
Pas besoin de billet d’entrée ni de pousser la porte d’une galerie pour visiter ce musée marseillais. À quelques dizaines de mètres de la plage des Catalans, onze sculptures reposent à cinq mètres sous la surface. Masque, palmes et tuba suffisent pour partir à leur découverte, au milieu des poissons et d’une vie marine qui s’est peu à peu approprié les œuvres.
À Marseille, les amateurs d’art peuvent troquer les salles d’exposition contre une paire de palmes. Depuis 2020, un étonnant musée a pris ses quartiers sous la Méditerranée, à une centaine de mètres seulement de la plage des Catalans.
Son nom ne laisse guère de place au doute : le Musée Subaquatique de Marseille propose une véritable exposition sous-marine, accessible à la nage depuis le rivage. Une fois arrivé sur place, il suffit de mettre la tête sous l’eau pour apercevoir les premières silhouettes posées sur le fond.
Onze œuvres à cinq mètres de profondeur
Installé sur une aire d’environ 400 m², le musée compte aujourd’hui onze sculptures monumentales réalisées par onze artistes. Toutes reposent à environ cinq mètres de profondeur, suffisamment près de la surface pour être observées avec un simple masque et un tuba, même si une courte apnée permet évidemment de les approcher davantage.
La première immersion des œuvres remonte à septembre 2020. Depuis, cette galerie pas tout à fait comme les autres s’est enrichie et offre désormais une balade artistique au cœur de la Méditerranée.
Parmi les sculptures les plus reconnaissables figure Poséidon, de Christophe Charbonnel. Une figure particulièrement symbolique dans les eaux de Marseille, ville fondée par les Grecs il y a plus de 2 600 ans. Plus loin, les nageurs peuvent découvrir Le Voyageur, de Bruno Catalano, ou encore Octocerebrum, de Floriane Lisowski, une étonnante créature mêlant les formes d’une pieuvre et d’un cerveau humain.
Ici, aucun parcours n’est tout à fait identique. La lumière, la visibilité sous-marine ou encore le mouvement de l’eau changent la perception des sculptures d’une visite à l’autre.
Des sculptures devenues de petits récifs
Mais depuis leur installation, les œuvres ont surtout connu une transformation que leurs créateurs avaient anticipée : la Méditerranée a commencé à se les approprier.
Algues et organismes marins colonisent progressivement leurs surfaces. Les cavités deviennent des refuges et les poissons circulent désormais entre les sculptures. Des poulpes ont notamment élu domicile dans certaines œuvres, tandis qu’une murène a également été observée sur le site.
Une quarantaine d’espèces animales et végétales auraient déjà été recensées autour des sculptures. Au fil des années, celles-ci deviennent donc bien plus que de simples objets exposés sous l’eau : elles se transforment progressivement en récifs artificiels.
C’est aussi l’une des ambitions du projet. Derrière son caractère spectaculaire, le Musée Subaquatique cherche à sensibiliser le public à la protection de la Méditerranée et à sa biodiversité. Le visiteur vient pour observer une œuvre et se retrouve rapidement à regarder ce qui nage, pousse ou se cache autour.
Un musée gratuit accessible depuis la plage
L’autre bonne surprise se trouve du côté du prix : l’accès individuel au musée est gratuit.
Pour les nageurs équipés de leur propre masque, de palmes et d’un tuba, la visite peut donc commencer directement depuis la plage des Catalans. Le musée se trouve à environ 100 mètres du rivage, ce qui représente tout de même quelque 200 mètres de nage aller-retour, sans compter le temps passé à explorer le site.
La facilité d’accès ne doit donc pas faire oublier qu’il s’agit d’une sortie en mer. Il est nécessaire d’être à l’aise dans l’eau, de vérifier les conditions météo avant de partir et d’éviter de s’y rendre seul. La visibilité et l’état de la mer peuvent également changer rapidement et rendre la visite beaucoup moins confortable.
Une bouée installée au niveau du musée permet aux nageurs de faire une pause en surface avant de poursuivre leur exploration.
Un sentier sous-marin pour prolonger la balade
En été, il est même possible de prolonger la découverte sans quitter l’eau. À proximité immédiate du musée se trouve le sentier sous-marin des Catalans, un parcours d’environ 200 mètres permettant d’observer la faune et la flore du littoral marseillais.
Balisé pendant la saison estivale, il complète assez naturellement la visite des sculptures. Une manière de passer progressivement de l’œuvre créée par l’homme à ce qui constitue finalement le véritable décor de cette galerie : la Méditerranée elle-même.
L’emplacement ajoute d’ailleurs une dimension particulière à l'expérience. Depuis la plage des Catalans, située à quelques minutes du centre-ville, les nageurs évoluent face aux îles du Frioul et au château d’If. Difficile d’imaginer, lorsque l’on pose sa serviette sur le sable, qu’une exposition entière se trouve quelques mètres plus loin sous la surface.
Un musée qui continuera à changer avec les années
Contrairement à une exposition traditionnelle, celle-ci n’a pas vocation à rester intacte. Les sculptures continueront à évoluer au contact de l’eau et des organismes marins. Leur apparence aujourd’hui n’est déjà plus celle de leur immersion en 2020 et devrait encore se modifier au fil des années.
De nouvelles œuvres pourraient également rejoindre la collection. L’idée n’est toutefois pas d’étendre davantage le musée sur les fonds marins, mais plutôt d’enrichir progressivement le périmètre existant, sous réserve des autorisations nécessaires.
C’est peut-être ce qui fait tout l’intérêt de cette visite : on ne découvre jamais exactement le même musée. La lumière change, les sculptures se couvrent de vie et les poissons présents un jour ne seront pas forcément ceux du lendemain.
À Marseille, quelques coups de palmes suffisent ainsi pour passer de la plage à une galerie d’art en pleine Méditerranée. Et pour une fois, regarder une œuvre sans toucher est une consigne qui prend tout son sens.
vous recommande