Or africain du XVIIIe siècle : l’épave d’un navire pirate bouscule 300 ans de préjugés

Par Le Figaro Nautisme

 

Longtemps, les marchands européens ont affirmé que l’or venu de la côte ouest-africaine était volontairement “impur”, voire falsifié. Une étude publiée en 2026 vient sérieusement ébranler cette vieille idée. En analysant des objets en or retrouvés dans l’épave du Whydah Gally, un célèbre navire pirate englouti en 1717 au large de Cape Cod, des chercheurs montrent que cet or correspond en réalité très bien à la composition naturelle de gisements exploités en Afrique de l’Ouest.

Le Whydah Gally n’est pas une épave comme les autres. Ce navire, capturé par le pirate Samuel Bellamy, a sombré le 26 avril 1717 au large du Massachusetts. Son site a livré, au fil des recherches, une collection exceptionnelle de plus de 300 objets en or attribués au monde akan, en Afrique de l’Ouest. Pour les chercheurs, cet ensemble constitue une occasion rare : il s’agit de l’un des plus importants lots d’objets en or akan datés avec précision au début du XVIIIe siècle. C’est précisément cette datation fiable qui donne toute sa valeur à l’étude. Jusqu’ici, beaucoup de jugements sur la “qualité” de l’or africain reposaient surtout sur des témoignages européens, souvent partiaux, spéculatifs et peu étayés par des analyses matérielles. En travaillant directement sur ces objets issus de l’épave, les scientifiques ont pu revenir aux faits, loin des récits hérités de l’époque coloniale.

 

Ce que révèle l’analyse de l’or

Pour mener leur enquête, les chercheurs ont utilisé des techniques d’analyse comme la fluorescence X portable et la microscopie électronique à balayage. Leur conclusion est nette : il existe peu d’indices d’une adultération délibérée de cet or par les marchands africains. Sa composition élémentaire s’accorde au contraire avec celle d’alliages naturels provenant de gisements exploités dans l’actuel Ghana, au cœur des réseaux commerciaux akan. Autrement dit, l’“impureté” souvent dénoncée par certains Européens ne relevait pas forcément d’une fraude. Elle correspondait en grande partie à la nature même du métal extrait. Cette nuance change beaucoup de choses : elle remet en cause une accusation répétée pendant des siècles et invite à revoir la manière dont les échanges commerciaux entre Européens et Africains ont été racontés.

 

L’or akan, un pilier du commerce ouest-africain

L’étude rappelle aussi une réalité souvent sous-estimée : l’orfèvrerie akan occupait une place centrale dans l’histoire économique et culturelle de l’Afrique de l’Ouest. L’or circulait depuis des siècles sur la côte dite “de l’Or”, et il constituait une marchandise majeure dans les échanges avec les Européens. Les objets retrouvés dans le Whydah témoignent non seulement de cette richesse, mais aussi du haut niveau de savoir-faire métallurgique des sociétés concernées. Les auteurs restent prudents sur un point : ils ne prétendent pas identifier avec certitude l’origine exacte de chaque pièce retrouvée dans l’épave. Mais l’ensemble stylistique et technique renvoie bien au monde akan, et l’intérêt de ces objets dépasse largement le cadre du butin pirate. Ils deviennent ici des archives matérielles capables d’éclairer autrement l’histoire du commerce atlantique.

 

Une découverte qui corrige un vieux récit européen

Le plus frappant dans cette affaire n’est peut-être pas seulement la découverte scientifique, mais ce qu’elle oblige à réviser. Pendant longtemps, les descriptions européennes ont présenté l’or ouest-africain comme douteux, dégradé ou volontairement trafiqué. En apportant des données mesurables, l’étude montre que ces jugements relevaient aussi de biais anciens, ancrés dans une vision hiérarchisée et souvent méprisante des productions africaines.

C’est là tout l’intérêt de l’archéologie lorsqu’elle croise les sciences des matériaux : elle ne se contente pas de sortir des objets du passé, elle peut aussi démonter des idées reçues qui ont traversé les siècles. Dans le cas du Whydah Gally, une épave associée à l’imaginaire pirate permet ainsi de réévaluer une partie de l’histoire économique de l’Atlantique.

 

Quand un bateau pirate réécrit l’histoire

Il y a quelque chose de presque ironique dans cette découverte. Un navire pirate, chargé d’objets pillés et disparu dans l’Atlantique il y a plus de 300 ans, devient aujourd’hui une source précieuse pour mieux comprendre les échanges entre l’Europe, l’Afrique de l’Ouest et le monde atlantique. Sous les concrétions, les fragments et les trésors récupérés, ce ne sont pas seulement des richesses qui ressurgissent, mais une vérité historique plus nuancée. Loin du fantasme du coffre au trésor, l’épave du Whydah raconte donc autre chose : comment la science peut corriger des récits anciens, redonner leur place aux savoir-faire africains et rappeler qu’en histoire, les préjugés survivent parfois beaucoup plus longtemps que les faits.

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
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Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.