Le Carnaval des Iles de Guadeloupe : entre paillettes, rythmes et tradition

Plus qu’un simple défilé, le Carnaval des Îles de Guadeloupe dure une saison entière où la rue devient scène et la foule actrice. De janvier aux jours gras de février 2026, groupes à « po », à caisses claires, chars et figures emblématiques font monter la tension semaine après semaine, jusqu’à une apothéose spectaculaire entre parades géantes, rituels puissants et énergie collective unique dans la Caraïbe.

Une saison entière, pas un simple rendez-vous

Dans les Îles de Guadeloupe, le carnaval ne se résume pas à quelques jours de défilés. Il s’installe progressivement dès le début du mois de janvier et transforme l’archipel pendant plusieurs semaines. La rue devient un espace d’expression permanente, les rythmes s’installent dans le quotidien et chaque dimanche est une nouvelle expérience à travers les communes de l’archipel.

La particularité du carnaval guadeloupéen tient précisément à cette durée. On ne débarque pas pour un événement isolé, on entre dans un cycle. Les déboulés hebdomadaires servent de terrain d’entraînement autant que de révélateur. Les groupes affinent leurs thèmes, les corps s’habituent aux cadences, le public apprend à reconnaître les styles et à suivre les formations qu’il préfère. Cette montée en puissance lente donne tout son sens à l’explosion finale des jours gras.

Les groupes carnavalesques, moteurs du mouvement

Les groupes carnavalesques, par leur diversité, façonnent le tempo et l’identité des défilés, chacun avec sa manière d’occuper la rue.

Les groupes à « po » incarnent l’ancrage culturel le plus profond. Annoncés par l’encens et le claquement des fouets, les tambours traditionnels (tambours chants) et les conques à lambi imposent un rythme répétitif et physique qui transforme la marche en expérience transcendante.

Les groupes à caisses claires allient rigueur rythmique et puissance sonore. Menés par des sections de percussions structurées, ils offrent des prestations très cadencées et dynamiques, avec des costumes souvent sophistiqués, très colorés et inspirés de thèmes choisis.

Les groupes à mas apportent une autre lecture du carnaval. Ici, la satire et l’exagération prennent le dessus. Les costumes jouent avec l’actualité, la caricature et l’absurde, rappelant que le carnaval est aussi un espace de critique sociale,  et de liberté de ton et d’expression.

Les groupes à synthé apportent une touche moderne au carnaval avec des instruments électrifiés, des claviers et des bandes-son. Leurs prestations sont souvent festives et entraînantes, mélangeant musique live et ambiance carnavalesque urbaine.

Personnages, masques et rituels, le théâtre de la rue

© Bruno Balmokoun

Le carnaval guadeloupéen est aussi un immense théâtre à ciel ouvert. Les personnages emblématiques participent pleinement à l’identité visuelle et symbolique de la fête.

Vaval, figure centrale de la saison, accompagne tout le cycle carnavalesque. Roi éphémère et incarnation de l’excès, il est présent dans les esprits bien avant son apparition finale. Sa destinée, scellée lors du Mercredi des Cendres, donne au carnaval une dimension rituelle forte, où la fête se conclut par un moment collectif chargé de sens.

Autour de lui gravitent des silhouettes immédiatement reconnaissables, comme les Moko zombis perchés sur leurs échasses. Leur apparition au-dessus de la foule rappelle la richesse de l’imaginaire carnavalesque local. Masques, maquillages et costumes, parfois minimalistes, parfois spectaculaires, transforment chaque défilé en une scène mouvante. où l’on ne distingue plus vraiment les acteurs du public.

Les jours gras, le cœur battant du carnaval

© Bruno Balmokoun

Après plusieurs semaines de montée progressive, tout converge vers les jours gras, véritable point culminant du carnaval.

Le Dimanche Gras, le 15 février 2026, ouvre cette séquence décisive avec la grande parade de Pointe-à-Pitre. C’est l’un des rendez-vous les plus suivis de la saison. La diversité des groupes engagés et l’ampleur du cortège donnent à cette journée une dimension spectaculaire, où les styles se succèdent sans interruption et où l’énergie collective atteint un premier sommet.

Le Lundi Gras, le 16 février 2026, change radicalement d’atmosphère. À Basse-Terre et Saint-François, les parades nocturnes transforment la perception du carnaval. Les lumières artificielles redessinent les costumes, les rythmes prennent une autre profondeur et la fête devient plus sensorielle. La nuit accentue les contrastes et donne au défilé une intensité presque féérique.

Le Mardi Gras, le 17 février 2026, représente l’apogée absolue. Le grand défilé de Basse Terre concentre tout ce que la saison a préparé. Les costumes sont à leur niveau le plus abouti, les thèmes pleinement lisibles et les mises en scène particulièrement ambitieuses avec des chars majestueux. C’est souvent à ce moment que l’on mesure la pleine diversité du carnaval des Îles de Guadeloupe.

Le Mercredi des Cendres, le 18 février 2026, marque la fin du cycle. La crémation de Vaval clôt la saison dans une atmosphère plus solennelle. La fête laisse place à un moment de recueillement collectif, : le « Brilé Vaval ». Le carnaval se termine comme il a commencé, par un acte partagé.

© Bruno Balmokoun

Un carnaval à vivre, pas seulement à regarder

Ce qui distingue profondément le Carnaval des Îles de Guadeloupe, c’est sa diversité et l’interaction permanente avec le public. Ici, la fête ne se consomme pas à distance. Les cortèges avancent, la foule s’adapte, les rythmes accrochent et entraînent, parfois sans que l’on s’en rende compte.

Pour en saisir toute la richesse, l’idéal reste de combiner les temps. Assister à un déboulé dominical permet de comprendre les codes et de ressentir la progression. Puis viennent les jours gras, lorsque tout ce qui a été construit pendant des semaines explose enfin. À ce moment précis, le carnaval révèle sa vraie nature, non pas comme un événement ponctuel, mais comme une expérience collective totale.

© Bruno Balmokoun
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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.