
Invisible à l'œil nu, le plancton joue pourtant un rôle essentiel dans l'équilibre des océans. Mais une récente étude met en évidence un signal préoccupant : certaines espèces de plancton développent désormais des coquilles plus fines sous l'effet de l'acidification des océans. Un phénomène discret en apparence, mais qui pourrait avoir des conséquences bien plus vastes sur l'ensemble de la chaîne alimentaire marine.
Quand l'océan absorbe notre CO₂
Chaque année, les océans captent près d'un quart du dioxyde de carbone émis par les activités humaines. Cette capacité limite en partie le réchauffement climatique, mais elle a un revers : en dissolvant ce CO₂, l'eau de mer devient progressivement plus acide. Cette modification de la chimie des océans réduit la quantité d'ions carbonate, indispensables à de nombreux organismes marins pour fabriquer leur squelette ou leur coquille en carbonate de calcium. Coraux, huîtres, moules, ptéropodes… mais aussi une partie du plancton figurent parmi les espèces les plus sensibles à cette évolution.
Les chercheurs ont observé que certains organismes planctoniques calcaires produisent désormais des coquilles plus fines et moins résistantes. Si ces différences semblent minimes à l'échelle d'un individu, elles deviennent préoccupantes lorsqu'elles concernent des milliards d'organismes répartis dans tous les océans. Des coquilles plus fragiles rendent ces micro-organismes plus vulnérables aux prédateurs et aux conditions environnementales, ce qui pourrait affecter leur survie à long terme.
Un maillon essentiel de la vie marine
Le plancton constitue la base de nombreux réseaux alimentaires marins. Poissons, crustacés, méduses, baleines ou encore oiseaux marins dépendent directement ou indirectement de cette ressource. Au-delà de son rôle alimentaire, une partie du plancton participe également au stockage du carbone. En mourant, ces organismes entraînent une partie du carbone qu'ils contiennent vers les profondeurs océaniques, contribuant ainsi à limiter la quantité de CO₂ présente dans l'atmosphère. Toute modification de leur abondance ou de leur capacité à se développer pourrait donc avoir des répercussions bien au-delà du seul milieu marin.
Un indicateur de la santé des océans
Pour les scientifiques, l'amincissement des coquilles constitue avant tout un indicateur précoce des effets du changement climatique sur les écosystèmes marins. D'autres organismes calcaires montrent déjà des signes similaires, qu'il s'agisse des récifs coralliens, des mollusques ou de certains petits escargots marins particulièrement sensibles à l'acidification. Si les océans continuent d'absorber toujours plus de CO₂, ces transformations pourraient s'accélérer au cours des prochaines décennies. Un rappel que les effets du changement climatique ne se limitent pas à la hausse des températures : ils modifient également en profondeur la chimie des mers, jusque dans les organismes les plus discrets… mais aussi parmi les plus indispensables à la vie marine.
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