain Pilliard.
Dans ce contexte, les conditions attendues ces prochains jours demanderont une attention particulière aux marins, notamment lors des passages de fronts, des accélérations et des épisodes de grains.
Entre les accélérations possibles des Ultim, les changements de régime de vent pour les Ocean Fifty et les IMOCA, et l'approche d'une dépression pour les Class40, les prochains jours s'annoncent riches en enjeux météorologiques. Mais une incertitude demeure : la trajectoire exacte et la vitesse de creusement des dépressions.
Ce sont elles qui détermineront la position des zones de vent favorables et des secteurs les plus difficiles à traverser. Pour les skippers, le défi sera donc autant de trouver la bonne trajectoire que de s'adapter à son évolution.
Sur la route de la Guadeloupe, la météo reste plus que jamais au cœur des stratégies.
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