Route du Rhum - Destination Guadeloupe : course-poursuite chez les Imocas
Chez les IMOCA, il y a plus de 900 milles d’écart entre le leader, Corentin Horeau (MACSF), et le dernier à progresser en mer, Nicolas Rouger (Demain c'est loin, 19e). Avec de tels écarts, la réalité des uns est loin de celle des autres. Corentin Horeau a dû affronter un puissant orage ces dernières heures, le gros du peloton file au sud de l’orthodromie, à la lisière de la forte dépression qui barre la route d’une grande partie de la flotte, tandis que d’autres se trouvent en son centre.
Un constat s’impose néanmoins pour tous : décidément, rien n’est facile. « J’ai été obligé de partir en fuite pour rouler ma voile d’avant, a raconté ce matin Corentin Horeau. Heureusement, j’ai réussi à faire la manœuvre et je n’ai rien cassé, donc c’est plutôt une bonne nouvelle. » « Avec l’état de la mer, j’ai l’impression qu’on va tout défoncer, je vais devoir clairement mettre ma course entre parenthèses », confiait dans une vidéo Maxime Sorel (Vaincre la Mucoviscidose).
Ceux qui étaient situés le plus au nord de la flotte, là où la dépression se creusait, ont souffert. Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei) a été victime d’une violente chute dans son cockpit, entraînant de fortes douleurs au dos. Après un échange avec les médecins de la course, il a décidé de se dérouter vers les Açores. Encore plus au nord, Sébastien Simon (Groupe Dubreuil – Air Caraïbes) assurait que « le vent tournait beaucoup » et que « les conditions étaient assez instables ». Le Vendéen s’est « fait piéger dans le centre de la dépression » et pointe désormais à près de 700 milles de la tête de course.
Une grande partie de la flotte progresse de son côté au sud de l’orthodromie, en laissant désormais les Açores derrière elle. « Ça ne me semblait pas réaliste de contourner la dépression par le nord dans de la mer aussi formée », témoigne Sébastien Marsset (Foussier). Mais c’est loin d’être un long fleuve tranquille. « Jusqu’à maintenant, les conditions ont été assez rudes et je suis forcément un peu tendu », confie Nicolas d’Estais (Café Joyeux). Tous savent que les frayeurs peuvent arriver à tout moment, comme pour Manu Cousin (Coup de pouce) la nuit dernière : « J’avais passé le front mais, en une poignée de secondes, le vent est monté à 40 nœuds, le bateau était couché. C’est vraiment hyper chaud et hyper instable. »
Alors à bord, la transatlantique se transforme en un incroyable exercice de résistance physique, technique et surtout mentale. Et à ce petit jeu, les skippers IMOCA ont de la ressource, profitant de chaque accalmie pour souffler. « Là, on est dans une petite zone de transition avant la dépression, sourit Davy Beaudart (Bureau Vallée). Il y a un petit peu de soleil, j’ai fait le check du bateau, préparé un bon repas. C’est une petite pause qui fait du bien. » Mais rapidement, Davy, qui assure « naviguer safe », poursuit : « avec la nouvelle dépression tropicale, on a encore un peu de boulot ! »
Pour tenir le coup, la flotte IMOCA peut compter sur les petits copains. Davy Beaudart et Maxime Sorel ne sont séparés que d’une trentaine de milles en latéral. « On était déjà côte à côte au ponton et là, on ne se lâche pas, on fait presque route commune », sourit Davy. Les bateaux à dérive droite se livrent également une sacrée bataille : emmenés par Nicolas d’Estais, ils sont six dans un rayon de 150 milles. « Le match avec les petits copains, c’est la première chose que je regarde quand je fais des mises à jour sur la cartographie, assure Nico. Notre groupe est assez compact, c’est vraiment intéressant à suivre. » Sébastien Marsset fait justement partie de ce petit groupe. « Il y a une vraie compétition entre nous, c’est d’une incroyable intensité », savoure le skipper de Foussier. Et ce n’est pas nouveau : il rappelle qu’au Vendée Globe, ils étaient quatre (Kojiro Shiraishi sur son foiler, Violette Dorange, Louis Duc et Sébastien Marsset) à avoir franchi la ligne d’arrivée le même jour, à l’issue d’un long tour du monde et 90 jours de course.
Pour eux comme pour tous les autres, Sébastien Marsset rappelle que « la situation météo va être complexe jusqu’au bout ». Le vent va se renforcer et il y aura une autre dépression à contourner avant « la fin qui s’annonce extrêmement incertaine ». Manu Cousin (Coup de Pouce), comme tous ses confrères de mer, bataille pour rester optimiste : « Depuis le début de cette transatlantique, tout est compliqué. Mais on ne lâche rien et on va bien finir par y arriver. » Et Manu de conclure : « À un moment, on va bien finir par avoir du soleil et de la chaleur ! »
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