Les poissons vivant près des zones urbanisées ont accès à beaucoup de nourriture mais présentent des signes de stress physiologique chronique, selon les résultats d'une étude publiée vendredi dans Nature Communications, qui s'apparentent à un "effet malbouffe".
"Ces environnements, enrichis en matière organique, offrent davantage de nourriture, ce qui peut les rendre attractifs pour les poissons, alors même qu'ils présentent des conditions défavorables à leur santé", a expliqué à l'AFP Vincent Laudet, professeur de sciences marines à l'Institut de Sciences et de Technologie d'Okinawa (OIST) et coauteur de l'étude.
"On peut faire l'analogie avec des adolescents attirés par les fast-foods : la nourriture est abondante et facilement accessible, mais cela ne signifie pas nécessairement que l'environnement est bon pour leur santé", a-t-il ajouté.
Pour parvenir à ce résultat, les chercheurs du CNRS et de l'OIST ont étudié une espèce très commune de poisson de récifs coralliens, la demoiselle bleue (Chrysiptera cyanea), dans 18 sites côtiers de l'île d'Okinawa (Japon), allant de zones très naturelles à des zones fortement urbanisées.
Ils ont analysé l'ensemble de l'activité des gènes de ce poisson afin de distinguer les effets associés aux activités humaines de ceux liés à d'autres facteurs, grâce à des analyses transcriptomiques.
Ces analyses permettent de "lire" la réponse physiologique du poisson à son environnement. "Au lieu de mesurer seulement ce qu'il y a dans l'eau autour du poisson, nous demandons en quelque sorte au poisson lui-même : +Qu'est-ce que tu vis et comment ton organisme y répond-il ?+", a décrit M. Laudet.
Chez les poissons vivant dans les zones urbanisées, les chercheurs ont ainsi observé une augmentation des réponses immunitaires et inflammatoires et des signes de stress oxydatif.
"Les poissons adultes des zones urbanisées présentent un statut nutritionnel élevé, comparable dans nos expériences à celui de poissons bien nourris, tout en montrant des signes de stress physiologique", a expliqué le chercheur, en évoquant un "junk food effect", ou "effet malbouffe".
Les chercheurs n'ont toutefois pas démontré que les poissons souffraient des mêmes problèmes nutritionnels que les humains consommant trop de fast-food.
À terme, l'analyse du transcriptome pourrait être appliquée à de nombreuses espèces animales et à des écosystèmes très différents, selon M. Laudet, qui y voit "une nouvelle manière de surveiller les effets des changements environnementaux".
"Plutôt que de mesurer uniquement l'environnement, on peut utiliser les organismes qui y vivent comme des capteurs biologiques intégrés de cet environnement", estime-t-il.
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