Ces animaux marins qui hibernent eux aussi… ou presque

Culture nautique
Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

Dans l’océan, l’hiver ne provoque pas toujours un grand sommeil au sens strict. Mais il déclenche souvent autre chose : une mise au ralenti, une torpeur saisonnière, une diapause ou une estivation selon les espèces et les milieux. Tortues marines, poissons côtiers, concombres de mer ou minuscules crustacés du plancton ont chacun leur façon de passer la mauvaise saison, ou de survivre aux périodes les plus dures.

Dans l’océan, l’hiver ne provoque pas toujours un grand sommeil au sens strict. Mais il déclenche souvent autre chose : une mise au ralenti, une torpeur saisonnière, une diapause ou une estivation selon les espèces et les milieux. Tortues marines, poissons côtiers, concombres de mer ou minuscules crustacés du plancton ont chacun leur façon de passer la mauvaise saison, ou de survivre aux périodes les plus dures.

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En mer, la vraie hibernation est rare, mais le ralentissement est partout

Quand on parle d’hibernation, on pense d’abord aux mammifères terrestres capables de faire chuter fortement leur température corporelle et leur métabolisme pendant de longues semaines. Dans le monde marin, les cas comparables existent surtout sous des formes voisines, mais pas identiques. Les biologistes parlent alors plus volontiers de torpeur, de brumation chez les reptiles, de diapause chez certains invertébrés, ou encore d’estivation quand le ralentissement est provoqué par la chaleur plutôt que par le froid. Autrement dit, l’océan ne manque pas d’animaux “endormis”, mais ils ne le font pas tous de la même manière. Cette nuance est importante, car elle évite de mettre dans le même sac des stratégies très différentes. Chez les mammifères marins, par exemple, l’hiver se traduit souvent davantage par des migrations ou un changement de rythme que par une véritable hibernation. Les baleines effectuent de longues migrations saisonnières entre zones d’alimentation et zones de reproduction, tandis que les dauphins restent actifs, avec des phases de repos bien réelles mais sans “grand sommeil hivernal” comparable à celui d’une marmotte.

 

Les tortues marines : plus brumation que vraie hibernation

Chez les tortues marines, le mot juste est souvent brumation plutôt qu’hibernation. Certaines tortues, notamment dans des zones côtières où l’eau refroidit fortement, réduisent nettement leur activité et peuvent rester longtemps au repos sur le fond. Des documents de la NOAA signalent ainsi des comportements de repos prolongé, parfois enfouies dans des sédiments mous, décrits comme une forme de brumation. Mais il faut distinguer ce ralentissement contrôlé d’un phénomène beaucoup plus brutal : le cold stunning. Lorsque la température de l’eau chute rapidement sous 10 °C, de nombreuses tortues deviennent léthargiques, perdent leur capacité à nager correctement et peuvent dériver en surface ou s’échouer. Ce n’est pas une stratégie normale de repos hivernal, mais une détresse physiologique liée au froid. C’est précisément ce qui rend le sujet intéressant : chez une même grande famille d’animaux, la frontière peut être mince entre adaptation saisonnière et véritable mise en danger.

 

Les poissons aussi savent lever le pied en hiver

Le ralentissement saisonnier existe aussi chez certains poissons côtiers. C’est le cas du labre merlette ou ballan wrasse (Labrus bergylta), bien connu dans l’Atlantique Nord Est. Des travaux récents rappellent que des individus observés dans la Manche entrent en dormance ou en torpeur hivernale lorsque la température moyenne de l’eau tourne autour de 8,2 °C. Leur activité diminue alors fortement, au point que cette espèce devient beaucoup moins active dans les élevages salmonicoles quand l’eau se refroidit. Ce type de stratégie est moins spectaculaire qu’une hibernation au sens classique, mais il répond à la même logique énergétique : quand l’environnement devient moins favorable et que les dépenses risquent de dépasser les gains, mieux vaut ralentir. Pour certains poissons marins, l’hiver n’est donc pas tant une saison d’arrêt complet qu’une saison d’économie stricte.

 

Le grand sommeil discret des concombres de mer

Parmi les exemples les plus étonnants, les concombres de mer occupent une place de choix. Chez plusieurs espèces, le ralentissement ne survient pas en hiver mais en période chaude : on parle alors d’estivation. Chez Apostichopus japonicus, espèce tempérée très étudiée, l’entrée en estivation commence lorsque la température de l’eau atteint environ 20 à 24,5 °C. L’animal cesse alors de s’alimenter, son activité ralentit fortement et des modifications internes importantes apparaissent, notamment au niveau du tube digestif. 
Ce n’est donc pas une “hibernation d’hiver”, mais le mécanisme est très proche dans son principe : survivre à une période défavorable en abaissant la dépense énergétique au minimum. Cette parenté de fonctionnement montre bien qu’en mer, le sommeil saisonnier n’est pas seulement une affaire de froid. Chez certaines espèces, c’est au contraire la chaleur qui impose la pause.

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Dans le plancton et chez les méduses, l’attente peut durer des mois

L’océan abrite aussi des dormeurs minuscules, invisibles pour la plupart des navigateurs. Chez des copépodes du genre Calanus, très importants dans les chaînes alimentaires arctiques et subarctiques, l’hiver peut être passé en diapause dans des couches profondes. Durant cette phase, les animaux cessent de se nourrir, abaissent leur métabolisme et vivent sur leurs réserves lipidiques, à l’abri relatif des prédateurs et du manque de nourriture de surface.  Les méduses, elles aussi, ont leur manière d’attendre des jours meilleurs. Certaines espèces ne “passent” pas l’hiver sous forme de méduse libre, mais sous forme de polype fixé ou de structures dormantes capables de patienter longtemps jusqu’au retour de conditions favorables. Smithsonian rapporte même que certains polypes de méduses peuvent rester dormants pendant des années avant de relancer la production de nouvelles méduses.

 

Plus qu’un sommeil, une leçon d’adaptation

Ce que révèle ce bestiaire marin, c’est que l’océan ne connaît pas une seule façon de dormir. Entre la brumation des tortues, la torpeur hivernale de certains poissons, la diapause du zooplancton et l’estivation des concombres de mer, la vie marine déploie tout un éventail de stratégies pour encaisser le froid, la chaleur ou la pénurie de nourriture. 
Dire que ces animaux “hibernent” n’est donc pas complètement faux, à condition de préciser qu’en mer, le mot recouvre des réalités beaucoup plus variées qu’à terre. Et c’est justement ce qui rend ces espèces fascinantes : là où l’on imagine un monde perpétuellement en mouvement, beaucoup ont appris, au contraire, à survivre en s’effaçant presque.

 

 

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Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Denis Chabassière
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Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel Ulrich navigue maintenant en plaisance sur son TARGA 35+ le long de la côte atlantique. Par ailleurs, il ne rate pas une occasion d’embarquer sur des navires de charge, de travail ou de services maritimes. Il nous fait partager des expériences d’expédition maritime hors du commun.
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.