L'enquête Polynésienne - Épisode 8 : et s'y on essayait par l'ouest ?

Abel, il s’appelle Abel. La VOC lui a confié deux navires de 30 mètres : le Heemskerck et le Zeehaen. Il faut dire que les néerlandais de la première multinationale mondiale s’enhardissent. Déjà En 1609, à l’initiative de Henri IV de France, Philippe III d’Espagne accorde aux sept provinces unies une trêve de douze ans. Le traité de Westphalie en 1648 reconnaitra à la Hollande une indépendance totale envers le royaume d’Espagne.

Pour l’instant en 1642, après que la VOC a capturé Malacca, Abel est chargé de partir dans le Sud pour, venant de l’Est, ouvrir une route maritime australe qui puisse rejoindre et piller les richesses espagnoles du Chili. Et, pourquoi pas, à l’occasion, découvrir cette Terra Australis promesse de richesses minières et de métaux précieux à exploiter. 

Abel quitte Batavia le 14 août 1642 avec 110 hommes et ses 2 navires en direction de l’île Maurice. On ne fera pas l’affront de rappeler que cette île doit son beau nom à Maurice de Nassau, les Hollandais s’étant approprié cette escale sur la route de l’Indonésie 44 ans plus tôt. On repart de Mauritius le 14 octobre 1642 en route vers les latitudes peu accueillantes, les quarantièmes et les cinquantièmes sud, plein Est ! Le 24 novembre, ils aperçoivent, droit devant eux, une terre. Abel la baptise : « Terre de Van Diemen », du nom d’un des commanditaires de l’expédition, le gouverneur général des Indes néerlandaises, Anthony van Diemen.

Hélas pour Van Diemen, cet archipel est aujourd’hui nommé du patronyme d’Abel, ce hardi navigateur, cet Abel, c’est Abel Tasman. Ce sera donc la Tasmanie !

 

Le voyage d’Abel Tasman 1642/43, découvrant au départ de Batavia et en sens inverse des aiguilles d’une montre : la Tasmanie, Aotearo (Nouvelle Zélande), Tonga et Fiji…(PMR)
Le voyage d’Abel Tasman 1642/43, découvrant au départ de Batavia et en sens inverse des aiguilles d’une montre : la Tasmanie, Aotearo (Nouvelle Zélande), Tonga et Fiji…(PMR)

 

Après avoir débarqué dans l’archipel inhabité le 2 décembre, les 2 navires continuent leur exploration vers l’Est le 4 décembre, ils ne le savent pas mais ils vont découvrir par l’Ouest ce monde polynésien objet de notre enquête (WJ).

Onze jours plus tard, le 13 décembre 1642, le journal de bord relève : « vers midi, j’ai vu une grande terre, soulevée en hauteur, au sud-est de nous à environ 15 miles ». L’expédition vient de découvrir l’île du Sud, bien que montagneuse elle se voit décerner le titre de « Nouvelle-Zélande », ce n’est pourtant pas le plat pays... Après avoir fait route au Sud, ils se décident finalement à tourner leurs étraves vers le nord. Le 18 décembre, ils sont proches du passage entre l’île du Nord et celle du Sud, détroit qui ne se découvrit pas à leurs navires. Ils mouillent.

La rencontre avec les autochtones, les Maoris, est telle que Tasman nomme la baie qui les abrite : « Moordenaers Baij », la baie des meurtriers. Ces rudes guerriers ne se laissent pas impressionner par ces solides vaisseaux étrangers, qui viennent faire aiguade et se proposent de leur échanger des babioles, les indigènes tentent de s’emparer des 2 navires. On déplore des morts des 2 bords. Cette baie est rebaptisée de nos jours « Golden Bay ».

 

Les vaisseaux d'Abel Tasman assaillis par les Maoris. 19 décembre 1642, baie des meurtriers. (SA)
Les vaisseaux d'Abel Tasman assaillis par les Maoris. 19 décembre 1642, baie des meurtriers. (SA)

 

L’expédition poursuit sa route vers le Nord et longe la face occidentale de la « Nouvelle-Zélande » durant deux semaines. Le 8 janvier, passé l’île de Motuopao (le cap Maria Van Diemen) qui marque l’extrémité nord-est de l’île du Nord, Tasman pense qu’il est arrivé au nord du tant convoité continent austral, et que, à partir de là, on peut rejoindre l’Amérique du Sud et le cap Horn, il n’a pas tout à fait tort. (WJ)

Quittant Aotearoa et faisant route au NNE, le 21 janvier 1643 les vaisseaux s’ancrent au NW de Tongatapu. L’accueil n’a rien de comparable avec celui des Maoris. Ces gens sont amicaux ! Cook en 1773 baptisera d’ailleurs l’archipel « Friendly Islands ». Durant 3 jours ils échangent de la bibeloterie contre des vivres frais, à la nage certains apportent des noix de coco, Isaac Gilsemans reproduit leur séjour en dessin.

 

Tasman à Tongatapu, on remarquera la similitude du catamaran de voyage avec celle rencontrée par Schouten en 1616, et la foultitude des pirogues locales. (PMR)
Tasman à Tongatapu, on remarquera la similitude du catamaran de voyage avec celle rencontrée par Schouten en 1616, et la foultitude des pirogues locales. (PMR)

 

Le 24 janvier les bateaux font halte dans une île un peu plus au nord : Nomuka. Même accueil, on charge en noix de coco, bananes, arbres à pain. On fait aiguade.

 

L'escale à Nomuka, Royaume de Tonga, les barils d’eau sont amenés vers les chaloupes (PMR)
L'escale à Nomuka, Royaume de Tonga, les barils d’eau sont amenés vers les chaloupes (PMR)

 

L’expédition repart le 1er février, cap au nord-ouest. Elle traverse les Fiji, le Vanuatu, les Salomon et revient à Batavia en juin 1643. Si l’exploit maritime est indéniable, on a frôlé les 50èmes sud, ce n’est pas un succès commercial pour la VOC : pas de continent austral, pas de richesses minières. On l’ignore, mais on a loupé l’Australie et dédaigné la Nouvelle-Zélande. Cependant, pour ce qui nous intéresse, après avoir découvert le point le plus au sud de l’espace polynésien, Tasman en reconnaît l’extrémité occidentale, à savoir l’archipel qui marque la frontière avec le monde mélanésien à l’Est : les Tonga ! et surtout l’angle sud-est du triangle polynésien : Aotearoa, « le pays du long nuage blanc », l’île des Maoris.

A SUIVRE…

(PMR) Posthumus Meyes, R. De REisen van Abel Janszoon Tasman en Franchoys Jacobszoon Viscccher, ter nadere ontdekking van het Zuidland (1919) https://www.atlasofmutualheritage.nl/page/10671/the-expedition-of-abel-tasman-in-search-of-terra-australis

(SA) Sharp, Andrew. The Voyages of Abel Janszoon Tasman Clarendon Press, 1968 - 375 pages Brief references to Aborigines encountered on voyage.
(WJ) Wilson, John. European discovery of New Zealand – Abel Tasman, Te Ara – by John Wilson the Encyclopaedia of New Zealand. Story, published 4 March 2009, updated 1 May 2016.
https://teara.govt.nz/en/european-discovery-of-new-zealand/page-2

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.