Grímsey en été : macareux, falaises et soleil de minuit au nord de l’Islande
Une île minuscule, un voyage déjà dépaysant
À 40 km au nord de la côte islandaise, Grímsey se mérite. On y arrive en ferry depuis Dalvík, après environ 3 h de traversée, ou en avion depuis Akureyri, lorsque les liaisons sont assurées. Dans les 2 cas, le trajet fait déjà partie de l’expérience : la mer, le vent, l’isolement, puis cette île basse et verte qui apparaît au milieu de l’Atlantique Nord.
Grímsey ne couvre qu’un peu plus de 5 km² et compte moins de 100 habitants à l’année. Le village se concentre près du petit port, tandis que le reste de l’île appartient surtout aux oiseaux, aux falaises et aux moutons. Ici, rien ne donne l’impression d’avoir été pensé pour le tourisme de masse. C’est justement ce qui fait la force du lieu : Grímsey reste brute, facile à parcourir, mais intense dès les premières minutes.
Traverser le cercle polaire arctique
Grímsey est surtout connue pour une particularité rare : c’est le seul territoire islandais habité traversé par le cercle polaire arctique. Longtemps, les visiteurs venaient se prendre en photo près d’un repère fixe. Aujourd’hui, le symbole le plus marquant est Orbis et Globus, une sphère de 3 m installée en 2017, qui accompagne le déplacement réel du cercle polaire. Cette ligne n’est pas immobile : elle bouge avec les variations de l’axe terrestre et devrait quitter Grímsey autour de 2047.
Marcher jusqu’à Orbis et Globus, tout au nord de l’île, ce n’est donc pas seulement cocher une case géographique. C’est se tenir sur une frontière mouvante, avec l’océan pour seul horizon.
Le royaume des oiseaux marins
La vraie vie de Grímsey se joue dans les falaises. Au printemps et en été, l’île devient l’un des grands sites d’observation des oiseaux dans le nord de l’Islande. Macareux moines, sternes arctiques, fulmars, guillemots et mouettes tridactyles y nichent par milliers, dans un vacarme permanent. Les macareux restent les vedettes les plus attendues. Avec leur bec coloré et leur démarche maladroite, ils donnent à l’île une dimension presque irréelle. L’observation demande toutefois de la prudence : les nids peuvent être creusés dans les sols herbeux près des falaises. Il faut rester sur les sentiers, garder ses distances et éviter de s’approcher trop près des bords, autant pour sa sécurité que pour ne pas déranger les oiseaux.
Les falaises, mémoire verticale de l’île
Sur la côte est, les falaises de Grímsey tombent parfois de 60 à 100 m vers la mer. Elles donnent à cette petite île une puissance inattendue. Le paysage paraît d’abord doux, avec ses prairies rases et ses chemins faciles, puis il bascule soudain vers le vide, les vagues et les colonies d’oiseaux accrochées à la roche. Ces falaises racontent aussi une part de l’histoire locale. Pendant longtemps, les habitants y récoltaient les œufs d’oiseaux, une ressource précieuse dans un environnement isolé où la mer et les colonies marines faisaient vivre l’île. Aujourd’hui, cette pratique appartient surtout au patrimoine, mais elle rappelle combien la vie à Grímsey a toujours demandé endurance, prudence et connaissance du terrain.
Le phare, cap au sud-est
À l’extrémité sud-est de l’île, le phare jaune de Grímsey apporte une touche presque graphique au paysage. Construit en 1937, il guidait autrefois les marins avec une lampe à gaz allumée manuellement. Désormais automatisé, il reste l’un des repères les plus photographiés de l’île.
On n’y va pas pour visiter un bâtiment, mais pour le décor. Le phare, les falaises, la mer grise ou bleue selon le temps, les oiseaux qui passent dans le vent : tout résume l’esprit de Grímsey. C’est un lieu de bord du monde, sans grand effet spectaculaire, mais avec une force visuelle immédiate.
Quand partir à Grímsey ?
Le printemps et l’été sont les périodes les plus intéressantes pour découvrir Grímsey. En avril et mai, l’île sort progressivement de l’hiver, les journées rallongent vite et les premiers oiseaux reviennent nicher sur les falaises. Les températures restent fraîches, autour de 4 à 7 °C en moyenne au printemps, avec du vent fréquent et une météo qui peut changer très vite.
De juin à août, Grímsey connaît sa saison la plus lumineuse. Les températures moyennes tournent généralement autour de 10 à 12 °C, avec des maximales souvent proches de 13 à 15 °C en plein été. Ce ne sont pas des chaleurs estivales au sens classique, mais les longues journées, les macareux et la lumière presque continue donnent à l’île son atmosphère la plus spectaculaire. Autour du solstice de juin, le soleil reste présent quasiment toute la nuit, avant que le crépuscule ne revienne peu à peu à partir de la fin juillet.
Comment aller à Grímsey ?
Le moyen le plus classique consiste à prendre le ferry depuis Dalvík, sur la côte nord de l’Islande. La traversée dure environ 3 h et fonctionne toute l’année, avec des rotations plusieurs jours par semaine, plus nombreuses en été. C’est l’option la plus maritime, mais aussi celle qui demande le plus de temps et une bonne tolérance à la mer, car les conditions peuvent être remuantes dans cette partie de l’Atlantique Nord.
L’autre possibilité est l’avion depuis Akureyri. Le vol dure environ 30 minutes et permet de rejoindre l’île beaucoup plus rapidement. Norlandair assure des liaisons régulières selon les périodes, avec un programme qui varie entre l’hiver, le printemps et l’été. Pour organiser une visite sur 24 h, il faut donc vérifier les horaires avant de réserver, car les rotations ne permettent pas toujours le même temps sur place.
Grímsey n’a pas besoin de multiplier les attractions pour marquer les esprits. En 24 h, on peut marcher jusqu’au cercle polaire, longer les falaises, observer les macareux, passer près du phare, regarder le village et sentir l’isolement qui donne à l’île son caractère. Ce n’est pas l’Islande des cascades monumentales ou des grands itinéraires routiers. C’est une Islande plus discrète, plus rude, plus maritime. Une petite île de l’Atlantique Nord où la lumière, les oiseaux et le cercle polaire suffisent à faire du voyage une vraie aventure.
Et avant de partir, pensez à consulter les prévisions météo sur La Chaîne Météo Voyage et à télécharger l'application mobile gratuite Bloc Marine.



