
L'AFP a accompagné récemment une mission d'études des fonds marins en Indonésie de l'OceanXplorer, un navire de recherche de l'ONG OceanX qui associe une recherche scientifique de pointe à une stratégie de communication bien rodée. Voici ce qu'il faut savoir sur ce bateau.
Tout équipé
Ancien navire d'exploration pétrolière, l'OceanXplorer a été acquis en 2021 par OceanX, une ONG créée en 2016 par le gestionnaire de fonds spéculatif Ray Dalio et son fils Mark. Il a été réaménagé pour accueillir des laboratoires de séquençage génétique ou encore des hélicoptères capables d'assurer des relevés aériens. Il dispose de deux submersibles, l'un équipé de caméras ultra-haute définition afin de réaliser des contenus multimédias et l'autre destiné à prélever des échantillons à quelque 1.000 mètres de profondeur. Pour les explorations plus profondes, il abrite également un véhicule télécommandé capable de plonger jusqu'à 6.000 mètres de profondeur. Le navire dispose en plus d'un radar de cartographie, de filets spéciaux pour capturer le plancton et d'une sonde dite "CTD", pour mesurer la conductivité électrique, la température et la profondeur. Le bateau réunit donc en un seul lieu un éventail très large de services, de la collecte de données en tous genres à leur analyse. C'est "le rêve de tout chercheur", assure Sekar Mira, spécialiste des cétacés à l'Agence nationale indonésienne pour la recherche et l'innovation (BRIN). "Il n'existe rien de comparable dans le monde", renchérit Andrew Craig, le chef de cette mission, qui vise à étudier la biodiversité d'une chaîne de montagnes sous-marines au large de l'archipel de Célèbes.
Scientifiques locaux
Chaque mission à bord d'OceanXplorer fait appel aux autorités locales, à des instituts de recherche et à une nouvelle équipe de scientifiques locaux. En plus de Sekar Mira, la récente mission en Indonésie a accueilli Husna Nugrahapraja, scientifique de l'Institut technologique de Bandung, qui effectue une "bioprospection" de composés pour de nouveaux médicaments. Nur Fitriah Afianti, biologiste marine au BRIN, examine de son côté les déchets plastiques provenant de milliers de mètres sous la surface à la recherche de microbes susceptibles de les digérer.
ADN environnemental
Les scientifiques invités sont soutenus par des experts d'OceanX tels que Larissa Frühe, spécialiste de l'ADN environnemental (ADNe). Cette technique, qui consiste à collecter et analyser des échantillons génétiques provenant de l'eau, de l'air ou du sol et non directement prélevés sur un organisme, est "la plus cool" qui soit, en raison de son potentiel à identifier des espèces longtemps après leur présence dans un environnement donné. Sous forme de plumes, de poils, d'écailles ou même d'excréments, "chaque organisme libère son ADN dans son environnement", explique Mme Frühe.
Au sein de la mission, Alex Masengi, un spécialiste du coelacanthe, étudie jusqu'à quelle profondeur ce poisson "fossile vivant" peut vivre. Pour ce faire, il filtre l'eau prélevée à plus de 900 mètres de profondeur à la recherche d'ADN de ce très rare poisson carnivore qui vit habituellement entre 150 et 700 mètres de profondeur.
Navire télégénique
OceanX a fait appel à des designers hollywoodiens pour rendre télégénique le navire, avec un "centre de contrôle" futuriste et un éclairage personnalisable pour des conditions de tournage optimales. Un investissement réussi, au vu des quelque quatre millions d'abonnés de l'ONG sur TikTok. OceanX ne communique pas sur le budget de fonctionnement de son navire, mais sa déclaration fiscale de 2024 de sa société mère fait état de plus de 44 millions de dollars de dépenses. Une grande partie de cette somme provient de la famille Dalio, bien que des subventions externes contribuent également au financement des missions. Les expéditions OceanXplorer ont donné lieu à des dizaines d'articles scientifiques, traitant de sujets aussi variés que le comportement des requins en eaux profondes dans la mer Rouge ou les baleines et les dauphins au large de l'Indonésie. Une équipe d'OceanX a filmé des images rares de coelacanthe au large de l'Indonésie en 2024.
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