Sous une mer née par accident en Californie se cache une immense réserve de lithium

Le Figaro Nautisme
Par Le Figaro Nautisme

© AdobeStock - paxphongtrinh

 

Au milieu du désert californien, le Salton Sea intrigue déjà par son histoire. Ce vaste lac salé s’est formé accidentellement au début du XXe siècle après la rupture d’un canal alimenté par le fleuve Colorado. Mais c’est aujourd’hui plusieurs kilomètres sous ses rives que se joue une autre histoire : des saumures géothermales naturellement chargées en lithium pourraient constituer l’une des ressources les plus importantes des États-Unis. Un potentiel considérable qui attire désormais chercheurs, énergéticiens et industriels.

Une « mer » née d'un accident il y a plus d'un siècle

À environ trois heures de Los Angeles, le paysage détonne. Une immense étendue d’eau occupe une dépression désertique située à près de 70 mètres sous le niveau de la mer : le Salton Sea, aujourd’hui le plus grand lac de Californie.

Sa forme actuelle doit beaucoup à un accident. En 1905, les eaux du Colorado ont franchi des ouvrages d’irrigation et se sont déversées pendant plusieurs mois dans la dépression naturelle du Salton Sink. L’eau a progressivement rempli le bassin, donnant naissance au lac que l’on connaît aujourd’hui. Depuis, celui-ci est principalement alimenté par les eaux issues de l’agriculture environnante.

Mais dans cette région où l’évaporation est intense et où l’eau ne dispose d’aucun débouché naturel vers l’océan, les sels se concentrent. Au fil des décennies, le Salton Sea est ainsi devenu particulièrement salé.

Pourtant, ce n’est pas directement cette eau de surface qui suscite aujourd’hui les convoitises.

Le véritable trésor se trouve sous le lac

Sous le Salton Sea se trouve une importante zone géothermale. À plusieurs kilomètres de profondeur circulent des eaux extrêmement chaudes et chargées en sels et en minéraux : les saumures géothermales.

Le phénomène est connu depuis longtemps. Des travaux de l’US Geological Survey décrivaient dès les années 1960 des saumures souterraines exceptionnellement salines et riches en différents métaux. Des analyses ultérieures ont mesuré jusqu’à environ 25 % de matières dissoutes dans certains fluides géothermaux.

Parmi tous les éléments présents, l’un concentre désormais l’attention : le lithium.

Indispensable notamment à la fabrication des batteries rechargeables utilisées dans les véhicules électriques, ce métal est devenu une ressource stratégique. Or les concentrations mesurées dans les saumures du Salton Sea sont particulièrement intéressantes.

Une vaste étude du Lawrence Berkeley National Laboratory estime que la partie déjà bien caractérisée du réservoir géothermal contiendrait environ 4,1 millions de tonnes d’équivalent carbonate de lithium dissoutes dans les saumures. Selon des hypothèses plus larges concernant la taille du réservoir, la ressource totale potentielle pourrait atteindre environ 18 millions de tonnes.

De l'électricité et du lithium avec la même eau

C'est ici que le projet prend une dimension particulière. Les saumures sont déjà remontées des profondeurs pour alimenter les centrales géothermiques de la région.

Le principe consiste à exploiter leur chaleur pour produire de l’électricité, puis à récupérer le lithium contenu dans le fluide avant de réinjecter celui-ci dans le sous-sol.

Cette technique, appelée extraction directe du lithium, ou DLE, évite notamment les immenses bassins d’évaporation utilisés dans certaines régions productrices de lithium. Selon le Department of Energy américain, elle pourrait également nécessiter beaucoup moins d’eau et occuper une surface plus réduite que d'autres méthodes d'exploitation.

Sur le papier, le modèle est donc séduisant : produire une énergie renouvelable tout en récupérant un métal devenu essentiel à la transition énergétique. Et les industriels l’ont bien compris.

Plusieurs projets industriels déjà dans les cartons

La région du Salton Sea compte désormais plusieurs projets visant à récupérer commercialement le lithium des saumures géothermales.

La California Energy Commission recense notamment les projets d’EnergySource Minerals, de Controlled Thermal Resources et de BHE Renewables, à différents stades de développement ou de démonstration. Certains affichent des ambitions de plusieurs dizaines de milliers de tonnes d’équivalent carbonate de lithium produites chaque année.

L’enjeu dépasse largement la Californie. Les États-Unis cherchent à réduire leur dépendance aux chaînes d’approvisionnement étrangères pour les matériaux nécessaires aux batteries. Le Department of Energy estime que les ressources du Salton Sea pourraient, à terme et sous réserve de pouvoir effectivement les exploiter, représenter une source nationale majeure de lithium. De quoi expliquer le surnom de « Lithium Valley » désormais régulièrement associé à cette partie de l’Imperial Valley.

