Métaux, abysses et navigation durable : le réveil brutal des fonds marins

Culture nautique
Par Virginie Lepoutre

Une étude vient de démontrer qu’une exploitation minière expérimentale en grande profondeur a provoqué une chute de 37 % des animaux des fonds marins dans les zones directement impactées. Nos actions, on le sait, impactent directement ce milieu que nous aimons tant. Alors, comment essayer de naviguer plus « durablement » en 2026 ?

Une étude vient de démontrer qu’une exploitation minière expérimentale en grande profondeur a provoqué une chute de 37 % des animaux des fonds marins dans les zones directement impactées. Nos actions, on le sait, impactent directement ce milieu que nous aimons tant. Alors, comment essayer de naviguer plus « durablement » en 2026 ?
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Au large, la mer a cette capacité à tout remettre à sa place. Le bateau avance, l’équipage pense météo, manœuvres, quarts et autonomie. Et pourtant, une part croissante de ce confort moderne repose sur des métaux devenus stratégiques, présents dans les batteries, l’électronique embarquée ou certains équipements désormais courants à bord. Depuis quelques années, cette course aux ressources a ouvert un nouveau front, invisible pour la plupart des marins, sur les plaines abyssales.
Fin 2025, une étude scientifique majeure, parue dans la revue Nature, est venue poser un chiffre précis sur ce que signifie concrètement une exploitation minière testée en grande profondeur. Dans les sillons laissés par un engin collecteur, l’abondance des animaux vivant dans les fonds marins a chuté de 37 %. La diversité des espèces y a également reculé de près d’un tiers. Ces résultats, obtenus par comparaison avec les mêmes zones avant l’intervention, marquent un tournant dans la compréhension des impacts réels de ces activités.


La trace laissée au fond, une réalité qui parle aux marins

L’un des enseignements les plus frappants de cette étude tient à la nature même de l’impact observé. La baisse de la biodiversité est concentrée dans les zones directement labourées par la machine, là où le fond est physiquement remanié, écrasé et retourné. À l’inverse, le panache de sédiments remis en suspension n’a pas montré d’effet mesurable sur l’abondance des espèces à court terme dans ce cas précis.
Pour un marin, cette distinction est parlante. En mer, la trace compte parfois plus que l’événement. Une manœuvre, un mouillage mal choisi ou un passage répété peut transformer durablement un milieu. À plusieurs milliers de mètres de profondeur, la logique est la même, mais avec une capacité de régénération bien plus lente, parfois évaluée en décennies.
Les scientifiques qui ont rédigé cette étude, rappellent aussi que les écosystèmes abyssaux connaissent des variations naturelles importantes, liées notamment aux apports de matière organique provenant de la surface. Cette variabilité complique l’interprétation et impose des suivis de longue durée. Autrement dit, les 37 % observés ne constituent probablement pas un plafond, mais un premier indicateur mesuré dans des conditions encore très encadrées.


Une gouvernance encore fragile face à des enjeux industriels majeurs

En théorie, l’exploitation minière des grands fonds marins est strictement encadrée par une autorité internationale chargée de réguler les activités en haute mer. En pratique, les règles définitives tardent à être adoptées, alors même que la pression économique s’intensifie.
La demande mondiale en métaux dits « rares », indispensables à la transition énergétique, pousse certains acteurs à accélérer. Cette tension a récemment conduit à des tentatives de contournement des cadres internationaux existants, relançant un débat juridique et politique d’ampleur. Dans le même temps, plusieurs États ont suspendu ou ralenti leurs projets sous la pression de la communauté scientifique et de l’opinion publique.
Pour la plaisance, ces arbitrages sont loin d’être neutres. Ils conditionnent la crédibilité des filières industrielles, la fiabilité des bilans environnementaux affichés et, à terme, le véritable coût écologique des équipements utilisés à bord.

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Naviguer durablement en 2026, au-delà du débat moteur thermique contre électrique

Réduire la navigation durable à une opposition entre motorisations serait une erreur. Les 37 % de perte de vie observés sur les fonds marins rappellent surtout que toute transition peut déplacer ses impacts si elle n’est pas pensée dans sa globalité.
Le premier levier reste la sobriété d’usage. Avant de chercher à changer l’énergie qui alimente votre moteur, il faut réduire les besoins. À bord, cela passe par une consommation maîtrisée, un choix raisonné des équipements, un entretien régulier évitant les surconsommations et une navigation qui privilégie la voile dès que les conditions le permettent. Ces gestes, souvent perçus comme évidents, ont pourtant un effet cumulatif considérable à l’échelle d’une flotte de plaisance mondiale.
Le second levier concerne la durée de vie des équipements. L’impact environnemental d’un système ne se limite pas à son usage, mais commence dès son extraction et sa fabrication. Prolonger la vie d’un parc de batteries, réparer plutôt que remplacer, choisir des équipements évolutifs et réparables, limite la pression sur les ressources. Cette logique rejoint les travaux engagés par l’industrie nautique sur l’analyse du cycle de vie des bateaux, afin de sortir des discours approximatifs et de s’appuyer sur des données mesurables.
Le troisième levier est celui de la trace locale. Comme pour les engins miniers, ce sont souvent les impacts directs et répétés qui transforment durablement un milieu. Le choix des zones de mouillage, la gestion de l’ancrage, la limitation des rejets et des pollutions diffuses sont des actions concrètes, quotidiennes, qui conditionnent l’état des sites fréquentés d’une saison à l’autre.


La météo, un outil de sobriété souvent sous-estimé

La navigation durable passe aussi par l’anticipation. Une route bien choisie, une fenêtre météo exploitée pour éviter le recours excessif au moteur, une vitesse adaptée pour limiter l’usure et la consommation réduisent à la fois le risque et l’empreinte environnementale.
En 2026, naviguer durablement, c’est aussi naviguer mieux préparé. La qualité de l’information météorologique devient un levier direct de sobriété, au même titre que le choix des équipements ou des usages à bord.


Ce que disent vraiment ces 37 %

Ce chiffre ne constitue ni une condamnation définitive, ni un détail anecdotique. Il rappelle une règle fondamentale partagée par tous les marins : lorsque l’on connaît mal un milieu, chaque intervention lourde comporte un risque durable. Il rappelle aussi que la transition écologique ne peut se limiter à des solutions techniques déconnectées de leurs chaînes d’approvisionnement.
Le plaisancier n’a pas la main sur les abysses. En revanche, il a la responsabilité de ses usages, de la durée de vie de son bateau, de la cohérence entre ses choix et le discours qu’il porte sur la mer. Naviguer durablement en 2026 ne signifie pas naviguer sans impact, mais naviguer en connaissance de cause, en laissant le moins de traces possibles, visibles ou invisibles.

Et avant de partir en mer, ayez les bons réflexes en consultant la météo sur METEO CONSULT Marine et en téléchargeant l'application mobile gratuite Bloc Marine.

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.