
Les mangroves, essentielles pour l'équilibre du climat, pourraient moins absorber de carbone et même commencer à en émettre avec la montée du niveau des mers, mettent en garde des chercheurs dans une étude publié mercredi.
Les mangroves forment un ensemble de végétation résistante au sel qui se développe entre la terre et les eaux dans les régions tropicales et subtropicales.
Elles sont essentielles à des milliers d'espèces, protègent les côtes de l'érosion mais ont aussi une capacité exceptionnelle à séquestrer le carbone, l'empêchant de rejoindre l'atmosphère pour réchauffer un peu plus le climat.
Les mangroves peuvent stocker trois fois ou quatre fois plus de carbone que des forêts tropicales de même taille, grâce à la photosynthèse mais surtout à la nature de leurs sols, gorgés d'eau et privés d'oxygène, ce qui ralentit la décomposition de la matière organique et limite fortement les émissions de CO2.
Une équipe internationale de chercheurs, qui publie ses travaux dans la revue Earth's Future, a développé un nouveau modèle pour évaluer comment la montée du niveau des mers affecterait cette capacité.
"A des endroits précis de la forêt de mangrove, la hausse du niveau des mers peut augmenter le stockage du carbone en encourageant la production de matières organiques riches en carbone", concluent les scientifiques.
"Cependant, à l'échelle de l'ensemble du littoral, cette montée du niveau de la mer réduit en général le stockage total du carbone en raison de la disparition des mangroves et de l'érosion des sols", ajoutent-ils.
"Leur rôle dans l'atténuation du changement climatique à l'avenir est peut-être moins assuré que ce que suggèrent les mesures localisées seules", souligne auprès de l'AFP Arya Iwantoro, chercheur à l'université britannique Plymouth.
Il souligne que les évolutions pourront différer au sein d'un même écosystème de mangroves: "les parties proches de sources de sédiments, comme les abords des rivières, pourront s'adapter à la montée des eaux plus longtemps, tandis que les zones plus éloignées deviendront de plus en plus vulnérables à mesure que la montée du niveau de la mer s'accélère".
La montée du niveau des mers est une conséquence du réchauffement climatique, qui dilate les masses d'eau des océans et fait fondre glaciers de montagne et calottes glaciaires.
"Les plantes des mangroves sont hautement spécialisées et nécessitent une certaine durée d'immersion à chaque marée", explique Luisa Fernanda Gómez Vargas, de l'université d'Exeter.
"Si cette période est dépassée, un site ne sera plus propice: les plantes vont +se noyer+ et les mangroves vont dépérir", souligne-t-elle.
Pour préserver les mangroves, "nous devons protéger les forêts existantes, restaurer les mangroves dégradées dans les endroits qui s'y prêtent, maintenir l'apport de sédiments là où c'est possible, et préserver de l'espace pour la migration des mangroves à l'intérieur des terres quand les eaux montent", prône Arya Iwantoro.
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