Requin pèlerin : le géant paisible qui traverse nos mers la bouche grande ouverte

Culture nautique
Par Le Figaro Nautisme

Impressionnant par sa taille mais totalement inoffensif pour l’homme, le requin pèlerin fascine autant qu’il intrigue. Deuxième plus grand poisson du monde, ce géant des océans se nourrit exclusivement de plancton et sillonne les eaux tempérées, parfois même près des côtes françaises. Rencontre avec un colosse discret, lent et étonnamment fragile, dont la présence rappelle que les mers européennes abritent encore des créatures hors normes.

Impressionnant par sa taille mais totalement inoffensif pour l’homme, le requin pèlerin fascine autant qu’il intrigue. Deuxième plus grand poisson du monde, ce géant des océans se nourrit exclusivement de plancton et sillonne les eaux tempérées, parfois même près des côtes françaises. Rencontre avec un colosse discret, lent et étonnamment fragile, dont la présence rappelle que les mers européennes abritent encore des créatures hors normes.
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Un géant des mers qui peut dépasser 10 mètres

Le requin pèlerin (Cetorhinus maximus) fait partie de ces animaux marins qui marquent les esprits dès la première rencontre. Avec une longueur pouvant atteindre 8 à 10 mètres, et parfois davantage pour les plus grands spécimens, il se classe juste derrière le requin-baleine parmi les plus grands poissons de la planète. Son poids peut dépasser 4 tonnes, soit l’équivalent d’un petit camion, ce qui renforce encore l’impression de puissance qu’il dégage lorsqu’il apparaît en surface.
Son apparence peut impressionner. Une énorme bouche ouverte, des nageoires massives, un corps sombre qui glisse lentement sous la surface. Pourtant, ce géant n’a rien d’un prédateur redoutable. Il évolue paisiblement dans les eaux tempérées de l’Atlantique Nord, du Pacifique ou encore de la Manche, où il apparaît régulièrement au printemps et en été, lorsque la nourriture devient abondante. Sa vitesse de déplacement est modérée, souvent inférieure à 5 km/h. Il nage lentement, en surface, comme s’il se laissait porter par la mer et les courants. Cette attitude tranquille lui a d’ailleurs valu son nom. Le terme "pèlerin" évoque son comportement calme et ses longues migrations saisonnières, parfois sur plusieurs milliers de kilomètres entre les zones d’alimentation et les zones de reproduction.

 

Une bouche immense… pour filtrer du plancton

Ce qui frappe immédiatement chez le requin pèlerin, c’est sa bouche gigantesque, capable de s’ouvrir sur plus d’un mètre de large. Mais cette impressionnante cavité ne sert pas à chasser des proies rapides. Elle fonctionne comme un véritable filtre naturel, parfaitement adapté à son mode de vie. Le requin pèlerin se nourrit presque exclusivement de plancton, de petits crustacés et de larves microscopiques. Pour cela, il nage la bouche ouverte en permanence, laissant l’eau entrer puis ressortir à travers ses branchies. Des structures spécialisées, appelées branchiospines, retiennent les particules alimentaires, un peu comme un tamis biologique.
Chaque heure, un individu adulte peut filtrer plusieurs milliers de mètres cubes d’eau, ce qui représente une quantité considérable. Cette méthode d’alimentation exige une présence régulière dans des zones riches en plancton, souvent liées aux remontées d’eaux froides ou aux courants marins. C’est la raison pour laquelle on observe parfois ces requins dans des zones bien précises pendant quelques semaines, avant qu’ils ne disparaissent soudainement.
Cette stratégie alimentaire explique son comportement paisible. Le requin pèlerin n’a aucun intérêt à poursuivre des proies rapides ni à attaquer de grands animaux. Pour l’homme, il ne représente aucun danger, même lors d’une rencontre rapprochée.

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Une présence régulière dans les eaux européennes

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le requin pèlerin n’est pas une espèce exotique. Il fréquente régulièrement les eaux européennes, notamment au large de la Bretagne, de l’Irlande, de l’Écosse ou de la Norvège. On peut également l’observer en Méditerranée occidentale, même si les rencontres y restent plus rares et souvent imprévisibles.
Ces apparitions sont généralement liées à la concentration de plancton. Lorsque les conditions sont favorables, plusieurs individus peuvent se rassembler dans une même zone, créant des scènes spectaculaires pour les navigateurs, les pêcheurs ou les observateurs en mer. Dans certaines régions, ces regroupements saisonniers sont attendus chaque année, presque comme un rendez-vous naturel.
Les observations en surface sont fréquentes car l’animal se nourrit principalement dans les couches supérieures de l’eau. Il est donc parfois visible depuis un bateau, une falaise ou même une plage par mer calme. Sa nageoire dorsale triangulaire, haute et bien visible, peut être confondue avec celle d’un grand requin prédateur, ce qui explique certaines frayeurs injustifiées. Pour les plaisanciers, la rencontre est généralement mémorable. Un dos sombre qui fend l’eau, une nageoire dorsale imposante, puis cette immense bouche ouverte qui glisse lentement sous la surface. Un spectacle impressionnant, mais parfaitement pacifique, qui laisse souvent un souvenir durable.

 

Un animal discret mais vulnérable

Malgré sa taille impressionnante, le requin pèlerin reste une espèce fragile. Sa croissance est lente et sa reproduction particulièrement rare. La femelle met bas après une gestation qui pourrait durer plus de 2 ans, l’une des plus longues connues chez les poissons. Le nombre de petits est limité, ce qui rend le renouvellement de la population très lent. Cette lenteur biologique rend l’espèce très sensible aux pressions humaines. Historiquement, le requin pèlerin a été intensément chassé pour son huile, extraite de son foie, utilisée dans l’éclairage et l’industrie. Au début du XXe siècle, certaines populations ont fortement décliné, notamment dans l’Atlantique Nord.
Aujourd’hui, la pêche ciblée a fortement diminué, mais les menaces persistent. Les collisions avec les navires, les filets de pêche et la pollution marine restent des risques réels. Le changement climatique pourrait également modifier la distribution du plancton, et donc les routes migratoires de l’espèce, ce qui inquiète les scientifiques. Dans plusieurs régions du monde, le requin pèlerin est désormais protégé. En Europe, il bénéficie d’un statut de conservation renforcé et sa capture est strictement interdite. Les programmes de suivi se multiplient afin de mieux comprendre ses déplacements et d’anticiper les évolutions futures de sa population.

Une rencontre rare qui marque les esprits

Voir un requin pèlerin en mer est souvent une expérience inoubliable. Non pas pour la peur qu’il inspire, mais pour la sensation de croiser un animal hors norme, calme et majestueux, dont la présence semble presque irréelle. Sa taille impressionne, son comportement rassure, et sa silhouette massive rappelle à quel point les océans abritent encore des géants discrets, loin de l’image souvent agressive associée aux requins. Pour beaucoup de marins, cette rencontre devient un moment marquant d’une navigation, un instant suspendu qui reste gravé dans la mémoire.
Le requin pèlerin incarne une autre facette du monde marin. Celle d’un géant pacifique, silencieux, qui traverse les mers lentement, la bouche ouverte, à la recherche de minuscules organismes invisibles à l’œil nu, et dont la présence rappelle la richesse fragile de nos océans.

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
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Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.