Pourquoi des scientifiques ont-ils volontairement coloré l'océan en rose ? Une expérience qui relance le débat sur le climat

Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

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Voir une vaste tache rose vif apparaître en plein océan a de quoi surprendre. Pourtant, ce n'était ni une pollution accidentelle, ni une fuite industrielle. À l'été 2025, des chercheurs américains ont déversé près de 62 000 litres de soude caustique diluée dans le golfe du Maine, au large des États-Unis, accompagnés d'un colorant rose fluorescent. Une opération spectaculaire, autorisée par l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA), qui avait un objectif bien précis : tester une nouvelle piste pour aider l'océan à capter davantage de dioxyde de carbone (CO₂). Cette expérience, inédite à une telle échelle, suscite autant d'espoir que d'interrogations.

Faire de l'océan un meilleur « puits de carbone »

Les océans jouent déjà un rôle essentiel dans la régulation du climat. Depuis le début de l'ère industrielle, ils ont absorbé environ un quart à un tiers des émissions de CO₂ produites par les activités humaines. Mais cette capacité n'est pas illimitée et s'accompagne d'un phénomène préoccupant : l'acidification des océans.

Pour tenter de renforcer ce mécanisme naturel, les chercheurs travaillent sur une technique appelée l'amélioration de l'alcalinité des océans (Ocean Alkalinity Enhancement, ou OAE). Son principe est relativement simple : augmenter légèrement l'alcalinité de l'eau de mer afin qu'elle puisse dissoudre et stocker davantage de CO₂ atmosphérique sous forme de bicarbonates, une forme chimiquement stable pouvant rester dans l'océan pendant des siècles. C'est précisément ce que visait cette expérimentation.

Pourquoi utiliser de la soude caustique ?

Le choix de la soude caustique (hydroxyde de sodium) peut sembler inquiétant. Pure, cette substance est effectivement très corrosive et utilisée dans l'industrie ou certains produits de nettoyage. Mais lors de cette opération, elle a été fortement diluée avant son rejet. L'objectif n'était pas de modifier brutalement la chimie de l'océan, mais de créer un léger enrichissement temporaire en alcalinité sur une zone limitée, sous surveillance scientifique permanente.

Les chercheurs ont ensuite suivi pendant plusieurs jours l'évolution de cette masse d'eau afin d'observer son comportement, son mélange avec les eaux environnantes et sa capacité à absorber du CO₂.

Une mer rose… uniquement pour les scientifiques

L'image qui a le plus circulé est sans doute celle de cette étonnante nappe rose visible à la surface. En réalité, cette couleur ne provenait pas de la soude elle-même. Les scientifiques ont ajouté un colorant fluorescent non toxique, la rhodamine, uniquement pour visualiser la dispersion du panache dans l'océan. Ce traceur est régulièrement utilisé en océanographie et en hydrologie pour suivre les mouvements de l'eau sans perturber les mesures. Grâce à ce repère visuel, les navires de recherche, les drones sous-marins et les satellites ont pu suivre très précisément l'évolution de l'expérience.

Des premiers résultats encourageants…

Selon les premières analyses présentées par les équipes du projet LOC-NESS, l'expérience a montré une augmentation mesurable de l'alcalinité locale ainsi qu'une absorption supplémentaire de CO₂ pendant les jours qui ont suivi le rejet. Les scientifiques indiquent également ne pas avoir observé d'effets significatifs sur le plancton ni sur les larves de poissons et de homards pendant la durée de l'étude.

Ces résultats restent toutefois préliminaires. Ils doivent encore être consolidés par d'autres travaux afin de confirmer leur reproductibilité et d'évaluer les conséquences éventuelles à plus long terme.

…mais un débat loin d'être clos

Car cette expérience touche au domaine sensible de la géo-ingénierie climatique, c'est-à-dire des techniques destinées à modifier volontairement certains processus naturels pour limiter le réchauffement climatique. Pour ses défenseurs, il devient indispensable d'explorer toutes les solutions capables de retirer une partie du CO₂ déjà présent dans l'atmosphère, en complément de la réduction des émissions.

Ses détracteurs rappellent toutefois qu'un essai de quelques jours ne permet pas de connaître les effets potentiels d'un déploiement à grande échelle. Ils s'interrogent notamment sur les impacts possibles sur les écosystèmes marins, les chaînes alimentaires ou encore la chimie des océans si cette méthode devait être utilisée massivement.

Une expérience qui ouvre plus de questions qu'elle n'apporte de réponses

Cette mer devenue rose pendant quelques heures n'était donc pas un accident écologique, mais un laboratoire à ciel ouvert. Derrière cette image spectaculaire se cache une question majeure : peut-on aider les océans à jouer un rôle encore plus important dans la lutte contre le changement climatique, sans créer de nouveaux déséquilibres ? Pour l'instant, la réponse reste prudente. Cette expérimentation constitue avant tout une étape de recherche. Elle montre que la technique est réalisable et mesurable, mais elle ne prouve pas encore qu'elle puisse être déployée à grande échelle de manière sûre, efficace et acceptable.

Une certitude demeure en revanche : face à l'urgence climatique, la science explore désormais des pistes qui, il y a encore quelques années, relevaient presque de la science-fiction.

 

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Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
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Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
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Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
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Sophie Savant-Ros
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Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
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Albert Brel
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Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
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Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
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Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
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Michel Ulrich
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Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
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METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
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Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
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Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.