Une manne immense, mais pas encore garantie

Il reste cependant une différence importante entre la quantité de lithium présente sous terre et celle qui pourra réellement être extraite de manière rentable.

Une étude publiée en juillet 2026 dans Nature Communications rappelle justement que le potentiel géologique ne garantit pas automatiquement la viabilité économique. Selon les scénarios étudiés, le coût d'une production à grande échelle pourrait avoisiner 10 000 dollars la tonne, mais atteindre jusqu'à 22 000 dollars dans certaines hypothèses.

La composition particulièrement complexe des saumures constitue également un défi. Le lithium n’y est pas seul : les fluides contiennent de nombreux sels et éléments qu’il faut gérer lors du processus d’extraction.

À cela s’ajoutent les questions environnementales et sociales dans une région déjà fragile. Le Salton Sea est confronté depuis des années à la diminution de son niveau, à l’augmentation de sa salinité et à l’exposition progressive de son ancien fond, avec des préoccupations concernant notamment les poussières pour les populations voisines.

Le lithium pourrait donc offrir une nouvelle perspective économique à cette région, mais son exploitation devra composer avec un territoire qui connaît déjà d’importants bouleversements environnementaux.

Du lac accidentel à la « Lithium Valley »

L’histoire du Salton Sea prend ainsi un tournant inattendu. Né dans sa forme actuelle d’un accident hydraulique il y a plus de 120 ans, le lac est longtemps devenu une destination touristique avant de connaître un profond déclin écologique.

Aujourd’hui, ce n’est plus seulement sa surface qui intéresse scientifiques et industriels, mais ce qui circule très loin sous son fond.

Des saumures brûlantes, extrêmement salées et chargées en lithium qui pourraient transformer cette partie du désert californien en un maillon stratégique de l’industrie américaine des batteries.

Reste désormais à savoir si cette immense richesse géologique pourra réellement être exploitée à grande échelle. Car sous le Salton Sea, le lithium est bien là. Le véritable défi consiste maintenant à parvenir à le récupérer de façon suffisamment efficace, rentable et durable.

 

