
Sous un ciel clair de Loire-Atlantique, les Chantiers de l’Atlantique ont célébré, jeudi 27 mars, un moment fort pour l’industrie navale européenne : la livraison du MSC World America, géant des mers flambant neuf, prêt à rejoindre les Caraïbes. Avec ses 333 mètres de long, ses 22 ponts et ses 6 762 passagers à bord, ce paquebot de croisière entre directement dans le cercle très fermé des plus imposants au monde.Le ruban s’est brisé dans une ambiance solennelle, rythmée par Con te partiro, alors que la silhouette monumentale du navire se dressait sur le quai. Ce bâtiment est le second d’une série de cinq paquebots de la classe "World" que la compagnie italo-suisse MSC Cruises prévoit de faire construire à Saint-Nazaire, en partenariat avec les chantiers navals français. Et le programme s’annonce ambitieux : à la cérémonie du 27 mars se sont ajoutés deux autres événements industriels, avec la pose des pièces du futur MSC World Asia, prévu pour 2026, et la découpe de la première tôle du MSC World Atlantic, attendu fin 2027.
Une ville flottante au coût environnemental controverséLe World America, conçu pour naviguer entre Miami et les îles caribéennes, a quitté le port de Saint-Nazaire quelques heures après sa livraison. À son bord, 38 400 m² d’espaces publics, 6 214 cabines, 19 restaurants, sept piscines, des bars, des salles de spectacle… Une véritable ville flottante, où cohabitent près de 8 900 personnes, passagers et membres d’équipage confondus.Mais ce gigantisme a un revers : son empreinte environnementale. Malgré une propulsion au gaz naturel liquéfié (GNL), présentée comme plus vertueuse que le fioul lourd, le navire reste extrêmement énergivore. Selon certaines ONG, un seul paquebot de cette envergure émettrait autant de gaz à effet de serre que 10 000 voitures en une année. MSC affirme néanmoins avoir optimisé sa consommation énergétique et travaille à la mise en place de technologies moins polluantes à bord.
Une stratégie de conquête maritimeAvec cette série de navires géants, MSC affiche ses ambitions : renforcer sa position sur le marché nord-américain et caribéen. Dès le 9 avril, le World America sera officiellement inauguré à Miami, avant d'entamer sa saison inaugurale quelques jours plus tard. Deux itinéraires sont prévus, chacun d’une semaine : le premier mettra le cap sur la République dominicaine, Porto Rico et Ocean Cay, une île privée aux Bahamas aménagée par MSC en club de plage. Le second itinéraire inclut également des escales au Mexique (Cozumel et Costa Maya) et au Honduras (Roatán).« Si vous voulez en construire d’autres, on est là ! », a lancé Laurent Castaing, directeur général des Chantiers de l’Atlantique, aux représentants de la famille Aponte, propriétaires de MSC. Un clin d'œil appuyé à l’importance de ce partenariat industriel stratégique pour la filière navale européenne.
Une vitrine technologique et un symbole de puissanceLe MSC World America, également surnommé « X34 » en interne, illustre le savoir-faire des équipes françaises : près de 3 000 personnes ont œuvré pendant plus de deux ans à sa construction. C’est le 23e navire de la flotte MSC Cruises et le deuxième à sortir des cales de Saint-Nazaire pour la classe "World", après le World Europa livré en 2022.Alors que le secteur de la croisière cherche à se réinventer face aux critiques écologiques, MSC parie sur le luxe, le gigantisme et l’innovation pour continuer à séduire. Le défi est de taille : offrir une expérience unique en mer tout en limitant les dégâts collatéraux sur l’environnement. Pour l’heure, la flotte continue de grandir… et de faire des vagues.