Pendant des décennies, l’idée d’un vaste océan ayant recouvert une partie de Mars a divisé la communauté scientifique. Trop d’incertitudes géologiques, pas assez de preuves directes. Mais une nouvelle étude publiée dans la revue Nature vient aujourd’hui bousculer les certitudes et apporter des indices jugés, cette fois, particulièrement solides.
Menée à partir de données sismiques collectées par la mission InSight de la NASA, cette recherche suggère que d’immenses volumes d’eau pourraient encore être piégés sous la surface martienne, à plusieurs kilomètres de profondeur. Pas sous forme de glace visible, mais stockés dans des roches poreuses, capables de retenir de l’eau liquide sur le long terme.
Des traces enfouies sous la croûte martienne
L’élément clé de cette étude repose sur l’analyse des ondes sismiques générées par des “marsquakes”, l’équivalent martien des séismes terrestres. En observant la manière dont ces ondes se propagent à travers la croûte, les chercheurs ont identifié une zone anormalement riche en matériaux poreux, compatible avec la présence d’eau.
Selon les auteurs, si cette eau était ramenée à la surface, elle serait suffisante pour recouvrir la planète rouge d’un océan profond de plusieurs centaines de mètres, une estimation qui correspond étonnamment bien aux hypothèses formulées à partir d’anciennes lignes de rivage observées depuis l’orbite.
Un océan ancien, puis une planète asséchée
Ces résultats renforcent l’idée qu’Mars n’a pas toujours été le désert glacé que l’on connaît aujourd’hui. Il y a plus de 3 milliards d’années, la planète aurait bénéficié d’un climat plus doux, d’une atmosphère plus épaisse et d’une eau abondante en surface, conditions compatibles avec la formation d’un océan géant dans les basses terres de l’hémisphère nord.
Avec le temps, Mars aurait perdu une grande partie de son atmosphère, entraînant l’évaporation de l’eau de surface. Une fraction aurait été expulsée dans l’espace, une autre piégée sous forme de glace, et une part non négligeable aurait lentement migré vers les profondeurs, emprisonnée dans la croûte.
Des implications majeures pour la recherche de vie
Au-delà de la question géologique, cette découverte relance aussi le débat sur la possible habitabilité passée de Mars. Là où il y a eu de l’eau liquide durable, il y a eu des environnements potentiellement favorables à la vie microbienne. Et si de l’eau subsiste encore aujourd’hui en profondeur, certaines niches pourraient théoriquement rester exploitables, même dans les conditions actuelles. Sans affirmer l’existence de vie passée ou présente, les chercheurs estiment que ces réservoirs souterrains constituent désormais des cibles prioritaires pour les futures missions martiennes, qu’elles soient robotiques ou humaines.
Longtemps considérée comme spéculative, l’hypothèse d’un océan martien gagne ainsi en crédibilité. En croisant observations orbitales, modélisation climatique et désormais données sismiques directes, la planète rouge continue de dévoiler un passé bien plus humide et dynamique qu’on ne l’imaginait encore il y a quelques années. Mars n’a sans doute pas seulement perdu son eau. Elle l’a peut-être simplement cachée, profondément, sous sa surface.
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