L'expédition Gombessa veut percer le mystère des anneaux de corail du cap Corse

Escales
Vendredi 16 juillet 2021 à 11h27

Installés dans une capsule jaune de cinq mètres carrés au large de la Corse, soumis en permanence à la pression des grandes profondeurs sous-marines, quatre plongeurs, dont le photographe Laurent Ballesta, tentent de percer le mystère de vastes anneaux de corail.

Il y a dix ans, une campagne d'exploration par sonar dans le parc naturel marin du cap Corse et de l'Agriate, au nord de cette île méditerranéenne, faisait apparaître un millier de formations coralligènes circulaires, d'un diamètre de 30 mètres.

Situés entre 115 et 140 mètres de profondeur, ces anneaux regorgeant de biodiversité et semblant uniques au monde n'avaient jamais été visités par des plongeurs avant l'expédition Gombessa 6, ce mois-ci.

"Ce sont des dessins inexplicables, certains se touchent, d'autres sont séparés. Certaines porcelaines et des limaces de mer (qui y vivent) pourraient être de nouvelles espèces pour la science", décrit Laurent Ballesta, chef d'expédition, qui a observé dans le passé des requins et mérous au large de la Polynésie française ou exploré les fonds de l'Antarctique.

"C'est extrêmement déroutant: Est-ce qu'on est au milieu de quelque chose de biologique et en construction ou au contraire est-ce qu'on est sur des vestiges de quelque chose qui a eu lieu dans le passé? C'est ça qui attire notre regard, c'est ça qui nous sidère", raconte-t-il.

"Un mystère, on ne s'en lasse pas tant qu'on ne l'a pas résolu", poursuit ce photographe et biologiste français originaire de Montpellier, la voix déformée par le mélange gazeux composé de 94% d'hélium et seulement 6% d'oxygène qui lui permet de respirer au sein de la capsule jaune.

L'échange avec les journalistes se limite à des signes via le hublot et le dialogue se mène par visioconférence.

Car pour plonger au plus près de ces mystérieux "atolls coralligènes", Laurent Ballesta et ses coéquipiers - Antonin Guilbert, Thibault Rauby et Roberto Rinaldi - ont dû accepter de vivre durant trois semaines, du 1er au 20 juillet, dans une "station bathyale".

Cette unité, d'où ils mènent leurs plongées quotidiennes dans les grands fonds, flotte en surface, amarrée à une barge tirée par un remorqueur de la Marine nationale française, et se compose de trois parties: un lieu de vie avec deux lits superposés, une table et un passe-plats pour recevoir la nourriture, un sas vestiaire et une tourelle de plongée.

Dans la capsule jaune, lieu de vie et de repos, ils sont maintenus sous une pression équivalente à celle de 120 mètres de fond - 13 fois plus importante que sur la terre ferme - pour éviter les paliers de décompression à effectuer lors de chaque plongée.

Chaque jour, si la météo le permet, ils plongent durant environ quatre heures à 120 mètres de profondeur. Une tourelle de trois mètres carrés faisant office d'ascenseur leur permet d'atteindre les fonds marins et de s'élancer vers les anneaux.

Ce quotidien consacré à la recherche est rendu possible par une quarantaine de biologistes, techniciens et militaires déployés en soutien, ainsi que par le robot Rov capable d'une reconnaissance à plus de 300 mètres de profondeur, et le Pionnier, ce remorqueur de la Marine nationale française et ses cinq propulseurs indispensables pour garder un positionnement dynamique qui évite d'ancrer l'installation.

"Il y a trois objectifs pour cette mission, pose Julie Deter, directrice scientifique de l'expédition: découvrir l'origine de ces anneaux, inventorier la biodiversité associée à 120 mètres de profondeur sur quatre km2 et identifier les menaces qui pèsent sur ces écosystèmes".

Une trentaine de scientifiques français et étrangers, des universités d'Aix-Marseille mais aussi de Liège, Bruxelles (Belgique), Monaco ou Ancone (Italie) analyseront ensuite "pendant des mois les données prélevées par les plongeurs", explique-t-elle.

Si la houle a perturbé les plongées, Laurent Ballesta espère malgré tout percer le mystère des anneaux. Dans sa capsule jaune, il conserve la photo de ces cercles de corail accrochées au mur.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l'atout voyage et évasion de l'équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l'actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne. Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l'édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com. Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l'Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Norbert Conchin est originaire de Paris mais très vite il prend le large pour découvrir le monde. Un premier voyage aux Antilles sur un Ketch puis un tour du monde dans la Marine lui donne le goût de la navigation. Il prend le chemin des côtes normandes pour exercer sa passion de la voile et de la régate. Décidé à vivre de sa passion, il travaille à partir de 1996 pour différents supports de la presse nautique avant de collaborer au Figaro Nautisme depuis 2017.
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son Targa 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Eric Mas est l'un des fondateur de METEO CONSULT – La Chaîne Météo. Éminent spécialiste de météo, Eric est également un marin passionné qui a routé les plus grands skippers sur toutes les eaux du globe : VDH lors du premier Vendée Globe, Philippe Jeantot, Jean Maurel, Michel Desjoyeaux, Francis Joyon, et tant d'autres. Actuellement il participe au projet de Lalou Roucayrol sur son multi 50.