L'équipe
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau
Nathalie Moreau est l’atout voyage et évasion de l’équipe, elle est passionnée de croisières et de destinations nautiques. En charge du planning rédactionnel du site figaronautisme.com et des réseaux sociaux, Nathalie suit de très près l’actualité et rédige chaque jour des news et des articles pour nous dépayser et nous faire rêver aux quatre coins du monde. Avide de découvertes, vous la croiserez sur tous les salons nautiques et de voyages en quête de nouveaux sujets.
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Gilles Chiorri
Associant une formation d’officier C1 de la marine marchande et un MBA d’HEC, Gilles Chiorri a sillonné tous les océans lors de nombreuses courses au large ou records, dont une victoire à la Mini Transat, détenteur du Trophée Jules Verne en 2002 à bord d’Orange, et une 2ème place à La Solitaire du Figaro la même année. Il a ensuite contribué à l’organisation de nombreux évènements, comme la Coupe de l’America, les Extreme Sailing Series et des courses océaniques dont la Route du Rhum et la Solitaire du Figaro (directeur de course), la Volvo Ocean Race (team manager). Sa connaissance du monde maritime et son réseau à l’international lui donnent une bonne compréhension du milieu qui nous passionne.
Il collabore avec les équipes de METEO CONSULT et Figaro Nautisme depuis plus de 20 ans.
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros
Sophie Savant-Ros, architecte de formation et co-fondatrice de METEO CONSULT est entre autres, directrice de l’édition des « Bloc Marine » et du site Figaronautisme.com.
Sophie est passionnée de photographie, elle ne se déplace jamais sans son appareil photo et privilégie les photos de paysages marins. Elle a publié deux ouvrages consacrés à l’Ile de Porquerolles et photographie les côtes pour enrichir les « Guides Escales » de Figaro Nautisme.
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel
Albert Brel, parallèlement à une carrière au CNRS, s’est toujours intéressé à l’équipement nautique. Depuis de nombreuses années, il collabore à des revues nautiques européennes dans lesquelles il écrit des articles techniques et rend compte des comparatifs effectués sur les divers équipements. De plus, il est l’auteur de nombreux ouvrages spécialisés qui vont de la cartographie électronique aux bateaux d’occasion et qui décrivent non seulement l’évolution des technologies, mais proposent aussi des solutions pour les mettre en application à bord des bateaux.
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Jean-Christophe Guillaumin
Journaliste, photographe et auteur spécialisé dans le nautisme et l’environnement, Jean-Christophe Guillaumin est passionné de voyages et de bateaux. Il a réussi à faire matcher ses passions en découvrant le monde en bateau et en le faisant découvrir à ses lecteurs. De ses nombreuses navigations il a ramené une certitude : les océans offrent un terrain de jeu fabuleux mais aussi très fragile et aujourd’hui en danger. Fort d’une carrière riche en reportages et articles techniques, il a su se distinguer par sa capacité à vulgariser des sujets complexes tout en offrant une expertise pointue. À travers ses contributions régulières à Figaro Nautisme, il éclaire les plaisanciers, amateurs ou aguerris, sur les dernières tendances, innovations technologiques, et défis liés à la navigation. Que ce soit pour analyser les performances d’un voilier, explorer l’histoire ou décortiquer les subtilités de la course au large, il aborde chaque sujet avec le souci du détail et un regard expert.
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte Lacroix
Charlotte est une véritable globe-trotteuse ! Très jeune, elle a vécu aux quatre coins du monde et a pris goût à la découverte du monde et à l'évasion. Tantôt à pied, en kayak, en paddle, à voile ou à moteur, elle aime partir à la découverte de paradis méconnus. Elle collabore avec Figaro Nautisme au fil de l'eau et de ses coups de cœur.
Max Billac
Max Billac
Max Billac
Max est tombé dedans quand il était petit ! Il a beaucoup navigué avec ses parents, aussi bien en voilier qu'en bateau moteur le long des côtes européennes mais pas que ! Avec quelques transatlantiques à son actif, il se passionne pour le monde du nautisme sous toutes ses formes. Il aime analyser le monde qui l'entoure et collabore avec Figaro Nautisme régulièrement.
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Denis Chabassière
Naviguant depuis son plus jeune âge que ce soit en croisière, en course, au large, en régate, des deux côtés de l’Atlantique, en Manche comme en Méditerranée, Denis, quittant la radiologie rochelaise en 2017, a effectué avec sa femme à bord de PretAixte leur 42 pieds une circumnavigation par Panama et Cape Town. Il ne lui déplait pas non plus de naviguer dans le temps avec une prédilection pour la marine d’Empire, celle de Trafalgar …
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Michel Ulrich
Après une carrière internationale d’ingénieur, Michel ULRICH a navigué en plaisance le long de la côte atlantique, et embarqué au long cours sur des navires de la marine marchande, accumulant une large expérience de nombreuses expéditions maritimes. Il est un bénévole engagé à la SNSM (canotier, ancien vice-président de la station de l’Herbaudière) depuis plus de dix ans. Capitaine 200 UMS, il est maintenant auteur et conférencier dans le domaine de l’histoire maritime, lauréat (mention 2024) de l’Académie de Marine, auditeur de l’Académie de Marine, membre associé de la Fédération Maritime (Maison de la Mer à Nantes).
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT
METEO CONSULT est un bureau d'études météorologiques opérationnel, qui assiste ses clients depuis plus de 30 ans. Les services de METEO CONSULT reposent sur une équipe scientifique de haut niveau et des moyens techniques de pointe. Son expertise en météo marine est reconnue et ses prévisionnistes accompagnent les plaisanciers, les capitaines de port et les organisateurs de courses au large depuis ses origines : Route du Rhum, Transat en double, Solitaire du Figaro…
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Cyrille Duchesne
Titulaire d'un doctorat en Climatologie-Environnement, Cyrille est notre expert METEO CONSULT. Après avoir enseigné la climatologie et la géographie à l'université, il devient l'un des météorologues historiques de La Chaîne Météo en intégrant l'équipe en 2000. Spécialiste de la météo marine, il intervient également en tant qu'expert météo marine pour des courses de renommée mondiale, comme la Route du Rhum, la Solitaire du Figaro, la Transat Paprec...
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Irwin Sonigo
Capitaine 200 et ancien embarqué dans la Marine nationale, Irwin Sonigo a exploré toutes les facettes de la navigation. Des premiers bords sur un cotre aurique de 1932 à la grande plaisance sur la Côte d’Azur, en passant par les catamarans de Polynésie, les voiliers des Antilles ou plusieurs transatlantiques, il a tout expérimenté. Il participe à la construction d’Open 60 en Nouvelle-Zélande et embarque comme boat pilote lors de la 32e America’s Cup. Aujourd’hui, il met cette riche expérience au service de Figaro Nautisme, où il signe des essais et reportages ancrés dans le réel.